Les rencontres du 5 novembre à São Bento n’ont pas rapproché les positions sur la réforme locative. Des ouvertures subsistent néanmoins sur la fiscalité et la mobilisation du patrimoine public.
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Les négociations sur le logement entre le gouvernement portugais, le Parti socialiste et Chega se sont achevées sans accord, jeudi 5 novembre 2026. Le principal obstacle reste la réforme des locations: le PS exige une nouvelle négociation à partir de zéro, tandis que l’exécutif maintient son projet. Chega réclame, lui, des réponses immédiates dans le budget 2027..
Le PS voulait repartir de zéro, le gouvernement refuse
Après une heure et quarante-cinq minutes avec Luís Montenegro, José Luís Carneiro a constaté deux désaccords essentiels. Le gouvernement refuse de recommencer entièrement la réforme locative et maintient la référence aux loyers « modérés » de 2 300 euros. Selon le secrétaire général socialiste, ces divergences empêchent un accord sur l’orientation même de la politique du logement.
Le PS proposait notamment une équipe commune chargée de préparer une nouvelle loi sur les loyers. Carneiro affirme que l’exécutif a rejeté cette méthode et dénonce son intransigeance. Il oppose une approche socialiste fondée sur la protection des ménages à une politique gouvernementale qu’il juge trop libérale. Cette appréciation constitue sa critique politique, non un bilan des effets de la réforme.
L’Alliance démocratique, qui réunit le PSD et le CDS-PP, retourne cependant l’accusation contre les socialistes. Hugo Soares, chef du groupe parlementaire du PSD, considère qu’exiger l’abandon du travail déjà engagé revient à nier la réalité. Le blocage porte donc aussi sur le point de départ: modifier le projet existant ou négocier un autre texte.
La réforme des loyers reste une procédure inachevée
La réforme contestée concerne une autorisation législative permettant au gouvernement de modifier le régime des locations urbaines. Le 30 septembre 2026, elle a franchi le vote sur ses principes, avec le soutien du PSD, du CDS-PP et de l’Initiative libérale. Chega s’est abstenu après un accord avec le PSD prévoyant des modifications pendant l’examen détaillé.
Cette procédure ne donne pas carte blanche à l’exécutif. L’article 165 de la Constitution impose de définir l’objet, l’orientation, l’étendue et la durée de l’autorisation. Le gouvernement doit donc respecter le cadre accordé par les députés. De plus, la Constitution distingue le vote général, l’examen des dispositions et le vote final sur l’ensemble du texte.
Ainsi, le vote de septembre ne signifie pas que les changements contestés s’appliquent déjà aux contrats. Au soir du 5 novembre, l’examen détaillé de cette autorisation n’avait pas encore commencé, selon le compte rendu des discussions. La distinction reste essentielle: les négociations concernent le contenu futur du régime locatif, et non le retrait d’une réforme déjà entièrement entrée en vigueur.
Le désaccord était déjà explicite le 21 octobre: le PS demandait le retrait du texte avant toute nouvelle négociation. Il défendait aussi une garantie publique contre certains impayés ou dommages, avec indemnisation du propriétaire puis récupération auprès du locataire. Cette alternative à la réforme des loyers reste une proposition socialiste, pas un dispositif ouvert aux ménages.
Pourquoi les 2 300 euros concentrent le désaccord
Le second point de rupture concerne la notion de loyer « modéré » et sa référence à 2 300 euros mensuels. Carneiro affirme avoir demandé, dès le début des échanges, l’abandon de cette référence. Le gouvernement n’a pas accepté cette condition. Le débat dépasse donc le vocabulaire: il porte sur les logements que les politiques publiques doivent encourager.
Ce montant apparaît notamment dans la présentation gouvernementale du paquet fiscal publiée le 16 janvier 2026. L’exécutif y rattache la baisse de TVA sur certaines constructions et réhabilitations à un plafond de prix ou de loyer. Pour la location, la présentation mentionne 2 300 euros par mois: il s’agit d’un seuil associé à une mesure fiscale, pas d’un loyer obligatoire.
La même présentation distingue aussi des contrats dont les loyers se situent 20 % sous la médiane municipale. Il faut donc éviter de confondre ces références. Surtout, un plafond servant à délimiter un avantage fiscal ne mesure pas, à lui seul, l’effort financier supportable par chaque ménage. C’est précisément l’accessibilité réelle des logements que le PS place au cœur du conflit.

