Escudos portugais
Escudos portugais

Spirale de l’Escudo : invitation à voyager dans le passé récent du Portugal

Par

Carlos, fils de Portugais né en France, aime deux choses : la numismatique et le Portugal. C'est avec bonheur que je vous propose de découvrir son travail, qu'il présente lui même. Une façon pour nous de découvrir l'histoire du Portugal du XXe siècle !


Par Catalogart

Prélude

Je viens de réaliser que le Portugal, je l’ai dans la peau.

La France m’a vu naître, la langue française m’a vu grandir mais mes parents, qui avaient traversé les Pyrénées vers le soleil naissant, m’ont planté des petites graines de la langue de Lusitanie, des grains de sable des plages à l’extrémité occidentale de l’Europe, et puis, oui, même quelques brins de notes de musique dans des valises en carton.

Tout cela a pris forme et voilà, le Portugal est devenu une couche de cellules mi-endormies, mi-réveillées quelque part entre l’épiderme et les couches profondes de mon être. Ou peut-être, les Pyrénées, je les ai traversés vers le ponant, en quête d’une douceur de vivre que je ne trouvais pas ailleurs, marqué par l’accent presque slave d’une langue qui murmure à l’oreille des vagues.

Détail de la Spirale de l'Escudo
Détail de la Spirale de l’Escudo

Et le Portugal, pour moi aussi, est devenu une obsession. Du coup, je suis pressé, pressé d’apprendre la langue et surtout pressé d’apprendre à décrypter les codes qui permettent de comprendre la réaction du vendeur au marché, le sourire du fonctionnaire notarial, les silences et les mots que l’on tait parfois. Qui que je sois, je n’ai donc qu’une solution.


Prendre mon temps, et emprunter les nombreux chemins de traverse qui mènent en Lusitanie. La Spirale de l’Escudo m’offre un de ces sentiers, où la contemplation de la production artistique frappée sur les pièces de monnaie pendant une grande partie du XXème siècle révèle les ombres et les lumières de ce pays que désormais, fichtre, que désormais j’aime.

Sonate

La Spirale de l’Escudo montre les 350 dessins des avers et revers des 175 pièces frappées au Portugal depuis l’implantation de la république en 1910 jusqu’à l’avènement de la monnaie européenne en 2001.

Derrière chaque dessin se cache une pièce, et chaque pièce porte un peu de ce pays :

  • son alliage métallique – c’est vrai, cela a de l’importance surtout quand il n’y en a plus pour pouvoir frapper monnaie –
  • sa taille
  • sa valeur (cent mille, c’est l’écart de valeur entre la dénomination la plus petite du 1 centavo (1/100ème d’Escudo) du début du siècle et les 1000 escudos de la fin)
  • sa date – que s’est-il passé cette année-là –, le nom de l’artiste (est-il connu, pourquoi a-t-il dessiné cette forme)
  • et tiens, la tranche du disque, certaines sont lisses, d’autres cannelées, striées, portent des signes ou des inscriptions …

Oui tout un monde dans ces pièces, que l’on peut décrypter progressivement ou prendre comme inspiration pour s’informer. Que l’on peut suivre pièce à pièce depuis le centre vers la périphérie de la Spirale ou de la périphérie vers les armes du drapeau au centre ou encore, ce que je préfère, que l’on peut débusquer lors de la contemplation de loin, ce point d’accrochage du regard qui se laisse interpeller par telle variation de teinte, par telle forme curieuse du trait en (très) bas-relief.

Spirale de l'Escudo
Spirale de l’Escudo. Cliquez sur l’image pour l’avoir en grand format.

Lied

Permettre la contemplation de loin de l’ensemble des Escudos frappés est par ailleurs le point fort de ce travail. On décerne les évolutions de qualité, de styles artistiques, de priorités dans les représentations culturelles, de subtils énigmes et messages politiques, pas une seule pièce avec l’effigie de Salazar, par exemple, mais son nom est bien écrit sur la pièce commémorant la construction du pont qui a porté son nom pendant moins d’une décennie.

Et le symbole de l’Escudo, bizarre, un S souvent barré avec un seul trait vertical, mais parfois avec deux … que cache ou révèle le cifrão ? Et, et … ça y est, soudain les pièces de monnaies prennent une autre valeur à nos yeux. Vous savez quoi, nous ne sommes pas seuls, pas seules.

Surtout au Portugal, si l’on interroge ceux que nous connaissons ou rencontrons, on découvre vite que derrière chaque Portugais se cache un numismate en puissance. Et puis, dans cette brocante, ou dans cette feira de velharias, on peut remarquer comment la mine patibulaire du gars ou de la dame derrière l’étal des pièces s’anime si on lui demande si par hasard il n’aurait pas le 2 centimes en fer de 1918.

Rondo

Sous le nom d’artiste Carlos Catalogart, l’auteur de la Spirale de l’Escudo navigue une ligne de crête entre numismatique et art, à la recherche d’outils de représentation graphique qui augmentent notre compréhension de la relation entre ces œuvres d’art centimétriques qui peuplent encore nos poches et porte-monnaie, les artistes qui les ont conçues et gravées, et les canons esthétiques, les conditions culturelles et politiques, les contraintes techniques qui ont conditionné leur frappe.

En montrant dans un seul plan toute la production d’une époque déterminée, Carlos permet au regard, et avec lui à la sensibilité artistique de chacun, de s’imprégner des nuances de styles, de comparer les dessins,  de se laisser interpeller par un détail qui peut-être, renvoi de suite à une pièce voisine … dans une promenade sans fin sur ce vrai sentier de découverte.

Carlos Catalogart

Pour en savoir plus : Carlos Catalogart


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