Hôpital Public
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Santé au Portugal : le dossier complet

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Il existe deux systèmes de santé au Portugal. Le service public, et le système privé. Chacun avec ses forces et faiblesses, chacun avec sa façon d'y accéder.


SNS, Service National de Santé

Le SNS est une fierté pour le Portugal. Tout le monde a le droit d’être soigné, sans avoir à se ruiner pour cela.

Le réseau public de santé portugais est principalement composé de :

  • Hôpitaux publics
  • Centres de Santé (Centro de Saúde)
Serviço Nacional de Saúde

Les hôpitaux publics sont en général de bonne qualité, et couvrent l’ensemble du territoire. En plus des hospitalisations, on vient à l’hôpital pour les consultations chez un spécialiste ou pour les urgences.

Les Centres de Santé sont plus petits, et présents sur presque toutes les “freguesias” (équivalent des communes) du pays. Il s’agit d’un local dédié à la santé, où se trouve au moins un médecin généraliste et un infirmier. C’est ici que la plupart des Portugais vont pour un suivi médical régulier.

Le Service National de Santé est par ailleurs informatisé. Les dossiers médicaux de toute la population portugaise ayant eu recours au service public sont accessibles par le base de données. N’importe quel hôpital public, n’importe quel Centre de Santé a ainsi accès immédiatement aux données médicales.


Nous sommes bien sûr libres de refuser cette conservation de données médicales, mais face aux avantages que ceci présente, les personnes qui le font ne sont pas légion. C’est très commode d’avoir son carnet de vaccination à jour dans la base de données de l’état, par exemple. Chaque citoyen peut librement consulter ses données sur le site

En revanche, cette informatisation ne concerne que le public. Les actes du privé n’y sont pas enregistrés, et vice-versa.

Tarif du SNS : le ticket modérateur

Malgré son universalité, le système public n’est pas gratuit. Il faut payer un ticket modérateur (taxa moderadora). La somme est modique, avec de nombreuses exceptions qui en sont exemptées. Voici les principaux tarifs :

  • 4,5€ pour une consultation généraliste
  • 7€ pour un spécialiste
  • 14€ pour le service d’urgence hospitalier

Le Portugal élargit de plus en plus les exceptions. Quelques exemples de ceux qui ne paient rien :

  • les mineurs
  • les personnes avec une invalidité égale ou supérieure à 60%
  • les personnes en “insuffisance économique”
  • les femmes enceintes

Et certains actes médicaux sont également gratuits, comme

  • la vaccination (présente sur le plan national de vaccination)
  • examens complémentaires de diagnostic (prescrits dans un Centre de Santé)
  • consultations de planification familiale
  • première consultation de spécialité hospitalière si prescrite dans un Centre de Santé

Inscription au SNS

Il n’est donc pas cher de se faire soigner au Portugal, si on est Portugais. En vivant au Portugal, avec son “Cartão de Cidadão“, on a automatiquement un “número de utente“, ou numéro d’utilisateur du service de santé public.

Les étrangers qui résident légalement au Portugal doivent faire la demande de ce numéro. Sans lui, et sans carte européenne d’assurance maladie (pour les européens), ils risqueraient de payer au plein tarif les soins reçus dans le service public, évidemment bien plus chers que le ticket modérateur.

Pour demander le “número de utente”, il faut pour un étranger, avoir un NIF (numéro d’identification fiscal portugais) et une attestation de résidence. Ensuite, il suffit, muni de ces deux documents, de se diriger vers le Centre de Santé le plus proche de sa résidence et d’y faire la demande.

A savoir : les étrangers qui vivent au Portugal, mais qui gardent leurs intérêts économiques dans un autre pays de l’UE (retraités, expatriés percevant un salaire de leurs pays d’origine…), doivent demander le transfert de leurs droits via le formulaire S1.

Centre de Santé et médecin généraliste public

Chaque personne doit être rattachée à un Centre de Santé, celui de son lieu de résidence. Un médecin généraliste traitant lui sera attribué d’office. Au Portugal, nous ne choisissons pas notre médecin traitant, du moins dans le secteur public. C’est ici que commencent ce qui pourrait être un problème.

Les Centres de Santé sont souvent bondés. Les inscriptions se font, mais pas forcément comme on le voulait. Prenons un exemple personnel. Je suis père de famille, et j’ai un Centre de Santé dédié aux familles à deux pas de chez moi, à Porto. Malheureusement, il y a déjà trop d’utilisateurs inscrits à ce Centre. J’ai été inscrit par défaut au Centre principal, beaucoup plus loin de mon lieu de résidence, et sans doute moins adapté aux enfants. Pas de salle d’attente avec des jouets, par exemple. Mais je garde bon espoir : j’ai fait une demande de transfert de Centre de Santé il y a… deux ans.

