Eucalyptus
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L’eucalyptus, cet arbre qui n’est pas portugais

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Le Portugal est couvert d'eucalyptus. Souvent décrié, son bois est pourtant de première importance pour l'industrie du papier portugaise. Récit d'un arbre qui n'aurait pas dû être là.


L’eucalyptus, c’est un arbre qu’on aime bien au Portugal. Ses feuilles persistantes sentent bon, il pousse vite et il est souvent imposant et majestueux. Mais, et c’est tout le problème, il a des défauts, provoqués par sa plantation intensive liée à l’industrie du papier. Il assècherait les sols et favoriserait les incendies !

Un arbre australien

Malgré son omniprésence au Portugal, il ne s’agit pas du tout d’une espèce endémique du pays, ni même d’Europe ou d’Afrique. C’est un botaniste français, Charles Louis L’Héritier de Brutelle, qui nous le décrit pour la première fois à la fin du XVIIIe siècle. C’est à lui que l’on doit ce nom « d’eucalyptus », à partir des racines grecques « eu » et « calyptos« , qui signifient « bien couvert ». Il faisait référence à l’opercule protégeant la fleur de l’arbre.

Lors des Grandes Découvertes Maritimes, les Portugais connaissaient déjà cet arbre, que l’on retrouve dans le Timor Oriental.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’arbre commença à se répandre dans d’autres régions du monde. Dans les climats méditerranéens, comme en Californie ou en Europe, l’eucalyptus rencontra un terrain propice à sa croissance. En Portugal, c’est autour de l’an 1830 que l’eucalyptus fait son entrée à Vila Nova de Gaia

L’absence de parasites et de froid lui ont permis de se développer comme jamais, supplantant les espèces autochtones rapidement. Ce succès fut tel que l’arbre fut considéré comme étant une espèce invasive en Californie. Aujourd’hui, au Portugal, l’espèce Eucalyptus Globulus, également connue sous le nom de Gommier Bleu, est l’arbre qui occupe le plus d’hectares, devant le pin maritime, celui-ci bien portugais…

Nous sommes loin des belles forêts de chênes d’autrefois, qui étaient pourtant les plus répandues ! Pour avoir une idée de ce à quoi ressemblait les forêts portugaises avant l’industrialisation de la forêt, il faut aller à la Mata do Buçaco, rare exemple de forêt préservée…

L’arbre du papier

C’est avec l’essor de l’industrie papetière pendant la deuxième moitié du XXe siècle que la physionomie des forêts portugaises changea. Chaque année, l’eucalyptus prend une part de plus en plus importante des forêts portugaises.

Il faut savoir que c’est au Portugal que l’on va utiliser pour la première fois au monde l’eucalyptus pour produire du papier. Nous étions alors en 1957, et les qualités de ce bois aux longues fibres ne se sont jamais démenties. Le papier portugais est ainsi idéal pour l’écriture ou l’imprimerie.

The Navigator Company, héritière des anciennes entreprises Portucel et Soporcel est aujourd’hui une des grandes entreprises mondiales de production de papier.

Souvent accusé de favoriser les incendies, l’eucalyptus n’est pourtant sans doute pas le principal fautif. Les immenses forêts des entreprises du papier ne brûlent quasiment jamais…

Un arbre qui assèche les sols ?

S’il est vrai que l’eucalyptus a déjà été utilisé pour assainir les sols trop humides, il est également vrai qu’il s’agit d’un arbre qui utilise l’eau efficacement. Ainsi, il produit plus de bois qu’une autre espèce d’arbre pour la même quantité d’eau.

Si on s’en tient à la communication officielle de l’industrie papetière, l’eucalyptus n’aurait que des vertus. Mais, en pratique, nous voyons bien qu’il existe une différence entre les sols d’une pinède et ceux d’une forêt d’eucalyptus. Les feuilles d’eucalyptus, tombées au sol, génèrent bien moins de humus. C’est ici le véritable problème de cette plantation intensive. Sans humus, le sol est plus sec et moins fertile. Alliée aux propriétés bactéricides des feuilles d’eucalyptus, les conditions pour réduire la biodiversité sont réunies.

En clair, l’eucalyptus n’est pas partageur de l’espace qu’il occupe, et ne devrait pas être planté industriellement en tant que monoculture. De plus, c’est une plaie pour la faune, qui ne trouve pas dans cet arbre l’abri que d’autres espèces peuvent lui apporter.

Un pays autrefois couvert de cerisiers, de chênes ou de châtaigniers n’est plus qu’un support pour les industriels du pin et de l’eucalyptus.

Le pétrole vert

Les qualités de l’eucalyptus effacent ses défauts au Portugal. Il y a beaucoup plus d’argent à gagner avec cet arbre, de croissance rapide. Au bout de 12 à 15 ans, on peut déjà couper l’arbre ! Son surnom de « pétrole vert » est symptomatique. En plus du papier, il est également utilisé dans l’industrie pharmaceutique. Qui n’a pas mangé des bonbons à l’eucalyptus, quand il est enrhumé?

En 2015, plus du quart du territoire national était occupé par des eucalyptus. C’est trop, nous disent les associations environnementales portugaises. Elles ne sont pas frontalement contre cet arbre, mais plutôt de sa plantation sur des sols inadéquats.

Il existe des régions adaptées à l’eucalyptus, et d’autres où il n’aurait jamais dû y avoir le moindre arbre. Les coupables sont souvent à rechercher du côté des diverses politiques d’aménagement du territoire, qui ont laissé faire.

Le futur ne semble pas prometteur. En l’absence de possibilités de faire de l’argent avec d’autres types d’arbres, l’eucalyptus continuera de se développer. Dans la région de Leiria, l’eucalyptus, cohabitant souvent avec le pin, gagne chaque année un peu plus de terrain. Le futur, c’est peut-être cette cohabitation de différentes espèces, loin des monocultures, tueuses de biodiversité…

En un mot comme en cent : à nous de valoriser les autres bois !

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