José Castelo Branco
José Castelo Branco

L’écriture inclusive et neutre au Portugal

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Pour rendre le monde plus juste entre hommes et femmes, certains intellectuels pensent qu'un début de solution passerait par l'écriture inclusive et neutre. Ce mouvement, déjà bien présent en France, arrive également au Portugal. Langue différente oblige, les règles de l'écriture neutre portugaise ne sont pas les mêmes.


Les femmes souffrent, depuis la nuit des temps, d’hommes qui les soumettent, par la force. D’hommes qui ne les respectent pas. Les femmes ont été rendues invisibles, éternelles subalternes d’une masculinité trop présente. Mais, et fort heureusement, ça change. Le combat est présent sur tous les fronts, y compris dans le langage.

Deux façons de s’exprimer permettraient de diminuer les différences entre homme et femme. L’écriture inclusive d’une part, et l’écriture neutre de l’autre. Les deux peuvent cohabiter.

  • Ecriture inclusive : on évite d’utiliser des mots genrés. La grammaire ou l’orthographe ne change pas.
  • Ecriture neutre : on modifie la langue, afin d’y inclure le genre « neutre ».

Au Portugal, l’écriture neutre n’est pas très connue. Ce n’est pas un combat porté avec beaucoup de ferveur par les militantes féministes, qui ont d’autres priorités, bien compréhensibles.

Comment écrire en inclusif au Portugal?

Il suffit d’éviter d’utiliser des mots genrés!

C’est une recommandation qui émane de l’Etat lui-même, appuyée par l’Union Européenne. Il ne s’agit pas de modifier la langue, mais d’utiliser dans la communication officielle, un langage neutre. La recommandation européenne ne se limite d’ailleurs pas qu’à la communication neutre, mais également à la communication envers les personnes « porteuses de déficience » par exemple.

Pour l’Union Européenne, il ne faut absolument pas avoir un langage qui puisse d’une quelconque façon être offensant envers une minorité, un genre, un handicap, etc. Arrêtons de dire « c’est pas un truc de tapette ».


Au niveau de la communication genrée à éviter, c’est une très bonne chose, la langue portugaise est assez riche pour toujours avoir un mot neutre équivalent au mot genré. Sinon, dire les deux genres. Quelques exemples :

  • « Os meninos » devient « As crianças »
  • « Os pais » devient « O pai e a mãe »
  • « A pessoa interessada » au lieu « O interessado »
  • « A população da Figueira da Foz » au lieu de « Os Figueirenses ».

Il faut donc tout simplement arrêter d’utiliser le masculin (ou le féminin) pour designer une personne.

Dans la communication voulue par l’Etat, il n’y a pas encore d’écriture neutre. En revanche, si possible, ils prônent l’usage de la barre oblique pour inclure les deux genres, lorsque le substantif ne change pas de forme. Exemples :

  • O/A Presidente
  • As/Os estudantes
  • A/O cliente

Ces solutions sont élégantes, ne modifient pas la langue et ne choquent personne. Tout se complique avec l’écriture neutre.

Ecriture neutre au Portugal

C’est le principal point de discorde, sujet à polémique, entre ceux qui voudraient modifier une langue jugée trop patriarcale et sexiste, et ceux qui veulent la conserver, parce que porteuse de culture et d’histoire.

Sincèrement, on exagère. Est-ce qu’inventer un nouveau pronom personnel neutre comme « iel » en français (au lieu de Il ou Elle) va vraiment faire bouger les choses? Ou bien ce changement ne va rien faire d’autre que d’énerver encore plus une société qui n’en a pas besoin?

Regardons d’un peu plus près les propositions portugaises.

Pronom personnel neutre : ILE

Au lieu d’écrire Ele ou Ela (pour Il ou Elle), on devrait désormais utiliser le pronom Ile.

« Ile foi à biblioteca ».

Bon encore, pour l’instant c’est facile à écrire.