C’est un problème somme toute assez mineur, et qui n’est pas valable pour tout le monde. D’autres Centres de Santé sont très bien, et correctement équipés pour les enfants. Le pays est toujours en cours de modernisation de ce côté-ci.

Site Internet : Registo de Saúde Eletrónico

Pour prendre rendez-vous, inutile de se rendre sur place. On peut tout simplement téléphoner, ou passer par Internet. Je vous l’ai dit, tout est informatisé, y compris vos données médicales, présente sur le RSE, le Registo de Saúde Eletrónico (enregistrement de santé électronique). Il est ainsi très simple de demander une nouvelle ordonnance pour maladie chronique à son médecin traitant, sans avoir à téléphoner ou se déplacer sur place. En temps de pandémie, c’est un avantage indéniable.

interface du site du SNS
Sur le site servicos.min-saude.pt , plusieurs services sont disponibles. Prise de rendez-vous, consultation de son dossier médical et même consultation médicale à distance…

Aller aux urgences plutôt qu’au Centre de Santé…

Quand on est malade, on a deux options. Attendre patiemment un rendez-vous chez son médecin traitant du Centre de Santé, ou aller aux urgences hospitalières. Cette dernière option, même si on peut attendre des heures son tour suivant la gravité de sa maladie, est très souvent retenue par les Portugais.

L’hôpital est plus simple, et est ouvert 24/24h. De plus, il est équipé pour faire d’éventuels examens complémentaires. Le problème? C’est que trop de gens l’utilisent pour un simple panaris… Ce qui bouche les urgences. Pour palier à cela, un triage rigoureux a été instauré. Un infirmier fait le tri. Si c’est très grave, l’attente est quasiment nulle. Si ce n’est pas important, on peut y rester des heures.

Astuce : il existe une application qui permet d’obtenir en temps réel les temps d’attente de toutes les urgences hospitalières publiques du Portugal, MySNS Tempos.

temps d'attente
On le voit, à 22h30, je peux aller tranquillement à l’hôpital, je n’attendrais pas longtemps.

Avouons-le : en temps de pandémie, les urgences sont moins remplies qu’autrefois. C’est peut-être le bon côté de tout ceci, on réfléchi à deux fois avant d’aller à l’hôpital pour un panaris…

SNS24 : avant d’aller aux urgences, appelez le 808 24 24 24

Pour justement éviter que les urgences d’un hôpital ne soient saturés pour pas grand chose, il existe un numéro spécial, le 808 24 24 24. C’est un numéro officiel du SNS.

On est mis très rapidement en relation avec un infirmier, qui saura nous aiguiller en nous posant des questions. Grâce à l’informatisation citée plus haut, il a accès à vos données médicales présentes sur le réseau public. Si le cas est un peu compliqué, nous pouvons être mis en contact avec un médecin. Dans tous les cas, l’interlocuteur propose une solution. Il va conseiller, ou pas, d’aller au Centre de Santé ou aux urgences. Au pire, il vous envoie une ambulance. Avantage : il prend rendez-vous à votre place, en vous demandant vos disponibilités.

Les personnes qui vont aux urgences après avoir téléphoné au SNS24 ne payent pas de ticket modérateur.

Je passe systématiquement par ce numéro en cas de souci. Tout s’est toujours très bien passé, et nous sommes prioritaires aux urgences.

Ambulances : appelez le 112

En cas d’urgence absolue, inutile de passer par le SNS24. Il vaut mieux appeler directement le 112, numéro européen en cas d’urgence. C’est eux qui feront le tri entre les besoins d’ambulance médicalisée, de pompiers, de police…

Ambulance de l'INEM
Ambulance de l’INEM

INEM, Urgence Médicale

L’Institut National d’Urgence Médicale, l’INEM, est l’équivalent du SAMU français. Les ambulances sont jaunes, et son équipage est constitué d’au moins un médecin. Ils sont relativement rapides, comme on devrait s’y attendre.

En 2018, 90% des appels à l’aide ont été secourus en moins de 30 minutes en zones rurales. En zones urbaines, 73% des appels ont été secourus en moins de 15 minutes.

