Le premier ministre recevra les dirigeants socialiste et de Chega jeudi 5 novembre à São Bento. Mais l’ouverture politique et les investissements annoncés ne suffisent pas à démobiliser les campements.
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Luís Montenegro a annoncé, mardi 3 novembre, des rencontres avec les dirigeants du PS et de Chega pour répondre à la crise du logement. Il promet également 10 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030. Pourtant, dans la soirée, des militants ont réinstallé des tentes au Rossio, à Lisbonne, sans attendre l’issue du dialogue.
Le 5 novembre, un dialogue politique sans accord préalable
Luís Montenegro recevra José Luís Carneiro, secrétaire général du PS, et André Ventura, président de Chega, avec leurs équipes. L’objectif annoncé consiste à recueillir leurs propositions sur le logement. Cependant, ces rencontres ne constituent ni un accord préalable sur la réforme locative, ni l’annonce de son retrait.
Le gouvernement prévoit aussi des échanges avec les autres partis représentés au Parlement, conduits par plusieurs ministres. Le dialogue ne se limite donc pas aux deux formations reçues à São Bento. Le communiqué officiel fixe les rencontres avec leurs dirigeants au 5 novembre, sans annoncer de compromis déjà conclu.
Cette ouverture intervient après plusieurs semaines de manifestations, de campements et d’interventions policières. Montenegro défend néanmoins la cohérence de sa politique et souhaite stabiliser durablement le régime des locations. Il ne présente donc pas les réunions comme une remise à plat de l’ensemble de ses choix.
Ventura réclame un accord à trois, le PS maintient ses critiques
André Ventura souhaite que les changements au régime locatif obtiennent un accord entre le PSD, Chega et le PS. Le 3 novembre, il a confirmé sa participation aux discussions et affirmé vouloir contribuer à une solution. Mais sa disponibilité s’accompagne de critiques contre la réponse du premier ministre.
Le dirigeant de Chega reproche notamment à Montenegro de ne pas reconnaître suffisamment les difficultés des ménages. Il avance aussi des propositions fiscales, concernant notamment la déduction des loyers et des intérêts du crédit immobilier. Ces demandes restent toutefois des positions de négociation, et non de nouveaux avantages déjà accessibles.
De son côté, José Luís Carneiro salue une réponse politique à une crise qui, selon lui, ne peut recevoir une solution policière. Le rapprochement reste néanmoins incertain: le PS demandait encore récemment le retrait du texte gouvernemental. Accepter de présenter des propositions ne signifie donc pas abandonner cette opposition.
Les autres formations contestent aussi les choix de l’exécutif, mais selon des lignes différentes. Livre et le Bloco de Esquerda réclament notamment un recul sur la réforme et une réponse aux accusations de violences policières. L’Initiative libérale critique, pour sa part, la recherche de solutions auprès du PS et de Chega.
Dix milliards d’euros annoncés, mais des résultats étalés jusqu’en 2030
Montenegro annonce un investissement de 10 milliards d’euros dans le logement d’ici à 2030. Cette somme correspond à un horizon pluriannuel, pas à une dépense immédiatement exécutée. Sa portée dépendra donc des programmes financés, de leur calendrier et de la réalisation effective des opérations annoncées.
Dans son bilan, le premier ministre revendique 32 000 logements déjà livrés. Il prévoit d’atteindre 40 000 livraisons à la fin de 2026, puis 50 000 en 2027. Ces chiffres sont ceux présentés par l’exécutif: les objectifs futurs ne doivent pas se confondre avec les logements déjà disponibles.
Montenegro met également en avant les aides au loyer, les mesures fiscales et la simplification des autorisations de construire. Il cite notamment la mobilisation d’anciens bâtiments publics pour l’habitation. Cependant, une annonce de financement, une autorisation et une remise de clés correspondent à trois étapes différentes.
Le désaccord porte ainsi autant sur le rythme que sur les instruments. Le gouvernement souligne le temps nécessaire pour construire et réhabiliter. Les manifestants réclament, eux, des réponses à des dépenses qu’ils supportent déjà chaque mois, ainsi qu’aux expulsions et aux difficultés d’accès à la location.
La « loi sur les loyers » reste un texte en discussion
La réforme du régime locatif reste au centre du conflit. Pourtant, le texte contesté n’est pas encore une réforme applicable aux contrats. Il poursuit son examen parlementaire, après un premier vote sur ses principes le 30 septembre 2026. Les dispositions définitives dépendent donc encore des étapes suivantes.
Comme l’expliquait le point du 22 octobre sur la loi sur les loyers, le dossier concerne une autorisation législative. Celle-ci permettrait ensuite au gouvernement de modifier le régime des locations urbaines. Le premier vote ne suffit donc pas, à lui seul, à changer les obligations des propriétaires et des locataires.