A la porte d'un Carrefour au Brésil...
A la porte d’un Carrefour au Brésil…

Utiliser E, @ ou X

En langue portugaise, nous entendons à l’oreille la différence entre un mot masculin ou féminin, qui se termine par O pour le monsieur, et A pour la madame la plupart du temps. Pensons à médico, médica par exemple.

Les tenants de l’écriture neutre ont mis du temps à se mettre d’accord. Il faut savoir que cette discussion existe aussi au Brésil. Les Brésiliens et les Brésiliennes se posent les mêmes questions que les Portugais et les Portugaises !

Au début, deux propositions s’affrontaient. Remplacer les marqueurs de genre O ou A par un X ou un @

Médico ou Médica devient ainsi Médicx ou Médic@

Il ne s’agit bien sûr pas d’un langage oral, personne ne demandait à ce qu’il soit prononcé à voix haute. Mais les pourfendeurs des inégalités ont remarqué qu’en pratique, leur système ne fonctionnait pas.

Les personnes non voyantes (aveugles!), qui utilisent des lecteurs automatiques et audio n’arrivent pas à déchiffrer un mot comme Médicx ou Médic@

Une solution a été trouvée : utiliser le E.

C’est une belle solution, selon eux, et qui pourrait même se dire à l’oral. « Todos » ou « Todas » devient ainsi « Todes ». O carteiro devient Carteire (on retire carrément l’article défini), et ainsi de suite. Il existe quelques petits ajustements, mais l’idée générale est là.

Ecriture pour non-binaires

Les personnes qui ne s’identifient pas avec un genre, les non-binaires, ont là une occasion de pouvoir s’exprimer, avec un genre neutre qui leur convient. Pourquoi pas. Rajouter un nouveau pronom neutre à la langue n’est pas choquant, tant que l’on peut utiliser les autres pronoms « genrés ».

L’écriture inclusive et neutre, un piège pour les femmes

La louable intention, lisible à la fin de plusieurs manuels d’écriture inclusive en portugais, c’est de rendre plus visibles les femmes, ou du moins, de les mettre au même niveau que les hommes.

Je crois au contraire qu’on les cache complètement. La disparition du pronom féminin est aussi celui de toute la féminité de notre langue. Lorsque l’on veut clairement signifier qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme, nous devrions le spécifier directement. Au lieu de dire « elle est partie », nous devrions donc dire « la femme est partie »? « Iel est parti », comme proposé en français, ne nous donne plus d’information de genre. Et oui, c’est un problème, la femme disparait, tout simplement !

On veut donc annihiler la différenciation homme / femme, pour rendre le monde plus équitable. Malheureusement, ça ne marche pas comme ça. Un homme machiste et un peu bête sur les bords ne va pas subitement à se mettre à respecter la femme parce qu’il ne pourra plus dire « elle ». A mon avis, ça serait même plutôt le contraire. Ne vaut-il pas mieux éduquer les hommes à respecter les femmes d’abord? La langue ne changera rien, à mon humble avis.

Le vrai problème, c’est plutôt les jouets genrés…

Je préfère, dans mes combats, des choses bien plus pragmatiques, dès la petite enfance. Des jouets non genrés, permettre à un petit garçon de jouer à la poupée, à une fille de jouer avec des voitures ou de porter du bleu. Diffuser d’autres couleurs comme le vert, le orange, plutôt que de tout faire tourner autour du bleu et du rose. C’est petit que l’on travaille l’égalité. Inutile de leur imposer un genre neutre si à côté on offre toujours des Barbies à des filles qui ne l’ont pas forcément demandé…

Nous complexifions la langue au nom d’une parité linguistique qui n’a pas lieu d’être. Ceux qui pensent que les droits des femmes seront mieux défendus parce que notre langue ne propose plus que le genre neutre font fausse route. Les femmes ont des problèmes avec les hommes dans toutes les sociétés, à toutes les époques, en totale indépendance de la langue, qu’elle soit neutre ou pas.

PS : la personne en illustration d’article est José Castelo Branco. Il… pardon iel a fait sa carrière médiatique en jouant sur les ambigüités sexuelles à son égard.


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