Avec l’INEM, nous sommes dirigés vers l’hôpital public le plus proche. Souvent, les ambulances de l’INEM se trouvent dans les casernes de pompiers volontaires.

Ambulances des pompiers

Pour les cas moins urgents, les pompiers utilisent d’autres ambulances, non médicalisées. Rouges ou blanches, son équipage est en principe composé d’au moins une personne formée aux premiers secours. Leur mission est simple : transporter le blessé ou malade aux urgences les plus proches.

Service privé de santé

Le système de santé privé est totalement parallèle au système public. Les hôpitaux privés n’ont donc pas accès aux données du SNS sur leurs malades, devant se constituer leurs propres données.

Hôpital de CUF
Hôpital de CUF

Chaque réseau privé est indépendant. Le réseau CUF, leader de la santé privée au Portugal, ne communique pas avec le réseau des Lúsiadas par exemple. Bien sûr, le coût d’une consultation dans le privé est souvent exorbitant (nous parlons de 60, 70 ou même 90 euros…), ce qui rend l’utilisation d’une “mutuelle” obligatoire.

Les hôpitaux privés sont souvent très bien équipés et agréables. Les temps d’attente sont réduits, et les salles d’attente spacieuses. Mais nous n’y sommes pas forcément mieux soignés que dans le public. Il faut savoir que les médecins sont souvent présents sur les deux réseaux.

Le principal avantage des hôpitaux privés est simple : les temps d’attente sont réduits. On attend moins pour un examen, pour une chirurgie ou pour toute autre intervention.

Ce qui me déplait dans le privé, c’est une certaine propension à faire des examens pour tout et pour rien. Ils se disent peut-être que :

  1. il faut facturer
  2. les patients ici veulent être examinés pour tout et pour rien

Dans tous les cas, à titre personnel et n’étant pas hypocondriaque, je trouve que c’est souvent exagéré. Mais je parle d’un ressenti personnel. 3 IRMs en moins d’un an pour un tendon rotulien, sans évolution positive, ça refroidit…

Dans tous les cas, pour y avoir accès, il vaut mieux avoir une “protection”, équivalent des mutuelles en France. Il en existe de deux sortes.

Assurance santé

En échange d’un paiement récurrent, comme pour toutes assurances, nous obtenons la possibilité d’être hospitalisés dans le réseau privé. Cela, jusqu’à atteindre le plafond de garanties. Plus on paye cher, et plus ce plafond est évidemment élevé. Suivant le problème que nous avons, il peut être rapidement atteint.

Le plus souvent, les assurances santés fonctionnent pour pouvoir payer des consultations moins chères que le plein tarif ou avoir accès plus rapidement aux examens à un prix inférieur. Mais les assurances santé sont extrêmement chères.

Pour une famille de 4, chez le principal assureur portugais, Médis, c’est autour de 150 euros par mois qu’il faut payer. Avec ça, on a un plafond de 50 000 euros d’hospitalisation, et les consultations sont à 17 euros (généraliste ou spécialiste) dans n’importe quel réseau privé.

médis
médis, principal assureur santé au Portugal. Il y a également advancecare, multicare etc.

Plan de santé

Si on ne souhaite pas être assuré, on peut simplement passer par un “plan de santé”. Celui-ci permet également d’accéder au réseau privé à un prix réduit. On choisira un plan de santé chez EDP par exemple pour pouvoir payer les consultations à 25 euros.

En outre, les examens sont également moins chers que le plein tarif ainsi que certaines hospitalisations. Le prix, lui, défie toute concurrence : Environ 20 euros pour une famille de 4.

En cas d’hospitalisation ou de traitement lourd, si vous faites plutôt confiance au public, c’est sans doute l’option parfaite pour tout de même avoir accès au réseau privé ponctuellement à prix réduit.

hospital santo antonio
L’hôpital public Santo António à Porto est un hôpital de référence au Portugal.

Attention ! Il existe un certain flou dans la terminologie “plan de santé” (plano de saúde), certains assureurs l’utilisant également pour vendre leurs assurances.

Privé ou Public ?

Si vous avez les moyens d’avoir une assurance santé chère, ou par exemple dans le cas français, d’avoir la CFE (Caisse des Français de l’Etranger), le réseau privé est une bonne option. Néanmoins, le service public est de bonne qualité en général.

J’utilise les deux personnellement. Les hospitalisations et les urgences sont systématiquement faites dans le public. Les consultations chez un spécialiste sont faites dans le privé. Il n’est pas cher de se soigner au Portugal, mais il faut souvent un peu de patience…


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