Portugal: près de 90 000 logements autorisés manquent au bilan des constructions achevées

Portugal: près de 90 000 logements autorisés manquent au bilan des constructions achevées

Le bilan des autorisations et des constructions achevées depuis 2019 fait apparaître un écart de 88 135 logements. Une partie correspond à des travaux en cours, mais d’autres projets rencontrent des obstacles ou n’ont jamais démarré.

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Au Portugal, près de 90 000 logements autorisés depuis 2019 séparent le total des permis du nombre de constructions achevées. RTP a relayé le 31 octobre 2026 ce bilan, initialement publié par le Jornal de Notícias à partir de données de l’INE. Toutefois, cet écart ne signifie pas que tous ces projets sont abandonnés ou anormalement en retard.

Un écart de 88 135 logements, pas un inventaire des abandons

Les données attribuées à l’Institut national de statistique portugais, l’INE, portent sur 247 600 logements neufs autorisés depuis 2019. En parallèle, 159 465 logements ont été achevés sur la période considérée. La différence atteint donc 88 135 unités, arrondies à près de 90 000 dans l’information publiée le 31 octobre 2026.

Cependant, cette soustraction ne constitue pas nécessairement un inventaire de logements suivis individuellement depuis leur autorisation. Une construction terminée pendant la période peut avoir obtenu son permis auparavant. À l’inverse, une autorisation récente peut concerner un chantier dont l’achèvement n’est pas encore attendu. Cette distinction interdit d’assimiler automatiquement tout l’écart à des projets bloqués.

Le rapport entre les deux totaux donne un ordre de grandeur: les achèvements représentent environ 64 % des autorisations comptabilisées. Mais cela ne prouve pas que 36 % des projets ont échoué. Pour établir un véritable taux d’abandon, il faudrait connaître le parcours de chaque opération et sa date d’autorisation.

Deux à trois ans de travaux expliquent une partie du décalage

Une partie de l’écart correspondrait simplement à des travaux en cours. Les responsables professionnels interrogés par le Jornal de Notícias évoquent une durée de construction de deux à trois ans. Ce délai signifie qu’une hausse des autorisations ne peut pas produire immédiatement une augmentation équivalente du nombre de logements achevés.

Prenons un exemple hypothétique: un programme autorisé en 2025 peut encore être en construction à l’automne 2026. Son absence du total des achèvements ne suffit donc pas à signaler une anomalie. En revanche, un projet autorisé plusieurs années auparavant, sans démarrage identifiable, soulèverait une question différente sur les obstacles rencontrés.

Ainsi, l’ancienneté des permis compte autant que leur nombre. Une répartition par année d’autorisation permettrait de distinguer les délais ordinaires des retards prolongés. Le bilan relayé par RTP ne fournit toutefois pas cette ventilation, ni la proportion précise de logements actuellement en chantier parmi les quelque 88 000 unités d’écart.

Main-d’œuvre, financement et abandons: des obstacles distincts

D’autres opérations rencontreraient des difficultés plus importantes. Avelino Oliveira, président de l’Ordre des architectes, et Fernando de Almeida Santos, président de l’Ordre des ingénieurs, décrivent plusieurs situations. Certains projets peinent à trouver une entreprise de construction ou des travailleurs disponibles. D’autres attendent un financement, traversent une procédure de régularisation ou ont été abandonnés par leur investisseur.

Ces obstacles n’appellent pas tous la même réponse. Un chantier qui attend une équipe ne se trouve pas dans la même situation qu’un investissement abandonné. De même, obtenir une autorisation ne garantit ni les moyens financiers nécessaires ni la disponibilité d’une entreprise. Le permis constitue donc une étape, pas une assurance d’achèvement.

Cependant, les explications des représentants professionnels restent qualitatives: aucun décompte ne mesure le poids de chaque difficulté. Il serait donc abusif d’attribuer l’essentiel des 88 135 logements à la seule pénurie de main-d’œuvre ou au financement. Avelino Oliveira appelle d’ailleurs à la prudence dans l’interprétation des données.

Des ouvriers travaillent sur la structure en béton d’un immeuble en construction, entourée d’échafaudages et de filets de sécurité.

En 2025, les achèvements progressaient moins vite que les autorisations

Les statistiques annuelles de 2025 donnent un autre éclairage sur ce décalage. Selon la synthèse officielle publiée par le Fórum das Cidades le 20 juillet 2026, le Portugal a autorisé 48 844 logements en 2025. Ce total progressait de 14,6 % sur un an et atteignait son niveau le plus élevé depuis 2011.

Dans le même temps, 30 425 logements ont été achevés, soit une hausse de 8,7 % par rapport à 2024. La production terminée augmentait donc elle aussi, mais moins rapidement que les autorisations. Cette évolution montre pourquoi une progression de l’activité peut coexister avec un écart persistant entre permis et achèvements.

Ces chiffres annuels portent toutefois sur l’ensemble des logements recensés dans cette synthèse, et pas uniquement sur la construction neuve. Ils ne permettent donc pas de reconstituer directement le cumul annoncé depuis 2019. Les statistiques de la construction et de l’habitation distinguent plusieurs périmètres, qu’il faut conserver pour éviter des comparaisons trompeuses.

Logement achevé ne signifie pas logement disponible ou abordable

Le chiffre des logements achevés ne répond pas non plus à toutes les questions sur l’offre disponible. Achever une habitation décrit l’avancement d’une construction. Cela ne renseigne pas, à lui seul, sur sa vente, sa location, son occupation ou son prix. L’expression « non mis sur le marché » demande donc une interprétation prudente.

Surtout, rien ne permet de présenter les quelque 88 000 unités d’écart comme autant de logements prêts à accueillir des ménages. Certains existent probablement sous forme de chantiers, tandis que d’autres restent au stade du projet. Leur contribution éventuelle à l’offre dépend donc d’étapes encore à franchir, avec des calendriers différents.

Enfin, ce total national ne précise ni la localisation des opérations concernées ni leurs prix futurs. Il ne permet donc pas de mesurer leur effet sur l’accès au logement dans une commune donnée. Sans ces informations, annoncer leur achèvement ne suffirait pas davantage à prévoir une baisse des prix ou des loyers.

Un meilleur suivi national est évoqué pour 2027

RTP évoque la création d’une plateforme nationale qui pourrait améliorer le suivi du secteur à partir de 2027. L’objectif annoncé concerne donc la connaissance de la situation réelle. Cependant, les éléments publiés ne détaillent ni son fonctionnement, ni les données qu’elle réunirait, ni un calendrier précis de mise en service.

Pour éclairer l’écart observé, un suivi utile devrait distinguer les projets non démarrés, les chantiers actifs et les opérations interrompues. Il faudrait également connaître l’ancienneté des autorisations et les motifs des retards. Ce sont les informations nécessaires pour identifier les blocages, sans supposer que la plateforme annoncée les fournira toutes.

Fernando de Almeida Santos demande, pour sa part, d’accélérer face à l’urgence du logement. Mais mieux compter et construire davantage restent deux tâches différentes. Un outil de suivi peut aider à cibler les difficultés; il ne remplace ni les équipes, ni les financements, ni la reprise effective des opérations arrêtées.

L’enjeu consiste désormais à transformer les autorisations en logements effectivement achevés. Mais les 88 135 unités d’écart ne constituent ni un stock immédiatement disponible ni un décompte certain des abandons. Distinguer les travaux ordinaires des opérations durablement bloquées reste indispensable pour savoir où agir.


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