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Tout plaquer et partir vivre au Portugal

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Il y a quelques années, j'ai pris une décision qui allait changer ma vie pour toujours : venir vivre au Portugal. Je n'ai jamais regretté mon choix, même lors des pires difficultés.


Je n’en pouvais plus de Paris. Devenue trop chère, même pour un cadre salarié, je ne pouvais pas envisager autre chose qu’un minuscule appartement. Tant que l’on n’a pas d’enfants, tout va très bien, on se contente de peu. Mais à la naissance de ma fille, ce minuscule deux pièces m’est devenu insupportable.

Nous sommes donc partis à la campagne, quelque part dans le Berry en France, profitant d’un télétravail bien négocié. Je montais une fois par semaine sur Paris, avec 3 heures de trajet à l’aller, et 3 heures pour le retour. Mais la campagne, en France, n’était pas non plus pour moi le lieu idéal pour faire grandir mes enfants, surtout que ma fille avait désormais un petit frère…

Pourquoi partir ?

Mais ce ne sont pas les conditions de vie qui m’ont réellement poussé à partir. La France, je l’aime, et le choix n’a pas été facile. Non, ce qui m’a poussé à partir, ce sont mes enfants. Leur mère, mon épouse, est française. Moi, je suis franco-portugais. A la maison, nous parlons tous en français.

En continuant de vivre en France, mes enfants ne pouvaient pas réellement connaître le Portugal. Quelque chose qui fait partie de moi, et que je voulais transmettre, à ma façon.

On me disait : « tu n’as qu’à leur parler en portugais ». Mais ce n’est pas tout à fait la même chose. J’ai beau être Portugais, je suis aussi Français. Né et élevé en France, c’est en français que je pense. Pour cette raison, c’est en français que je m’adresse à mes enfants.


Mais je voulais tout de même qu’ils apprennent la langue et la culture portugaises.

C’est presque naturellement que la solution se présenta à mes yeux. Et si on partait vivre au Portugal quelques années, le temps qu’ils apprennent la langue ? Si en plus, on pouvait améliorer notre cadre de vie, il n’y avait que des bénéfices pour nous. Du moins, sur le papier.

Partir sans oublier la France

Je pouvais venir au Portugal sans trop de difficultés. Il fallait tout de même que je déménage ma petite entreprise individuelle, et que je prévienne mes clients. Economiquement, ça ne semblait pas trop un problème de venir vivre au Portugal.

Mais la réalité est souvent cruelle.

Nous sommes au début 2015, et nous sommes d’accord avec mon épouse. Si on vient au Portugal pour que les enfants cultivent leur côté portugais, ce n’est pas non plus pour oublier le côté français ! Nous ne partons pas fâchés avec la France, nous voulons permettre à nos enfants de s’épanouir pleinement dans les deux cultures.

Et pourquoi ne pas les inscrire dans une école française ?

Il y en a deux au Portugal, une à Lisbonne, une autre à Porto. Bilingues, le Portugais y est enseigné, ainsi que l’histoire du Portugal. A Porto, la majorité des élèves de l’école sont Portugais. En récréation, la langue majoritairement parlée est le portugais.

Lycée français de Porto
Lycée français de Porto

Mais une première douche d’eau froide refroidit nos ardeurs. Les écoles françaises sont très chères. C’est un budget colossal. Mais en réfléchissant bien, l’argent qu’il fallait dépenser à Paris pour avoir une pièce en plus dans son appartement correspondait à la totalité des frais de la scolarité de nos deux enfants. Imaginez une seule chambre de 10m² à Paris, à 10.000€ le m²…

Sacrifices

En venant vivre au Portugal, je risquais de perdre beaucoup d’argent. Moins de clients, plus sensible aux aléas professionnels. Il est beaucoup plus difficile démarcher de nouveaux clients à une telle distance !

Mais nous prenons le risque. Les enfants, c’est maintenant qu’ils grandissent. C’est maintenant qu’il faut apprendre le portugais, tant qu’ils sont en maternelle ou à la crèche. Dans 5 ans, il sera trop tard pour en faire de véritables bilingues.