Chega privilégie des mesures dès le budget 2027
André Ventura est ressorti de sa rencontre d’environ quarante minutes sans annoncer d’accord global. Le président de Chega affirme avoir présenté 50 propositions et réclame des mesures dans le budget de l’État pour 2027. Selon lui, les ménages ne peuvent pas attendre l’aboutissement de la réforme locative pour recevoir un soutien financier.
Ses demandes concernent notamment les déductions de loyers dans l’IRS, l’impôt portugais sur le revenu, et la déductibilité du crédit immobilier. Il défend également la mobilisation de bâtiments publics pour l’habitation. Toutefois, ces déclarations ne fixent pas de nouveaux montants applicables: elles décrivent les revendications du parti dans une négociation budgétaire encore ouverte.
Ventura souhaite parallèlement limiter les hausses incontrôlées de loyers et rassurer les propriétaires de logements vacants. Mais il concentre ses critiques sur le PS, auquel il attribue une part de responsabilité dans la crise. Il annonce la poursuite d’échanges techniques avec le ministère des Finances, sans nouvelle réunion prévue avec le premier ministre à l’issue de cette rencontre.
Fiscalité et patrimoine public laissent une marge de compromis
Malgré la rupture sur les principes, Carneiro reconnaît des rapprochements sur certains sujets fiscaux et immobiliers. Il cite une possible exonération de plus-values lors de ventes de patrimoine résidentiel. Cependant, les déclarations rapportées ne permettent pas d’en déduire un régime définitif, ses bénéficiaires ou ses conditions. Une ouverture politique ne constitue donc pas encore un avantage fiscal acquis.
L’autre convergence évoquée concerne les biens de l’Institut du logement et de la réhabilitation urbaine, l’IHRU. Le PS souhaite les mobiliser au profit des municipalités, avec un financement de l’État. Mais aucun calendrier, inventaire ou montant n’accompagne l’annonce de ce rapprochement. Elle ne permet donc pas de compter des logements immédiatement disponibles ni d’annoncer des attributions aux familles.
Ces pistes doivent désormais trouver une traduction dans l’examen détaillé du budget. Carneiro maintient toutefois la distinction entre opposition à la politique du logement et stabilité politique. Cette position prolonge son engagement du 27 octobre à maintenir l’abstention socialiste sur le budget 2027. Le désaccord sur les loyers ne vaut donc pas, à lui seul, annonce d’un blocage budgétaire.
Le dialogue continue, sans compromis d’ensemble
André Ventura appelle désormais António José Seguro à intervenir pour favoriser un engagement des trois principales forces politiques. Le président de la République avait déjà insisté sur la recherche d’ententes, notamment sur le logement. Cependant, l’appel de Chega ne constitue ni l’annonce d’une médiation présidentielle ni la preuve qu’un nouveau format de négociation a été accepté.
Le dialogue gouvernemental doit aussi se poursuivre avec les autres partis, selon le programme annoncé pour le vendredi 6 novembre. L’Initiative libérale, Livre et le PCP doivent rencontrer les ministres dans la matinée. Des échanges séparés sont également prévus l’après-midi avec les députés du Bloco de Esquerda, du PAN et du JPP. Ce calendrier annoncé ne préjuge pas de leurs résultats.
Deux négociations demeurent ainsi ouvertes: celle sur les règles locatives et celle sur les mesures budgétaires. Elles peuvent produire des accords distincts, sans résoudre toutes les divergences politiques. Pour les ménages comme pour les propriétaires, les prochaines étapes décisives restent les amendements précis et les votes. Les réunions du 5 novembre n’ont, à elles seules, créé aucun nouveau dispositif.
Au terme du 5 novembre, aucun accord global ne se dessine sur le logement. La réforme locative reste contestée, mais des compromis budgétaires demeurent possibles. Leur portée dépendra désormais des dispositions négociées et adoptées, pas des seules déclarations de disponibilité au dialogue..
Sources utilisées
Sources de départ
Sources complémentaires
- Constituição da República Portuguesa (Assembleia da República)
- Pacote fiscal para habitação aprovado no Parlamento – XXV Governo Constitucional (Governo de Portugal)
- Loi sur les loyers: le PS exige le retrait du texte et une garantie publique (Portugal en français)
- Le PS maintient son abstention sur le budget 2027 malgré le conflit sur le logement (Portugal en français)
