Le PS maintient son abstention sur le budget 2027 malgré le conflit sur le logement

Le PS maintient son abstention sur le budget 2027 malgré le conflit sur le logement

José Luís Carneiro refuse de bloquer le budget, tout en maintenant ses exigences sur le logement. Le PS réclame le retrait de la réforme locative et des moyens pour réhabiliter des biens publics.

Par , le choisir comme source d’info préférée


Le Parti socialiste maintient son abstention sur le budget 2027 malgré son opposition à la politique gouvernementale du logement. José Luís Carneiro l’a confirmé le 27 octobre, à Setúbal. Il réclame néanmoins le retrait de la réforme des loyers et le transfert de biens de l’IHRU aux collectivités, avec des financements de réhabilitation..

Une abstention pour éviter le blocage, pas pour approuver le gouvernement

José Luís Carneiro a confirmé cette position le 27 octobre 2026, avant une réunion socialiste à Setúbal. Le secrétaire général du PS refuse de transformer le désaccord sur le logement en blocage budgétaire. Il estime qu’une crise politique aggraverait les difficultés sociales et économiques auxquelles le gouvernement doit répondre.

Son raisonnement comporte aussi un enjeu de responsabilité politique. Selon lui, un rejet offrirait au gouvernement un argument pour attribuer ses difficultés à l’opposition. Les socialistes veulent donc laisser l’exécutif agir, tout en continuant à contester ses choix. Cette abstention ne constitue pas un accord sur sa politique du logement.

L’article 116 de la Constitution explique l’utilité parlementaire de ce choix: les abstentions ne comptent pas dans le calcul de la majorité. Sous réserve des règles particulières applicables, le résultat dépend donc des suffrages favorables et défavorables. S’abstenir peut ainsi faciliter l’adoption d’un texte sans apporter de voix pour.

Le premier vote ne clôt ni le budget ni le conflit sur les loyers

Le débat ouvert le 27 octobre porte sur les orientations générales du budget. Le vote annoncé pour le 28 octobre représente donc une étape, pas l’achèvement de son examen. La confirmation de l’abstention socialiste ne doit pas se confondre avec un résultat parlementaire déjà acquis.


La Constitution distingue trois votes: sur les principes, sur les dispositions détaillées, puis sur l’ensemble du texte final. L’examen dit « dans la spécialité » permet notamment de discuter les articles et les amendements. Ainsi, laisser avancer le budget ne signifie pas accepter chacune des mesures qui composeront sa version définitive.

Le budget et la réforme des loyers restent, par ailleurs, deux dossiers distincts. Carneiro utilise la confrontation budgétaire pour demander un changement de politique résidentielle. Cependant, son annonce ne signifie ni que le gouvernement retire sa réforme, ni qu’un compromis sur les rapports entre propriétaires et locataires existe déjà.

Les « duodécimos » limitent l’action budgétaire sans arrêter l’État

Pour justifier son choix, le dirigeant socialiste évoque le risque de fonctionner en « duodécimos ». Ce terme désigne un régime budgétaire transitoire reposant sur la prolongation du budget précédent. L’article 58 de la loi d’encadrement budgétaire prévoit notamment cette prolongation lorsqu’une proposition de budget est rejetée.

Dans ce cadre, les dépenses mensuelles des programmes en cours respectent en principe une limite d’un douzième. Mais la loi prévoit des exceptions, notamment pour les prestations sociales, les droits des travailleurs et la dette. Elle en prévoit aussi pour les fonds européens et certains engagements antérieurs: l’État ne cesse donc pas tout paiement.

L’avertissement de Carneiro exprime donc une appréciation politique des contraintes qu’entraînerait un rejet. Il ne faut pas le lire comme l’annonce d’un arrêt juridique de toute action publique. La continuité des dépenses existe, même si elle ne remplace pas les choix et autorisations d’un nouveau budget.

Des biens de l’IHRU aux communes, mais des travaux avant les clés

Sur le logement public, Carneiro demande une décision concrète: transférer des biens de l’IHRU aux municipalités et aux aires métropolitaines. L’Institut du logement et de la réhabilitation urbaine devrait, selon lui, accompagner ces transferts de financements pour les travaux. Il évoque plusieurs centaines de biens, sans présenter d’inventaire détaillé.