Entre Porto et Lisbonne, mon coeur balançait. A Lisbonne, il y a mon frère et il y a peut-être plus d’opportunités professionnelles. A Porto, en revanche, l’immobilier et le coût de la vie est bien moins élevé. Et sachant que nous venons pour au moins 5 ans, je veux acheter un appartement plutôt que de payer un loyer.

Décision prise, nous allons vivre à Porto plutôt que Lisbonne. Nous sommes relativement loin de la famille, qui est à Pombal ou Lisbonne, et ne connaissons personne. Mais ce n’est pas grave, le crédit de l’appartement est modeste, et nous sommes bien situés, à deux pas de l’école. Tout pour réussir notre installation. Vraiment ?

Installation

Il faut donc d’abord trouver le logement. Pas forcément celui de nos rêves, juste celui que l’on peut acheter, à proximité de l’école. C’est une recherche sur le site immobilier Idealista qui me montre une petite annonce parfaite, juste un tout petit peu au dessus de nos moyens.

On va négocier. Je ne savais pas à l’époque que l’immobilier était en plein boom, mais le vendeur a tout de même accepté mon offre finale. Le crédit, j’ai pu l’obtenir en France. Je confie à mon père, retraité et qui habite à deux heures de route, le soin d’y faire quelques travaux en attendant notre arrivée.

On inscrit notre plus grande fille en maternelle. Avec le recul, nous avons eu encore une fois beaucoup de chance. Les années passant, il devient de plus en plus difficile d’obtenir une place à l’école française, même avec de tels frais de scolarité !

Notre fils, lui, est encore un bébé. Il va vivre avec nous en attendant de lui trouver une place en crèche.

Le plus dur allait venir. Toutes les formalités nécessaires à un déménagement réussi peuvent être fastidieuses, même pour un franco-portugais bilingue comme moi, qui a déjà son NIF et un compte bancaire portugais. Je ne vais pas m’attarder dessus, il faudrait faire un autre article ! Mais voici une petite liste (incomplète) :

  • Fermer son entreprise en France, ouvrir une nouvelle entreprise au Portugal.
  • S’inscrire au système de santé portugais (centro de saúde, número de utente…)
  • Légaliser sa voiture, obtenir des plaques d’immatriculation portugaises.
  • Pour mon épouse, se déclarer à la mairie de notre résidence en tant que résidente européenne.

Ce n’est pas très dur de faire tout ça, sauf peut-être la légalisation de la voiture. Mais ça prend beaucoup de temps. Du temps que je n’utilise pas pour travailler… Je vais le payer très cher.

Plusieurs années plus tard, il nous manque toujours quelques formalités administratives à réaliser. Rien de fondamental, à part le risque de payer une amende. Je pense au permis de conduire français qu’il faut changer en permis portugais

Premières véritables difficultés

Le nez dans les formalités et dans les travaux de l’appartement, nous avons trop négligé le côté social. Nous ne connaissons personne, et notre socialisation a été, aux débuts, tout sauf évidente, surtout pour mon épouse qui ne parlait pas encore assez bien le portugais.

Lire : Comment se faire des amis au Portugal ?

6 mois après nos débuts à Porto, je perds une très grande partie de mes revenus. Conséquence évidente des difficultés d’installation, du changement de pays et du manque de réseau. Il ne semblait plus du tout possible de continuer de vivre au Portugal. L’école est trop chère !

Deux options se présentaient alors à moi.

  • Travailler pour un petit salaire portugais. Insuffisant pour payer l’ensemble de nos frais à moyen terme. De plus, un travail de salarié m’aurait empêché de tenter de remettre sur pied mon entreprise. Le temps est ce que nous avons de plus important au monde !
  • Partir travailler en France, en laissant la famille au Portugal.

Je pouvais également sortir les enfants de l’école française et les mettre à l’école publique. Je l’ai envisagé, mais j’ai retardé tant que possible cette option. Ce n’était pas mon choix de vie au départ. De plus, étant propriétaire de notre appartement, payé en grande partie grâce à notre épargne, je n’avais pas de droit à la bourse pour les enfants français.

