Les évacuations du 1er novembre ont fait des blessés parmi les manifestants et les policiers, selon des bilans divergents. L’arme pointée par un agent à Porto et les conditions d’intervention suscitent des demandes d’explications jusqu’à la présidence.
Sommaire
Après l’évacuation des campements pour le logement à Lisbonne et Porto, dimanche 1er novembre 2026, António José Seguro a demandé des explications détaillées. Les organisateurs annoncent des dizaines de blessés, tandis que la PSP fait état de treize arrestations et de treize agents blessés. À Porto, un policier en civil a pointé son arme vers des manifestants.
Une nouvelle évacuation nocturne après le refus de démonter
Les opérations commencent vers 4 h 30, après plusieurs avertissements et le refus de retirer les tentes. Au Rossio, à Lisbonne, des centaines de participants forment un cordon humain. À Porto, les occupants de la place D. João I avaient également voté pour maintenir leurs installations pendant la nuit.
À Lisbonne, les échanges avec la police précèdent trois ordres formels de dispersion, selon le déroulement publié le 1er novembre. Certains manifestants démontent leurs tentes, tandis que d’autres restent regroupés. À Porto, la police avait d’abord évoqué la possibilité de rester sur place sans campement, avant l’évacuation finale.
La PSP, la police de sécurité publique, intervient ensuite pour retirer les installations et disperser les participants. Les récits font état de coups de matraque et de l’intervention de policiers accompagnés de chiens. Cependant, les accusations concernant chaque moyen employé exigent un examen distinct des images, des témoignages et des blessures.
Des bilans de blessés différents selon les intervenants
À Porto, l’organisation annonce au moins 38 blessés parmi les participants, dont trois présentés comme graves. À Lisbonne, les responsables du mouvement signalent plus de 30 blessés. Ces décomptes militants décrivent les personnes dont les organisateurs disent avoir connaissance, sans constituer un bilan hospitalier consolidé des deux opérations.
L’INEM, l’Institut national d’urgence médicale, rapporte pour sa part neuf personnes assistées à Lisbonne et seize à Porto. Trois personnes dans la capitale et six à Porto ont été transportées à l’hôpital. L’organisme classe toutes les blessures prises en charge comme légères, selon le bilan relayé par RTP.
Ces chiffres ne mesurent donc pas nécessairement la même population ni le même moment. Ils ne doivent pas être additionnés. La PSP annonce également treize policiers blessés à Porto: trois agents en civil avec des blessures qu’elle qualifie de graves, et dix membres de l’équipe d’intervention légèrement blessés. Elle ne signale aucun policier blessé à Lisbonne.
À Trindade, l’arme pointée par un agent concentre les questions
Près de la station de métro Trindade, à Porto, un policier en civil a pointé son arme vers des manifestants. La scène a été filmée et le porte-parole de la PSP, Sérgio Soares, a confirmé l’épisode. Selon la police, quatre agents en civil intervenaient dans le secteur, dont trois ont été blessés.
Un syndicat policier présente ce geste comme une réaction dissuasive imposée par la situation. Toutefois, cette justification ne constitue pas une conclusion indépendante. Le ministre de l’Administration intérieure, Luís Neves, rappelle que toute utilisation d’une arme doit être justifiée, tout en indiquant manquer alors d’informations pour expliquer ce cas précis.
Le décret-loi du 5 novembre 1999 réserve le recours aux armes à feu aux situations d’absolue nécessité. Il exige une réponse proportionnée lorsque des moyens moins dangereux se révèlent inefficaces. Le recours contre des personnes obéit à des conditions supplémentaires, notamment face à un danger imminent de mort ou de blessure grave.
Exhiber une arme, la pointer et tirer ne sont cependant pas des faits interchangeables. Le récit disponible ne fait pas état d’un tir dans cet épisode. La menace rencontrée, les gestes des personnes présentes et les possibilités de retrait restent donc essentiels pour apprécier précisément le comportement de l’agent.
Treize arrestations et des plaintes annoncées
La PSP annonce treize arrestations: sept à Porto et six à Lisbonne. Le mouvement lisboète avait évoqué dix personnes arrêtées, un chiffre supérieur au bilan policier. Comme pour les blessures, il faut conserver l’attribution de chaque décompte plutôt que présenter ces nombres différents comme un total définitivement établi.
