Eglise de Válega
Eglise de Válega

Eglise de Válega, Ovar : la magie des Azulejos

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La beauté des couleurs nous rapproche de Dieu. C’est du moins ce qu’on se dit, quand on découvre pour la première fois l’église de Válega, aux environs d’Ovar…


C’est une surprise qui nous attend, lorsque l’on quitte la N109 pour s’engager dans la petite rue qui nous mène à l’église. Visible de loin, elle semble comme posée au milieu des champs, comme une pierre précieuse aux reflets de mille couleurs…

Une église cimetière

La joie de toutes ces tonalités multicolorées, bruyantes et animées, contraste avec le silence du cimetière. Un cimetière qui pourtant, loin d’être un lieu lugubre, semble presque ironiquement respirer la vie !

Cimetière devant l'église
Cimetière devant l’église

Quelque part, c’est un rappel de la plus célèbre des traditions d’Ovar : le Carnaval. Un festival de couleurs, d’animation, où pour la dernière fois il est possible de faire la fête avant le Carême et sa retenue…

L’église a toujours été intimement liée avec la dernière demeure des habitants de Válega, l’édifice reposant lui-même sur de nombreuses sépultures. Entourée de croix et de champs paisibles, c’est une atmosphère de recueillement qui règne autour de cette église dédiée à Santa Maria do Amparo, Sainte Marie Protectrice.

Cette épithète de la Vierge Marie, particulièrement populaire au Portugal, nous rappelle le côté protecteur et maternel de la mère de Jésus. Une protection qu’elle fit de la naissance du Christ jusqu’à sa mort, lorsqu’elle récupéra le corps de son fils descendu de la croix…


Une église baroque

La profusion des décors, typique du baroque, est pourtant ici récente. Même si l’église a été construite à partir de 1746 en remplacement d’une église voisine qui menaçait de tomber en ruine, la construction s’éternisera, tant et si bien que plus d’un siècle plus tard, elle n’était toujours pas terminée. Il faut dire qu’en 1787 ou 1788, un terrible incendie la dévasta complètement, obligeant les fidèles à la reconstruire complètement.

Pour le baroque portugais, le fidèle doit connaître un cheminement spirituel lorsqu’il rentre dans une église. On doit ainsi passer de la simplicité extérieure, du quotidien, souvent visible sur des façades dépouillées, à la richesse décorative de l’intérieur, évoquant l’émerveillement du Paradis…

Au début du XXe siècle, ce programme baroque était encore bien loin d’être ce qu’il est devenu aujourd’hui. C’est l’intervention de riches familles de bienfaiteurs qui bouleversera la physionomie de l’église, pour devenir aujourd’hui la plus colorée du Portugal !

Intérieur de l'église
Intérieur de l’église

Bienfaiteurs de Válega

Les Oliveira Lopes, illustres citoyens de Ovar et Républicains notoires financeront, à leurs frais, les travaux de conservation et d’amélioration de l’église. Il faut savoir qu’aux débuts de la République, les Républicains étaient clairement anticléricaux, ce qui semble être une claire contradiction des Oliveira Lopes.

Les villageois n’ont pas oublié cette protection de ces notables envers leur église, et une école porte aujourd’hui leur nom, leur rendant un hommage mérité.

Les travaux démarreront en 1923, encore sous la Première République, et ne se termineront totalement qu’en 1975 avec l’intervention de l’architecte Januário Godinho sur les azulejos extérieurs latéraux. De cette belle période pour l’église nous retiendrons le plafond en bois exotique, et surtout, les premiers azulejos extérieurs.

Azulejos de l'atelier de Jorge Colaço. Nossa Senhora do Amparo.
Azulejos de l’atelier de Jorge Colaço. Nossa Senhora do Amparo.

Si on fait le tour de l’église, et que nous regardons les azulejos représentant la Vierge à l’enfant au-dessus de la chapelle principale, nous pouvons y voir une signature : Jorge Colaço. Cette Marie mère de Dieu vient de son atelier, lui, la star des azulejos portugais du XXe siècle.

Exécutée par la « Fábrica Lusitânia » de Lisbonne, l’œuvre de Colaço, fixée sur l’église en 1942, n’a probablement jamais pu être appréciée sur place par le Maître. Il mourut la même année, lui à qui nous devons tant d’autres merveilles de l’azulejo portugais !

Jorge Colaço
Jorge Colaço

Une église qui nous raconte une histoire

L’incroyable façade polychrome de l’église est plus récente que l’œuvre somme toute classique de Jorge Colaço en bleu et blanc. Tellement récente que l’église n’est pas inscrite aux Monuments Historiques. Pas encore. La façade date de 1960 ! Cette nouveauté explique en partie la relative méconnaissance des grands circuits touristiques du lieu.

Nous la devons à un enfant de Válega, António Maria Augusto da Silva, parti faire fortune à Porto. Effectivement devenu riche, il prendra la suite des Oliveira Lopes, en continuant leur travail d’embellissement de l’église. C’est lui qui commanda à la « Fábrica Aleluia » de Aveiro les azulejos qui aujourd’hui nous fascinent tant…

Et que nous dit cette façade ?

Au centre, logée dans une niche au-dessus du portail, une statue de « Nossa Senhora do Amparo », Vierge tenant l’enfant Jésus dans les bras. Les scènes choisies pour illustrer cette façade sortent un peu de l’ordinaire. Autour, nous allons retrouver cinq piliers constitutifs de l’idéologie de l’église : l’eucharistie, la communion, la confession, le mariage et le baptême.

De part et d’autre de ces représentations, Saint Pierre qui reçoit les clés, et la proclamation par le pape Pie IX du dogme de l’Immaculée Conception.

Saint Pierre recevant les clés.
Saint Pierre recevant les clés.

Chacun de ces cinq piliers représente un épisode fondamental de la fondation de l’église. Pour représenter le baptême, par exemple, c’est le baptême de l’empereur Constantin qui a été choisi. Constantin, par son choix, faisait ainsi basculer l’empire Romain dans la foi chrétienne.

Plus proche des Français, c’est Saint Louis, roi de France, qui a été choisi pour illustrer l’adoration de l’eucharistie.

La façade est ainsi un récit, celui de l’église catholique, de son histoire et de son évolution, en partant de Saint Pierre.

La richesse intérieure

Le fidèle, après avoir découvert l’histoire de l’Eglise à l’extérieur, une histoire ancrée dans la réalité, peut maintenant entrer dans le domaine de la Foi, en pénétrant dans le lieu de culte. Désormais, place aux récits bibliques, au Nouveau Testament et surtout aux évangiles apocryphes.

Les azulejos et les vitraux viennent ici nous raconter cette vie méconnue de Marie, ne faisant pas partie des évangiles « officiels » pourtant reconnue par le Vatican. On retrouve la présentation de Marie au temple, lorsque ses parents la consacrent à Dieu, mais aussi la mort de Joseph…

Azulejos à l'intérieur de l'église
Azulejos à l’intérieur de l’église

Ce sont des scènes touchantes, plus proches des fidèles portugais des années 1960, qui pouvaient se retrouver dans ce quotidien d’autrefois. Les vitraux, réalisés à Madrid par S. Cuadrado et datant également de cette période, en sont un bon exemple, avec un Joseph enseignant le métier de charpentier à Jésus, mais surtout, la représentation d’anciens prêtres de Válega…

La visite de l’église de Válega mobilise autant les sens, à commencer par la vue, que l’esprit. La figure de Marie est ici centrale, et veut sans doute dire beaucoup pour ce village, tant marqué par l’émigration et les demandes de protections divines…

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