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Empire Portugais : construit par la technique

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La construction de l'Empire Portugais a été une découverte de l'inconnu, fruit d'une planification étudiée. Deux volontés, parfois antagoniques, ont guidé les gouvernants portugais des XV et XVIe siècles.


Première volonté, on désirait une conquête militaire du nord de l’Afrique, dans le cadre de la lutte contre l’ennemi musulman. La deuxième volonté lusitanienne, qui marqua de son empreinte toutes les missions d’exploration de l’Atlantique, était la découverte du passage maritime vers les Indes. La découverte des richesses de l’Outremer était une garantie pour le Portugal d’indépendance face au puissant ennemi castillan.

Planification maîtrisée, courage aveugle

La construction de l’Empire Maritime Portugais se fit entre deux dates, deux batailles qui marquèrent à jamais l’histoire du Portugal. La conquête de la ville de Ceuta au Maroc en 1415 marque le début, la défaite d’Alcazar Kébir en 1578, également au Maroc, en marque la fin.

Au Maroc sont nés et sont morts les rêves de gloire portugais.

Murailles de Mazagan
Murailles de Mazagan, ancienne forteresse portugaise au Maroc

La rivalité avec l’Espagne, présente pendant toute la période de l’expansion maritime portugaise, eu son expression maximale avec le Sébastianisme, la croyance qu’un jour, le roi Sébastien, disparu lors de la conquête frustrée du Maroc, reviendra pour délivrer les Portugais de l’Espagne.

La conquête de Ceuta en 1415, pendant le règne de Jean Ier, illustre vainqueur des castillans lors de la Bataille de Aljubarrota, fut tant un acte d’expansion de la Foi chrétienne comme la recherche de nouvelles richesses pour une noblesse désireuse de prouesses militaires, qu’elle ne pouvait plus obtenir contre l’Espagne.


Sébastien perdit à Alcazar Kébir une richesse qui avait été le résultat de la détermination portugaise, un équilibre entre la planification maîtrisée et prudente et le courage aveugle et inconscient. Le roi Sébastien symbolise à merveille cette dichotomie, qui avait définit toute l’expansion maritime portugaise.

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Développement des techniques de navigation

Au début du XVe s., les techniques de navigation étaient le fruit d’une symbiose de cultures, à la fois méditerranéennes et du nord de l’Europe. L’originalité portugaise a été de savoir faire évoluer ses embarcations suivant les besoins rencontrés pendant toute l’expansion. A la science héritée des Arabes, des Génois ou des Catalans, présente dans les connaissances astronomiques ou dans les instruments de navigation, les Portugais ont ajouté leurs connaissances empiriques de construction navale qu’ils obtinrent au fur et à mesure que l’exploration maritime poussait toujours un peu plus loin…

Caravelle
Caravelle, bateau idéal pour explorer des mers inconnues

Les premières embarcations, les barques et les balingers (barinel en portugais), furent essentielles aux débuts de l’expansion maritime portugaise. Relativement petites, ces embarcations ont permis l’exploration de l’Atlantique Nord, la découverte des Açores et de Madère, ainsi que le dépassement du Cap Bojador en 1434. La possession et colonisation des îles de l’Atlantique furent essentielles pour l’étape suivante de l’exploration maritime. Les petites embarcations s’adaptaient aux conditions de navigation encore inconnues. Une fois en terrain connu, les embarcations plus grosses était alors privilégiées.

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Caravelles

En descendant vers le Sud, les Portugais durent affronter des vents contraires, présents après le Cap Bojador. Les voiles latines des barques ou des ballingers ne permettaient pas de naviguer au delà efficacement. L’apparition des caravelles, qui succédèrent aux barques, correspondent au début de la deuxième phase de l’expansion portugaise, vers 1440. Avec D. Pedro, régent favorable au commerce, une nouvelle étape démarrait, maintenant décidément d’exploration et d’enregistrement des découvertes, visibles dans la cartographie développée à cette époque avec l’aide de maîtres catalans.

La cartographie moderne, née avec les missions d’exploration portugaises, a permis, à partir de l’empirisme propre aux découvertes, le registre scientifique. En confrontant, par l’expérience, le savoir des Anciens, en prouvant qu’ils pouvaient être erronés, le chemin vers ce qu’on nommerait plus tard la méthode scientifique était ouvert. Cette révolution mentale, la “révolution géographique”, fut permise par une cartographie née de l’expérience. Ce fut l’une des plus grandes contributions portugaises à la Renaissance.

