Origines ADN
Origines ADN

Origines des Portugais, grâce à l’ADN

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Mon sang est Portugais. Mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et ainsi de suite. Et pourtant, mon ADN raconte une histoire, qui est aussi celle du Portugal.


Histoire officielle

Plusieurs peuples sont venus s’installer dans ce qui est aujourd’hui le Portugal. Chacun de ces peuples est devenu « Portugais » en venant sur la façade occidentale atlantique de la péninsule ibérique. Ils se sont mélangés à ceux qui habitaient déjà ici.

Difficile de savoir dans quelles proportions, du moins en ne regardant que les sources historiques. Combien de Romains occupaient l’espace portugais par rapport aux Lusitaniens? On ne sait pas. Faisons un récapitulatif rapide.

Avant les Romains

  • Un peuple autochtone existait déjà à la préhistoire, des chasseur-cueilleurs.
  • Les mystérieux « peuples de la mer« , venus de l’est méditerranéen, vers le VIe millénaire av. J.-C.
  • Des échanges permanents existent pendant des milliers d’années jusqu’à l’Âge du Bronze.
  • Les Celtes, arrivés en péninsule ibérique au IIe millénaire av. J.-C. vont se mélanger progressivement avec les peuples locaux. L’un d’eux sera le peuple lusitanien.
  • Dans le même temps, les Phéniciens vont créer plusieurs comptoirs sur la côte atlantique, suivis par les Grecs puis les Carthaginois. Ces trois peuples fondèrent des comptoirs commerciaux, se mélangeant peu aux locaux. Parallèlement, de nombreux échanges existent également avec les autres peuples Celtes de l’atlantique et du nord de l’Europe.

Début de la civilisation latine

  • A partir du IIe siècle av. J.-C., les Romains vont conquérir et occuper la péninsule ibérique progressivement.
  • La période romaine est une période de profonds échanges dans tout l’Empire et au delà. Un citoyen romain pouvait être originaire de Grèce, Syrie, d’Egypte, de Grande Bretagne ou de l’actuel Maroc, et s’établir où il voulait dans l’Empire.
  • C’est aussi pendant la période romaine que les Juifs commencent à s’installer en péninsule ibérique.
  • Les « Invasions Barbares » des IVe et Ve siècles apportèrent à nouveau leur lot de mixité. Au nord du Portugal et en Galice, noyau de la future civilisation galaïco-portugaise, ce sont les Suèves, peuple germanique, qui prirent le pouvoir pendant près de deux siècles.
  • Les Wisigoths, peuple germanique également, occupèrent le reste de la péninsule, jusqu’à la conquête finale du royaume de leurs ennemis Suèves à la fin du VIe siècle. Ces envahisseurs « barbares », bien qu’ayant conquis le contrôle de ce qui était autrefois des provinces romaines, étaient relativement peu nombreux face aux populations romanisées.

Musulmans et Reconquista

  • Lorsque les Arabes, et surtout les Berbères dominèrent la péninsule ibérique à partir du VIIIe siècle, le schéma des conquérants peu nombreux face à une population autochtone se maintient.
  • Le Haut Moyen Âge a vu les villes musulmanes de péninsule ibérique être très régulièrement pillées par les Vikings.
  • La Reconquista, le début de la formation du Portugal, est ainsi dominée par une poignée de Chrétiens du nord de la péninsule, lointains descendants des Wisigoths. Ces Chrétiens, issus des Asturies, de Galice, reçurent une importante aide de nombreux Français.
  • Le nord du Portugal et la Galice étaient très peuplés, face au sud de la péninsule ibérique. Pour conserver les territoires nouvellement conquis aux musulmans, une politique de peuplement du sud par des gens venus du nord chrétien a été menée lors de la Reconquista.

Lire également : Le Portugal du Néolithique à l’Âge du Bronze

Culture et ADN

Au vu de ces quelques milliers d’années d’histoire condensée, l’ADN portugais est forcément le fruit d’un mélange. Un cocktail aux nombreuses origines. Néanmoins, tout le long de son histoire, le gros de sa population ne s’est finalement que peu mélangé avec les nouveaux arrivants. Seuls les « peuples de la mer » semblent avoir eu de larges conséquences sur l’ADN des peuples ibériques.

Nous sommes, à peu de choses près, très ressemblants aux Lusitaniens.


C’est principalement au niveau de la culture que les nouveaux arrivants chambouleront la péninsule ibérique. Soumis au nouveau pouvoir, les autochtones adopteront plus ou moins rapidement la culture des envahisseurs, en la mélangeant à la leur à des degrés divers.

Nous pouvons établir 4 chocs majeurs culturels en péninsule ibérique :

  • Celtes s’alliant aux Ibères autochtones
  • Romains
  • Invasions barbares et Wisigoths
  • Conquête musulmane
  • Reconquista
Pélage
Pélage, premier grand résistant à l’avancée musulmane en péninsule ibérique

Notre culture actuelle, commune avec la plupart des autres pays européens, est d’origine romaine. Ce sont par eux que nous sommes devenus chrétiens. Ce sont eux également qui apportèrent notre écriture et un cadre juridique à l’organisation de la société.

Ces bouleversements majeurs, nous allons le voir, se reflètent dans l’ADN.

Connaître ses ancêtres par son ADN

Pour connaître mes origines ethniques, j’ai utilisé une plateforme populaire, MyHeritage. J’avais déjà séquencé mon ADN complètement sur une plateforme dédiée, c’était un jeu d’enfant d’avoir dès lors des origines ethniques fiables au vu des connaissances actuelles.