J’ai presque regretté d’avoir épargné plutôt que de tout gaspiller. Si j’avais été simple locataire, la bourse, je l’avais sans problème. La scolarité bilingue des enfants devenait alors gratuite. Mais nous sommes trop riches pour y avoir droit, et trop pauvres pour assumer les frais de scolarité…

Nous étions seuls face à nos problèmes. Je commence donc à chercher du travail en France, et passe quelques entretiens d’embauche, qui n’ont rien donné. Personne n’avait envie d’embaucher quelqu’un dont la famille était au Portugal. Je ne pouvais pas garantir que j’allais rester dans l’entreprise aussi longtemps que l’employeur l’aurait souhaité.

Heureusement, un miracle est arrivé. Mes revenus sont de retour ! L’immense travail que je faisais en parallèle a finalement payé, avec de nouveaux clients, et de nouveaux sites web qui fonctionnent.

Mais le traumatisme est resté. Je continue à être disponible pour travailler pour un salaire portugais. Mais cette fois, je peux faire la fine bouche, et exiger un peu plus d’argent…

Travailler au Portugal

Les salaires sont bas. C’est le point le plus négatif de la vie au Portugal. C’est aussi cette raison qui a fait dégringoler le pays dans le classement des meilleurs pays pour expatriés. En effet, une fois passé l’enthousiasme des débuts, les expatriés, qui travaillent pour une entreprise de leur pays d’origine, sont forcés de constater que s’ils veulent rester au Portugal en travaillant pour une société locale, leur salaire sera divisé par deux ou trois.

Ce n’est pas très encourageant.

Néanmoins, si on est disposé à faire beaucoup de sacrifices, c’est possible, comme tant de Portugais qui n’ont pas le choix.

L’école publique est gratuite, l’alimentation un peu moins chère. Si on vient de France, de Suisse ou d’un autre pays plus riche, on a sans doute une épargne qui va nous permettre d’acheter notre logement. Sans crédit immobilier ou loyer à payer, vive avec un salaire portugais semble tout de suite plus confortable.

C’est ce que j’ai fait. C’était même la règle numéro 1 pour moi : être propriétaire de mon logement, avec le plus petit crédit possible. On a vu que ça m’a empêché d’avoir une bourse de l’école française, mais… est-ce bien grave ? L’école publique portugaise fonctionne très bien aussi.

Notez : la plupart des élèves de l’école française de Porto sont Portugais. Leurs parents estiment qu’il vaut mieux les mettre dans cette école privée plutôt que dans une école publique. C’est un vieux débat, que je ne trancherais pas ici : est-ce qu’il vaut mieux l’école publique ou l’école privée ?

La plupart des étrangers ou franco-portugais que je connais, et qui ont réussi pleinement leur installation au Portugal ont soit gardé un travail en France (télétravail et déplacements), soit ouvert une entreprise au Portugal.

Les Français avec enfants qui travaillent pour un salaire local existent, mais savent ce qu’ils ont perdu en quittant la France. De l’argent essentiellement, mais pas forcément de la qualité de vie !

Si nous ne sommes pas exigeants avec des vacances chères (adieu ski, adieu vacances à l’hôtel), si nous ne sommes pas exigeants avec la belle voiture et les autres choses qui affirment votre « statut social », la vie au Portugal est parfaitement envisageable.

Pourquoi je reste

Au début de mon récit, j’indiquais que nous envisagions de ne rester que quelques années, le temps pour les enfants d’apprendre le portugais. Mais je disais à l’époque : « on reste 5 ans, et plus si affinités ». Les affinités sont là. Nous pourrions revenir en France, mais où? A Paris? Ailleurs ?

Je ne trouve pas aujourd’hui de raison de revenir en France. Même si je n’ai jamais fait de ski de ma vie ! Est-ce bien grave ? Mes enfants parlent parfaitement le français et le portugais. Ils ont des activités toute l’année, nous sommes à deux kilomètres de la mer et du Douro.

Même en cas de grosse catastrophe financière, je reste. Je préfère travailler 40h dans un job mal payé au Portugal que d’aller toucher un salaire de cadre à Paris. Ici, la vie, j’en profite au quotidien, et j’essaie, quelque part, de vous en faire profiter, tant que possible. Pas pour vous rendre jaloux, mais pour vous donner envie de venir !

Si vous voulez venir au Portugal, peut-être qu’il faut juste se lancer ? Des fois, il ne faut pas trop réfléchir.

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