Carte de Cantino, représentant les découvertes portugaises
Carte de Cantino, représentant les découvertes portugaises

La connaissance des mers ne fut possible que grâce à un bateau capable de les explorer : la caravelle. Avec de meilleures capacités de navigation ou de transport que les anciennes barques, la caravelle était adaptée aux voyages plus longs. Sa grande force était sa versatilité, lui donnant la capacité de naviguer tant en plein océan comme le long des côtes. La caravelle était ainsi idéale pour les navigations vers l’inconnu, en permettant aux navigateurs de s’adapter aux situations imprévues qu’ils devaient affronter. Les voiles et la maniabilité des caravelles permirent la navigation avec des vents contraires, une condition sine qua non pour continuer l’exploration plus au sud du cap Bojador.

Cette deuxième étape de l’expansion portugaise est relativement courte, mais cruciale. Avec les caravelles, le Portugal pouvait aller plus loin. Les Portugais attinrent, de fait, leur principal objectif commercial : éviter les intermédiaires qui traversaient le Sahara. L’établissement du premier comptoir sur la côte africaine, le comptoir d’Arguin (Feitoria de Arguim), permis au Portugal de développer les échanges commerciaux avec les royaumes africains, avec de grands bénéfices pour les Lusitaniens. Mais la noblesse portugaise continuait, en grande partie, étrangère à ces progrès.

Pause dans l’exploration

Une nouvelle étape commence à la mort de D. Pedro. C’est le retour des intérêts seigneuriaux, plus enclins à conquérir l’Afrique du nord que d’explorer commercialement l’Atlantique. Pendant cette pause du développement de l’Empire Portugais, c’est l’initiative privée qui prend le relais, et prend à sa charge l’exploration maritime. La création du comptoir de Saint-Georges-de-la-Mine (São Jorge da Mina) dans l’actuel Ghana au milieu du XVe siècle et le retour de l’intérêt royal marquera la transition vers une nouvelle étape de l’expansion portugaise : la recherche de la route maritime vers l’Inde.

L’émergence des caraques

Désormais connaisseurs des mers et des océans, le Portugal n’avait plus besoin des caravelles versatiles face à ce qui était autrefois inconnu. Les caravelles étaient maintenant destinées aux routes africaines, adaptées aux vents et courants contraires. Dorénavant, avec le sens des vents enregistrés dans la cartographie et la connaissance de la route du large, on pouvait naviguer dans des “naus”, des caraques plus efficaces pour le commerce au long cours.

La route du large consistait, au lieu de suivre les côtes africaines, à suivre les courants et les vents marins, en prenant le large. Les Portugais n’avaient pas de difficultés pour aller vers le sud en suivant la ligne côtière, mais pour remonter à Lisbonne, ils devaient passer par Madère ou même les Açores.

Ces bateaux, beaucoup plus grands et rapides, mais moins maniables, étaient adaptés aux longs voyages de la Route des Indes, inaugurée par Vasco de Gama. On pouvait y embarquer un armement lourd, adapté à la politique d’expansion offensive si nécessaire, mais également adapté à la défense des intérêts portugais face à la pression croissante des autres nations mercantiles européennes de la fin du XVIe siècle.

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Navires portugais du XVIe siècle.

En arrivant en Inde, le Portugal avait conquis un immense empire commercial. Les établissements portugais d’outremer s’adaptaient aux régions et peuples rencontrés. La capacité d’adaptation des portugais, visible dans leur capacité de navigation, était aussi évidente avec les peuples rencontrés, parfois en faisant du commerce, parfois en les conquérant, suivant les besoins. Leurs navires permirent l’intensification des échanges commerciaux, par la force si nécessaire.

Fin de l’expansion

Le dernier combat du roi Sébastien scella définitivement les prétentions de la “Reconquista” et le début de la désagrégation de l’Empire Portugais. Le pays, trop petit pour un empire si grand, n’avait tout simplement pas les moyens de se relever de la lourde défaite marocaine d’Alcazar Kébir (ou Ksar El Kébir). Le Portugal perdit son indépendance et souffrirait dorénavant de la rude concurrence des grandes puissances européennes, avides d’avoir également une part du très lucratif commerce d’outremer. Les Portugais étaient désormais obsédés par leur glorieux passé, craignant pour leur présent aux mains espagnoles, et terrorisés par leur futur, que la concurrence féroce des grandes puissances européennes semblait assombrir…

Bibliographie

  • DISNEY, Anthony R. – A História de Portugal e do Império Português. Lisboa: Clube do Autor, 2019.
  • DOMINGUES, Francisco Contente – Ciência e Tecnologia na Navegação Portuguesa: A Ideia de Experiência no Século XVI. In BETHENCOURT, Francisco; CURTO, Diogo Ramada dir. – A expansão marítima portuguesa, 1400-1800. Lisboa: edições 70, 2018.
  • DOMINGUES, Francisco Contente in OLIVEIRA, Aurélio de. História dos Descobrimentos e Expansão Portuguesa. Lisboa: Universidade Aberta (2000).
  • GARCIA, José Manuel. Relações interculturais da cartografia portuguesa com as cartografias mediterrânica e oriental. Ericeira: IX Curso de Verão do ICEA (2007).

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