Cette distinction n’annule pas les inquiétudes sur les effets futurs du projet. Les opposants peuvent contester des changements avant leur entrée en vigueur. En revanche, les loyers actuellement demandés ne constituent pas un bilan d’application de cette réforme, contrairement à ce que pourrait laisser entendre une lecture trop rapide du conflit.
Au Rossio, le retour des tentes accompagne un contentieux toujours ouvert
À Lisbonne, les participants à l’Acampada ont recommencé à monter des tentes vers 23 h 30, mardi 3 novembre. Le récit de Lusa décrit plusieurs installations, avec une consigne de maintenir des passages. Cette reprise intervient quelques heures après l’annonce des rencontres politiques et prolonge l’occupation du Rossio.
Les militants font notamment référence à Renata Cambra, bénéficiaire d’une décision du tribunal administratif de Lisbonne. Le dimanche 1er novembre, celui-ci lui a reconnu le droit de poursuivre son protesto nocturne avec une tente, jusqu’au 24 novembre. Mais cette décision individuelle ne tranche pas automatiquement la situation de toutes les installations.
Le tribunal refuse notamment de considérer la limite de 0 h 30 comme une interdiction absolue et automatique. Le ministère public a engagé un recours devant le Tribunal constitutionnel sur cette interprétation. Selon ECO, il s’agit d’un recours obligatoire lié au refus d’appliquer une norme pour un motif d’inconstitutionnalité.
La portée immédiate du recours, notamment son éventuel effet suspensif, fait toutefois débat. Il serait donc excessif d’en déduire une autorisation générale de camper ou une interdiction définitivement confirmée. Le contentieux reste ouvert, tandis que les manifestants poursuivent leur mobilisation sur la place.
Des évacuations répétées qui n’ont pas mis fin à la mobilisation
La séquence actuelle de protestations a commencé le 10 octobre à Porto, avant de gagner Lisbonne et d’autres villes. Depuis, les installations alternent avec les évacuations et les retours sur les places. Il ne s’agit donc pas de campements demeurés inchangés pendant toute la mobilisation.
Les évacuations du 25 octobre à Lisbonne et Porto avaient déjà entraîné 31 arrestations pour désobéissance, selon la PSP. La police invoquait une occupation irrégulière de l’espace public. Les organisateurs contestaient notamment l’usage de la force, avec des bilans de blessés différents de ceux des autorités.
Un nouvel épisode s’est produit dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Selon le bilan rapporté par Lusa, la PSP a retiré environ 100 tentes dans les deux villes. Les affrontements ont fait plus de vingt blessés parmi les manifestants et les policiers, sans clore les contestations sur les responsabilités.
Les campements attendent des décisions, pas seulement des consultations
Les demandes des campements dépassent le seul sort des tentes. Les participants réclament davantage de logements publics, la récupération d’immeubles vacants et des plafonds de loyers réellement accessibles. Ils demandent aussi l’arrêt des démolitions et des expulsions sans solution de relogement, ainsi qu’un frein aux acquisitions des fonds immobiliers.
À Lisbonne, la porte-parole Teresa Mamede estime que l’annonce de consultations partisanes ne répond pas à ces revendications. Elle confirme donc la poursuite de la lutte sur la place. À Porto, Sérgio Bastos évoque au contraire une victoire partielle, tout en jugeant insuffisantes les propositions du PS et de Chega.
Ces réactions montrent une différence d’appréciation, pas un accord sur le fond avec le gouvernement. Les rencontres du 5 novembre devront préciser ce qui peut réellement changer dans le texte locatif. Elles laisseront aussi ouverte une question centrale: quelle place les mouvements mobilisés auront-ils dans la suite du dialogue?
Les discussions du 5 novembre ouvrent une nouvelle étape, mais aucun compromis ne règle encore le conflit sur les loyers. Au Rossio, les tentes reviennent tandis que le contentieux judiciaire se poursuit. L’enjeu sera désormais de traduire le dialogue annoncé en décisions précises, assorties de moyens et d’un calendrier.
Sources utilisées
Sources de départ
- Montenegro chama PS e Chega a São Bento para discutir crise da habitação | SOL (SOL)
- Notícias ao Minuto
- Notícias ao Minuto
- Notícias ao Minuto
Sources complémentaires
- Habitação: Governo reforça diálogo com os partidos da oposição – XXV Governo Constitucional (Gouvernement portugais)
- Loi sur les loyers: le PS exige le retrait du texte et une garantie publique (Portugal en français)
- Campements pour le logement: la police évacue les tentes à Lisbonne et Porto (Portugal en français)
