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Coronavirus : le Portugal s’enferme

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Le pays se replie progressivement sur lui-même. Pourtant, le covid-19 est devenu une pandémie, qui ne regarde pas les frontières… On fait le point.

Le coronavirus, toujours plus inquiétant

On se souvient en janvier, les autorités portugaises et européennes regardaient cette nouvelle maladie d’un oeil qui se voulait rassurant. C’était loin, et ça ne touchait pratiquement que les personnes âgées.

Mais petit à petit, des signaux très forts nous sont parvenus de Chine. Isolement total d’une ville de 20 millions d’habitants, mort d’un jeune médecin lanceur d’alerte… Il y avait de quoi s’inquiéter, mais néanmoins, ça restait loin. Les européens ont continué leur vies comme si de rien n’était.

J’avoue qu’à cette période, nous étions aussi septiques sur cette maladie. Nous disions qu’elle tuait moins qu’une pneumonie “classique”. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, le coronavirus a muté. Ce qui choque aujourd’hui, c’est l’incroyable facilité de contagion ! Ainsi, même si cette maladie n’est pas aussi mortelle qu’une variole ou l’ebola une fois contaminés, elle est beaucoup plus contagieuse.

Il faut donc casser la chaîne de la contagion, en limitant les contacts entre humains au maximum.

Le Portugal est à l’extrême opposé de la Chine. Peut-être que ceci a joué pour ralentir l’arrivée de la maladie. Mais tout le monde le savait, elle serait là un jour ou l’autre.

Le premier cas de coronavirus confirmé au Portugal a eu lieu le 2 mars 2020.

Personne ne parle encore de fermer quoique ce soit.

Fermeture des écoles

Le mois de février n’a été ainsi qu’une confirmation progressive de la rapidité de contagion de ce nouveau coronavirus. Accusées de tarder à prendre des mesures, les autorités portugaises n’ont commencé à réagir véritablement que lorsque l’Italie a été touchée de plein fouet.

Au Portugal, les premiers touchés furent des étudiants du nord du pays. Leurs facultés ont été fermées dès le 8 mars.

Il faut le dire, ce n’est pas simple de décider de la fermeture d’un pays. L’économie en est fortement impactée. Qui va payer les salaires ? Mais face au danger, la mesure s’imposait d’elle-même. Premiers concernés, les enfants.

Le dernier jour d’école, de la maternelle a l’Université aura été ce vendredi 13 mars 2020. Même si les enfants et les jeunes ne sont quasiment pas impactés par la maladie, ils sont le premier vecteur de maladie.

Cette décision de fermeture des écoles publiques avait été anticipée par la plupart des écoles privées du pays, avec en tête les écoles de Porto. Il faut dire que Porto a été l’épicentre du covid-19 au Portugal…

Fermeture des espaces publics.

A partir du 9 mars, les musées et autres espaces culturels annoncent au compte-gouttes leur fermeture progressive. Ce sont des décisions prises au cas par cas, mais qui seront finalement généralisées dès le vendredi 13 avec l’annonce des fermetures scolaires.

Le 11 mars, jour où le coronavirus a officiellement été déclaré comme étant une pandémie, le gouvernement a chaudement recommandé tout le monde de rester chez soi. Certaines facultés décident de fermer leurs portes. Que font les jeunes de Lisbonne en ce mercredi ensoleillé ?

Plage de Carcavelos
Ils vont à la plage. Il fait 27°C, les facs sont fermées, alors pourquoi se priver. Le conseil de ne pas se rendre dans des espaces publics n’a donc absolument pas été suivi. Il semblerait qu’à ce stade, la mesure de la pandémie n’est encore que théorique…

Dans le sillage du gouvernement, l’église catholique et de nombreux cultes décident également d’interrompre leurs célébrations, réunissant plusieurs centaines de personnes. Dimanche, il n’y aura pas de messe !

Les recommandations de la DGS (Direction Générale de la Santé) sont ainsi globalement suivies par les institutions. Les portugais réalisent petit à petit de la gravité de la situation au fur et à mesure des décisions gouvernementales et des recommandations de la DGS…

Le samedi 14, toutes les plages du pays sont fermées au public. La plupart des bars et restaurants doivent réduire le nombre de clients. Ils le font en réduisant le nombre de chaises et de tables de leurs espaces.

