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Le Portugal, pays tolérant

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La tolérance, c'est quelque chose de subjectif. Comment se mesure-t-elle? Difficile à dire, mais nous avons quelques données objectives, que l'on peut comparer à d'autres. En ce qui concerne les Gays ou les étrangers, ça se passe plutôt bien, si l'on compare aux autres pays.


S’agit-il d’une tolérance de façade, comme certains le pensent ?

Vous avez remarqué que j’ai dit « le Portugal », et non pas « les Portugais », en ce qui concerne la tolérance. Je me suis posé la question : sommes-nous tolérants, parce que nous habitons dans un pays tolérant, ou sommes nous tolérants, parce que nous avons ça dans les gênes ?

Tolérance sur les réseaux sociaux

Facebook, Twitter et les autres réseaux sociaux sont un espace de liberté. On parle plus librement, on peut y dire tout haut ce qu’on aurait jamais osé dire en face à face. L’anonymat relatif le permet. Nous sommes en droit de penser que c’est ici que l’on dit véritablement ce que l’on pense, sans filtres.

Les réactions à des publications de grands médias sur Facebook sont parlantes. Elles permettent de voir très rapidement les réactions du public. Elles nous permettent d’observer, bien que sommairement, les différences de mentalités aussi. N’oublions pas : il n’y a aucun filtre, rien ni personne ne peut déterminer si l’on va cliquer sur la réaction énervée, sur le coeur ou simplement sur le pouce bleu.

Prenons en exemple une publication sur Público, grand quotidien portugais, qui a absolument tout pour faire réagir et provoquer la polémique.


capture d'écran de Publico
Ici, on parle d’un couple de papas qui élèvent leurs enfants.

Regardez les réactions : seules 29 personnes sont énervées et 25 tristes. A comparer avec les 426 coeurs. Regardons maintenant une publication similaire, mais en France, dans le quotidien Le Figaro.

Il est donc question d’un dessin-animé où le personnage principal doit faire son coming out.

Les réactions sur Le Figaro sont très différentes des portugaises : 419 personnes sont énervées, pour 267 coeurs. C’est une vraie différence.

J’ai voulu confirmer avec d’autres publications.

Ici, l’info : pour la première fois, une couverture de Playboy présente un homme, homosexuel.

La réaction sur cette publication du Diário de Notícias confirme celle du Público. L’info est tout de même très différente, et les réactions aussi. 395 personnes sont hilares. 85 tristes, 59 énervées.

Qu’avons-nous appris ? Qu’il semblerait (je dis bien « semblerait ») que les Portugais (du Portugal) sont plus tolérants en règle générale.

La « manif pour tous », ces fameuses manifestations françaises qui défilaient contre le mariage homosexuel sont tout simplement inimaginables au Portugal. D’une part parce que le Portugais n’est pas quelqu’un qui manifeste, et d’autre part, parce que même sur les réseaux sociaux, ce n’est pas une thématique qui les énerve.

Tolérance dans la pratique

Ce n’est pas pour rien si le fameux magazine gay « Spartacus » a considéré le Portugal comme étant le deuxième pays le plus « gay friendly » au monde, juste après le Canada. Les droits de la communauté LGBTQ+ sont protégés. Ou plutôt : ils ne sont pas rabaissés. On ne leur dit pas, dans la Loi, qu’ils sont inférieurs aux autres.

Il ne s’agit que de ça. Un homosexuel a le droit de se promener dans la rue, la main dans la main avec son partenaire. Sans peur de représailles. Cette tolérance n’est pas que pour les homosexuels. Elle est également présente pour les étrangers.

Attention, ne me méprenez pas : au Portugal comme ailleurs, les étrangers ont des difficultés. Chômage, délinquance, ils sont aux avant-postes des problèmes sociaux. Mais personne ne va se battre avec une femme musulmane parce qu’elle porte le voile.

Le racisme, il y en a, comme partout. Mais il débouche rarement sur des agressions physiques. A ce sujet, le Portugal est d’ailleurs l’un des pays les plus sûrs au monde. Peut-être, aussi, parce qu’il s’agit l’un des plus tolérants.

Différence de mentalités entre les Portugais de France et ceux du Portugal

Le pays où nous avons grandi forme notre personnalité. On baigne dans une école, on baigne dans des médias, dans une ambiance qui vont nous influencer. Et de fait, la presse française, à toujours parler de Zemmour ou de Le Pen, a un rôle important dans cette influence.

Je modère plusieurs groupes sur Facebook. Je vais vous parler d’un ressenti que j’observe en langue française, que je ne vois pas, ou très peu, en langue portugaise. On dirait bien que de nombreux franco-portugais sont bien moins tolérants que les Portugais du Portugal.

Un exemple? Sur le groupe « Travailler au Portugal », dès lors qu’il s’agit d’un maghrébin ou d’un africain qui cherche à venir travailler au Portugal, il va très certainement se prendre des réflexions très négatives, voire même violentes.

Cette publication a suscité des commentaires racistes. Du vrai racisme.

Curieusement, ceux qui sont déjà au Portugal, sur place, proposent de l’aide à ce Camerounais. Les franco-portugais qui sont en France, en revanche…

Sur le groupe « Le Portugal en français » (privé, seuls les membres peuvent voir les publications), j’ai republié une information qui est pour moi anodine, et même bienvenue, motif de fierté.

Commentaires facebook
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77 commentaires, très divisés, entre ceux qui applaudissent ce jeune courageux à la recherche d’une meilleure vie comme l’avaient fait leurs parents Portugais à eux, et ceux qui s’énervent parce qu’on est envahis de gens qui ne viennent que pour les aides sociales. Rien de tel en Portugais. Les énervés sont beaucoup moins présents.

Comme le disait quelqu’un, des cons, il y en a partout, le problème, c’est leur concentration.

Tolérance… ou indifférence ?

Selon un rapport de l’OCDE datant de 2019, le Portugal serait à la traîne de l’OCDE en ce qui concerne l’acceptation de l’homosexualité. Au niveau des Lois, tout va bien, mais dans le sentiment général de la population, ça se passe moins bien. Il s’agit d’un rapport où l’on a demandé aux homosexuels s’ils se sentaient discriminés. Les Portugais ont répondu oui, plus souvent qu’ailleurs, comme en Autriche, Estonie, Grèce, Hongrie, Italie, Pologne et Slovénie. Nous parlons ici d’un sentiment, ce qu’on a demandé aux homosexuels, pas de faits quantifiables.

En résumé, le Portugais s’en fiche des homosexuels tant qu’il n’en a pas un sous la figure. Il ne va pas aller l’agresser exprès, il ne va pas s’énerver sur les réseaux sociaux. En revanche, il aura du mal à accepter que son fils ou sa fille soit gay. Ce n’est pas parfait comme situation, mais à tout prendre, mieux vaut ça que des agressions ou une discrimination institutionnelle. Le Portugais n’est donc pas hypocrite ?

A savoir : 10% de la population portugaise serait homosexuelle. C’est une donnée qui est plutôt en conformité avec ce que l’on observe dans d’autres pays, y compris la France. Mais dans ces 10%, ils sont nombreux à vivre cachés. Justement à cause de l’intolérance qui règne au Portugal, ou ailleurs.

Le véritable titre de cet article n’aurait d’ailleurs pas dû être que le Portugal est tolérant. Non, le vrai titre, c’est plutôt : « le Portugal est moins intolérant ». Ou alors, il s’en fout. Dans un pays où le smic est si bas, où les jeunes s’en vont faute de perspectives professionnelles, les gays sont le cadet des soucis.


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