Le chef du PS précise que ces immeubles nécessitent une réévaluation, une remise en état et une requalification. Il ne décrit donc pas des centaines de logements immédiatement disponibles. Surtout, le nombre de biens immobiliers évoqué ne permet pas, à lui seul, de calculer combien de ménages pourraient finalement y habiter.

Les missions officielles de l’IHRU couvrent déjà la gestion de son patrimoine, sa réhabilitation et certaines formes de cession. L’institut apporte aussi une assistance technique aux collectivités locales. La proposition socialiste porte donc sur l’organisation de cette intervention publique, plutôt que sur la création d’un organisme entièrement nouveau.

Cependant, les déclarations ne fixent ni calendrier, ni enveloppe financière, ni répartition entre communes. Elles ne précisent pas davantage les conditions futures d’attribution des logements. Pour mesurer la portée réelle du projet, il faudra donc connaître les bâtiments concernés, leur état et les moyens prévus pour les rendre habitables.

La réforme des loyers reste le principal point de rupture

Carneiro maintient parallèlement son exigence de retrait de la nouvelle réforme des loyers. Selon son analyse, le projet complique l’accès des jeunes et des classes moyennes à la location. Il estime aussi qu’il accroît l’insécurité des personnes âgées. Ces conséquences correspondent à sa critique politique, non à un bilan d’application.

Le désaccord ne date pas du débat budgétaire. Dès le 21 octobre, le PS exigeait le retrait du texte avant toute négociation sur une alternative. La réforme avait franchi son premier vote le 30 septembre, avec l’abstention de Chega. Ce vote initial n’avait toutefois pas rendu ses dispositions applicables aux contrats.

Le dirigeant socialiste conteste également la référence à un loyer « modéré » de 2 300 euros. Il interroge la capacité des ménages portugais à supporter une telle somme. Cependant, cette référence ne constitue pas l’annonce d’un loyer obligatoire généralisé: elle nourrit une controverse sur l’accessibilité des logements et les catégories retenues.

Une garantie publique proposée, mais aucun dispositif nouveau ouvert

En alternative, le PS défend une garantie publique destinée à sécuriser simultanément propriétaires et locataires. Dans la présentation détaillée de sa proposition, l’État indemniserait le bailleur pour certains impayés ou dommages. Il réclamerait ensuite les sommes au locataire. Le mécanisme déplacerait donc le risque initial, sans effacer automatiquement la dette.

Le 27 octobre, Carneiro affirme que les associations portugaises des banques et des assureurs ont accueilli favorablement cette piste. Il évoque aussi des solutions existant en France et en Espagne. Ces déclarations ne valent cependant ni engagement financier de ces organismes, ni accord gouvernemental sur un dispositif portugais.

Les paramètres restent décisifs: plafonds couverts, contrats concernés, délais d’indemnisation et modalités de remboursement. De même, sécuriser le paiement ne réduit pas automatiquement le loyer demandé. La garantie et la réhabilitation du parc public répondent ainsi à deux problèmes différents: le risque locatif et la disponibilité effective de logements.

Devant le Parlement, la mobilisation continue sans nouveau campement

Pendant cette confrontation politique, des milliers de personnes se sont rassemblées devant le Parlement à Lisbonne, le 27 octobre. La mobilisation réunissait notamment l’Acampada de Lisboa et la plateforme Casa Para Viver. Commencée vers 18 h 30, elle occupait encore le secteur plusieurs heures après, selon le récit de Lusa.

Vers 23 heures, l’organisation de l’Acampada a renoncé à installer des tentes près de l’Assemblée. Elle invoquait l’absence de conditions de sécurité suffisantes sur place. Le rassemblement s’est néanmoins déroulé sans incident, selon ce compte rendu. Les organisateurs ont annoncé la reprise de leurs actions habituelles au Rossio à partir du 28 octobre.

Cette décision intervient après les évacuations des campements à Lisbonne et Porto, dans la nuit du 24 au 25 octobre. Elle ne signifie donc pas l’abandon de la mobilisation pour le logement. Mais le rassemblement du 27 octobre doit rester distinct des opérations précédentes, de leurs bilans et des controverses sur l’action policière.

Le maintien de l’abstention laisse donc ouvertes deux négociations distinctes: celle du budget et celle du logement. Le PS refuse le blocage, mais n’abandonne pas ses demandes. Leur traduction concrète dépend désormais de décisions sur la réforme locative, le financement des travaux et les biens publics concernés.


A lire aussi

×