Château de Montemor-o-Velho

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Aaah le Mondego, ce joli fleuve qui sépare le Portugal en deux, avec tant de châteaux le long de ses rives…

Pour les Portugais, c’est ici que commence le nord.

Pour un nordiste portugais qui en veut à Lisbonne d’être la capitale, le sud, c’est le pays des musulmans… et ça, dans sa bouche, ça sonne comme bougnoule !

Si notre ami du nord un peu beauf dit ça, c’est parce que le fleuve a véritablement été une frontière séparant la Chrétienté de l’Islam.

La frontière du Mondego

Et qu’est-ce qu’on fait quand on a une frontière à défendre au Moyen Âge ? On construit des châteaux.

Celui de Montemor est l’un des mieux conservés de la Ligne du Mondego.

Si le fleuve pouvait parler, qu’est-ce qu’il nous raconterait comme histoires ! Que de sang versé au nom de Dieu, sur des siècles de batailles ! On imagine mal en regardant ces paisibles paysages le nombre de fiers chevaliers qui y sont morts !

Pour les musulmans du Moyen Âge, les chrétiens étaient des barbares sans finesse. Des brutes incivilisées. Il fallait donc se protéger de ces pillards illuminés. Au VIIIe siècle, ils choisirent la colline de Montemor pour y construire leur château. Montemor, ça veut dire « grande colline » en portugais. Une colline si haute qu’aujourd’hui quelqu’un a cru bon d’y ajouter un escalator de fainéant pour y monter…

Avec sa vue incroyable sur la région, c’est un poste parfait pour surveiller les envahisseurs.

Les combats entre chrétiens et musulmans pour Montemor seront une constante. En bref, ça va s’entretuer sévèrement pour contrôler ce lieu stratégique, où pouvaient vivre jusqu’à 5000 hommes en armes !

En 848, le roi chrétien des Asturies réussit à mettre une raclée aux islamistes et à conquérir la place forte.

Nous sommes au début de la Reconquista, de la reconquête du pays aux Arabes. Côté musulman, ce n’était que partie remise.

La légende de Montemor

Une légende sordide que l’on raconte beaucoup du côté chrétien nous raconte l’une des tentatives de reconquête musulmane. Lors du siège de Montemor par les forces colossales du calife de Cordoue, les chrétiens qui défendaient le château se croyaient fichus.

Plutôt mourir que de finir esclave de ces chiens infidèles !

Aurait dit le chef chrétien, un moine-guerrier tout en diplomatie et en finesse.

Pétris d’humanité, dignes représentants de la civilisation et de l’amour de Dieu, les hommes en armes décident alors de couper à la hache la tête de leurs femmes, de leurs enfants et puisqu’on y est, de leurs vieillards.

Après cet acte de pure piété médiévale, les chrétiens livrèrent une bataille désespérée au calife.

Et en fait… ils ont gagné ! ça fait ça quand on n’a plus rien à perdre et qu’on est prêt à mourir en tuant le plus possible d’ennemis. Montemor restait chrétienne malgré tout !

Quelques siècles plus tard, on s’est senti obligé d’inventer une fin à la Disney pour cette légende. Maintenant, les familles sacrifiées ressuscitent. Seule restera comme souvenir une marque sur le cou. C’est pour cela qu’à Montemor, certaines statues ont un petit trait rouge autour du cou…

Reconquista

Au Xème siècle, Almanzor, grand chef guerrier Arabe de son état, n’en à rien à faire des légendes chrétiennes. Il arrive donc à Montemor en 991, et s’installe, tranquille, non sans avoir tué quelques chrétiens au passage. A partir de là, le château va tout le temps changer entre musulmans et chrétiens les décennies suivantes.

Ce n’est qu’en 1064 que Ferdinand Ier de León va définitivement conquérir la place forte. Pour gérer toute la région, le roi désigne Sesnando Davides, un chrétien de langue et culture arabes.

Sesnando, c’est un monsieur. Ancien compagnon d’armes d’El Cid… du musulman, il devait en manger au petit déjeuner. Pourtant, il va gérer en maître et en paix avec ses voisins islamistes.

C’est sans doute l’avantage d’être de culture arabe ! Il pouvait se faire comprendre de ses ennemis, tout comme eux le comprenaient.

Le château de Montemor était alors en très mauvais état. Sesnando le reconstruira en 1088. Deux ans plus tard, l’église de Santa Maria de Alcáçova est construite à l’emplacement de l’ancienne mosquée du château.

Eglise du château : Santa Maria de Alcáçova

Ce que l’on peut voir aujourd’hui est une reconstruction du XVIe siècle. Il s’agit de l’un des premiers exemplaires du style manuélin, unique des portugais. Ça se voit aux colonnes torsadées, qui nous rappellent les cordages d’un de ces bateaux héroïques des Grandes Découvertes.

On y trouve des sculptures importantes du XIVe siècle comme la Vierge du Ó et de l’ange de l’annonciation, mais aussi un retable de Jean de Rouen, datant du XVIe. Les peintures murales sont malheureusement en très mauvais état. On aurait tant aimé en savoir plus sur ce monsieur noir et bien habillé que l’on aperçoit ici !

Avec l’avancée de la Reconquête, un autre Montemor fut arraché à l’Islam. Pour le distinguer de « notre » Montemor, on l’appela Montemor-o-Novo (le jeune en français). Celui du Mondego s’appelle lui désormais « o Velho », le vieux.

Détrompez-vous si vous pensiez que les batailles étaient finies avec la fin de la Reconquête. Les musulmans vaincus une fois pour toutes, les nobles chrétiens s’ennuyaient fermement. Ils ont donc commencé à se taper dessus entre eux, en famille.

 Les différentes batailles entre rivaux portugais ont changé l’aspect du château, à chaque fois un peu plus imposant. Ce que nous voyons aujourd’hui date essentiellement du XIVe siècle.  

Comme si le sang qui avait coulé le long des remparts de Montemor n’avait pas suffi, en l’an 1355, le roi Alphonse IV y ordonne d’assassiner la future épouse de son propre fils. Le tort de la belle Inês de Castro ? Elle était bien trop espagnole au goût de la noblesse portugaise… mais ça, c’est une autre histoire !


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