Ces plateformes fonctionnent grâce à la quantité. Plus nous sommes nombreux à l’utiliser, et plus les données sont fiables.

Pour le test ADN, je n’ai jamais indiqué mon origine « ethnique », juste que j’étais né à Paris. Et mon ADN indique que… je suis originaire de Leiria !

origines ADN
Mes origines en ADN

Et c’est vrai. D’une zone comprise entre Pombal et Leiria, pour être précis.

Le reste de mon ADN confirme l’histoire même du Portugal. La majorité de l’ADN est Ibère, à plus de 50%. Plus d’un quart est, quand à lui, d’Europe du Nord : France, Allemagne… Au vu de la proximité de ces pays et de la côte atlantique commune, tout est logique.

En proportions importantes également, de l’ADN italien. Outre les lointaines origines romaines, il faut savoir que l’Italie a toujours été un partenaire privilégié du Portugal lors de ces derniers siècles. L’Italie était un partenaire commercial, et surtout, culturel.

Pour terminer, l’occupation musulmane, totalement terminée au Portugal depuis près de 8 siècles, se reflète encore un peu. On observe toujours de l’ADN nord-africain ou moyen-oriental.

Ce qui est surtout étonnant de mon point de vue, c’est l’absence de présence d’ADN anglais, notre plus vieil allié pourtant.

Notez : ces tests ADN ne remontent pas sur des milliers d’années. Vous ne trouverez pas d’ADN éthiopien, pourtant à l’origine de toute l’humanité. Il s’agit ici de trouver des origines « récentes » d’un point de vue historique.

Histoire génétique du Portugal

Plus on remonte dans le temps, plus la différenciation entre le Portugal et l’actuelle Espagne est difficile. Nous sommes pratiquement identiques à nos voisins espagnols, surtout les Galiciens.

Nous allons retracer dans les grandes lignes cette histoire, assez similaire nous allons le voir à la version « officielle ».

  • Les peuples néolithiques atlantiques étaient tous liés, une liaison visible dans la culture mégalithique.
  • Les invasions indo-européennes (peuples des steppes, Celtes…) se firent en plusieurs étapes. Cela se voit dans l’ADN des populations hispaniques, très fortement « celtisées ».
  • La présence d’ADN phénicien et grec est également visible, mais en proportions bien plus petites.
  • Les Romains, malgré une présence culturelle immense, impactèrent relativement peu l’ADN hispanique.
  • Actuellement, on estime que 25 à 30% de l’ADN des populations du sud du Portugal possède de l’ADN Juif ou Phénicien, 15 à 20% dans le centre, et moins de 10% dans le nord.
  • L’ADN des Suèves se retrouve principalement chez les Portugais et Galiciens actuels, mais en faibles proportions.
  • Peu d’ADN Wisigoth également. Ceci s’explique, outre le faible nombre d’envahisseurs, par le fait que lorsque les Wisigoths envahissent l’Espagne, ils n’étaient plus majoritairement germaniques. Ils avaient occupé au préalable les Balkans.
  • Pareillement, l’ADN d’Afrique du Nord ne semble pas avoir laissé de grandes traces dans les populations portugaises actuelles.

Les Portugais actuels sont principalement issus des bouleversements majeurs du Néolithique et de l’Âge du Bronze. Notre « sang » est essentiellement indo-européen, les envahisseurs du néolithique ayant pratiquement remplacé les autochtones.

A savoir : ces données doivent être raffinées, au fur et à mesure des séquençages génétiques des populations. Nous en saurons très certainement bien plus lors des prochaines découvertes.

Populations hétérogènes

Nous aurions tort de considérer la population de la péninsule ibérique comme étant homogène et identique tout au long de sa longue histoire génétique. De nombreux peuples cohabitaient dans le même espace géographique. Ainsi, rappelons qu’aux côtés des Lusitaniens, il pouvait y avoir des Basques, des Sefes, des Turdules, des Cynètes et ainsi de suite. Tous pouvaient être très différents, certains n’étant même pas indo-européens comme les Basques.

L’homogénéisation n’a commencée que bien plus tard, lorsque les frontières politiques et culturelles s’établirent dans un espace restreint, que l’on nomme aujourd’hui le Portugal. Encore aujourd’hui, les plus attentifs savent qu’on a plus souvent les yeux bleus dans le nord du Portugal et plus souvent la peau mate dans le sud.

Ce ne sont finalement que des statistiques, le « sang » n’étant pas le plus important dans l’histoire d’un peuple. Ce qui compte, c’est la culture commune que nous avons décidé d’avoir. Ainsi, un pays où cohabitèrent des personnes descendantes de nobles wisigoths ou suèves avec des descendants d’ibères ou berbères est aujourd’hui uni, non par le sang, mais par sa langue et sa culture !

Confirmation d’histoires personnelles

Dans mon cas, j’ai été troublé par la confirmation d’une légende familiale. Cette légende raconte qu’il y a deux siècles, un britannique, accompagné de sa femme africaine, se serait établi dans la région, donnant naissance à ma famille maternelle. Cette histoire se retrouve dans mon ADN.

Notez l’ADN nigérian. Le Nigéria était une colonie britannique.

Une autre présence étrange dans mon ADN, est celle d’ADN de Bretagne. La Bretagne, d’un point de vue de marin en atlantique, n’est pas si loin !

C’est mon histoire personnelle, mais presque chaque habitant du Portugal peut en avoir une similaire. Les grandes lignes évoquées dans l’article ne sont que ça : de grandes lignes.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter l’article « histoire génétique de la péninsule ibérique » sur Eupedia.


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