Mais à Lisbonne, on défie encore les conseils des autorités, en fréquentant massivement la nuit lisboète. Sans doute que la plupart sont des touristes ou des étudiants. Le contraste avec Porto est évident, où les rues ont été désertées.

Pourtant, comme un peu partout en Europe et dans le monde, les portugais se sont rués sur le papier toilette et les pâtes. Effet de mode ? Il n’y a pourtant aucun risque d’être à court de papier toilette au Portugal, contrairement à l’Australie qui la première a provoqué cette “ruée”.

Télétravail

Avec la fermeture des écoles, la suite logique était de favoriser le télétravail des parents qui le pouvaient. Normal, impossible de mettre les enfants chez les grands-parents ! Les garderies non plus ne sont pas une option.

Seuls les enfants du personnel des services absolument nécessaires, comme la Santé par exemple, peuvent aller à l’école. La maladie continuant d’évoluer pendant le weekend, la généralisation du télétravail était prévisible. Désormais, le gouvernement recommande à toutes et à tous de restez chez soi et de faire du télétravail. Seuls les métiers qui ne peuvent pas faire autrement en sont dispensés, évidemment.

A ce stade, il s’agit encore de fortes recommandations, mais les employeurs ne peuvent pas refuser le télétravail.

Il s’agit de rester le plus possible à la maison, et tant pis pour l’économie.

DGS coronavirus
Le 17 mars, l’épidémie n’en est encore qu’à ses débuts, mais progresse rapidement.

Le télétravail, qui est pour beaucoup une solution à bien des problèmes de notre monde moderne, vient d’avoir un formidable coup de boost avec cette pandémie. Des outils seront développés, une nouvelle culture va germer dans les esprits.

Le coronavirus peut devenir un mal pour un bien, mais pour l’heure, les pays doivent s’adapter à marche forcée à cette nouvelle réalité.

Fermeture des frontières

Le 11 mars, les vols vers l’Italie sont suspendus. L’Italie a été le premier des pays européens touchés. La contagion y a été encore plus spectaculaire qu’en Chine.

Le 13 mars, Madère décide d’interdire les vols internationaux des pays contaminés avec le Covid-19. Le 14, Madère décrète la quarantaine obligatoire pour l’ensemble des passagers des avions arrivant sur l’île. Cette dernière décision a été prise dans l’urgence, sans autorisation du gouvernement central.

Le 15 mars, la circulation entre l’Espagne et le Portugal est limitée. Seuls les travailleurs frontaliers et les marchandises peuvent passer.

A partir du lundi 16 mars, à 23 h, les frontières terrestres portugaises sont définitivement fermées, les contrôles rétablis. Seules 9 douanes ont été réactivées pour le coup, avec des contrôles. Les voyages de loisirs entre le Portugal et l’Espagne ne sont plus autorisés. Ni en voiture, ni en train, ni en avion.

Date de retour à la normale

Au début, le gouvernement parlait de 14 jours de fermeture des écoles. Très rapidement, ces 14 jours sont devenus pratiquement un mois, avec une fermeture globale devant durer jusqu’au 13 avril, c’est à dire à la fin des vacances de Pâques au Portugal, qui démarrent le 30 mars.

La fermeture des écoles ne signifie pas pour autant la fin des cours. Les enfants, comme les parents, doivent pratiquer le télétravail. Tout le monde sait que ce n’est pas réaliste, qu’il va falloir un temps d’adaptation, mais le Portugal, et bien, le tente quand même.

Pendant ce temps, le leader de Fenprof, le principal syndicat des professeurs portugais, estime qu’il est très peu probable qu’il y aie des cours pendant le troisième trimestre. Si on regarde l’évolution du coronavirus en Chine, il aura fallu au moins deux mois pour que la tendance de contagion soit enfin à la baisse. Le Portugal va sans doute devoir vivre avec jusqu’à au moins le mois de mai. Avec un peu de chance, la saison estivale sera épargnée.

Pour avoir des données à jour sur l’évolution du covid-19, rendez-vous sur le site du ministère de la santé portugais spécialement dédié.


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