RTP rapporte ensuite la libération des sept personnes arrêtées à Porto. De son côté, l’avocat Ricardo Sá Fernandes annonce une plainte pénale contre le ministre de l’Administration intérieure et le directeur national de la PSP. Cette annonce ouvre un autre volet du conflit, sans établir à elle seule leur responsabilité.
La police affirme notamment que des manifestants ont lancé des bouteilles et des articles pyrotechniques au Rossio. Les organisateurs dénoncent, en revanche, une force disproportionnée. Ces versions opposées rendent nécessaire une reconstitution des séquences: les comportements individuels ne permettent pas de qualifier indistinctement tous les participants ni tous les gestes policiers.
Seguro réclame des explications, l’opposition interpelle le ministre
António José Seguro a demandé au gouvernement et à la Provedoria de Justiça des informations détaillées sur les événements. Sa demande porte aussi sur les personnes arrêtées et blessées. Le président de la République a ensuite échangé avec le premier ministre, Luís Montenegro, ainsi qu’avec la médiatrice de la République.
Le suivi de RTP indique également des échanges présidentiels avec les maires des deux villes et des contacts avec les représentants des campements. Sur le plan parlementaire, le PS veut entendre d’urgence Luís Neves. Le PCP demande un débat urgent, tandis que Livre réclame le départ du ministre.
Luís Neves défend l’action de la PSP et invoque son autonomie technique, en niant une décision politique d’intervention. Le Mécanisme national de prévention de la torture et des mauvais traitements, qui a suivi l’opération, juge cependant prématuré de conclure à d’éventuels excès. L’examen des faits reste donc ouvert.
La légalité du campement ne tranche pas celle de chaque geste policier
La Constitution protège les réunions pacifiques et sans armes, y compris dans les lieux ouverts au public. Son article 45 précise qu’elles ne nécessitent pas d’autorisation préalable. Cependant, cette protection ne règle pas automatiquement toutes les conditions matérielles d’une installation durable de tentes sur une place.
L’article 272 fixe une autre limite: les mesures policières ne doivent pas dépasser le strict nécessaire. Le fondement d’une évacuation et la proportionnalité des moyens employés appellent donc deux examens distincts. Une contestation concernant les tentes ne suffit pas, à elle seule, à justifier toute forme de contrainte.
La mobilisation continue, sans accord sur les réponses au logement
La mobilisation remonte au 10 octobre à Porto, avant l’installation d’un campement lisboète le 17 octobre. Depuis, évacuations et reprises se succèdent. Le maintien du mouvement ne signifie donc pas une occupation ininterrompue: les assemblées décident régulièrement de revenir, de remettre les tentes ou de modifier leur présence.
Les revendications documentées depuis octobre concernent notamment les plafonds de loyers, le logement public et les immeubles vacants. Les participants demandent aussi l’arrêt des expulsions sans solution de relogement. Ces demandes visent des leviers différents: agir sur les prix, augmenter les logements disponibles et protéger les personnes menacées de perdre leur habitation.
Après les interventions, de nouveaux rassemblements ont lieu dans les deux villes. À Porto, les participants refusent l’invitation du maire Pedro Duarte et votent pour remettre les tentes. La secrétaire d’État au Logement se dit parallèlement disponible pour rencontrer les organisations. Cette disponibilité ne constitue toutefois ni un accord ni une réponse négociée aux revendications.
Les circonstances précises des interventions restent à établir, notamment autour de l’arme exhibée à Porto et des blessures signalées. Les demandes d’explications, les plaintes annoncées et les nouveaux rassemblements prolongent désormais une crise où la réponse policière occupe le premier plan, sans résoudre les revendications sur l’accès au logement.
Sources utilisées
Sources de départ
- Presidente da República falou com autarcas de Lisboa e do Porto e com representantes das acampadas (RTP país)
- António José Seguro já falou com Luís Montenegro sobre a intervenção policial nos protestos pelo direito à habitação esta madrugada | SOL (SOL)
Sources complémentaires
- Constituição da República Portuguesa (Assembleia da República)
- Decreto-Lei n.º 457/99, de 5 de novembro (Diário da República)
- Campements pour le logement: nouvelle évacuation à Lisbonne et Porto le 1er novembre (Portugal en français)
- Mobilisation pour le logement: les campements tiennent à Lisbonne et Porto (Portugal en français)
