Mobilisation pour le logement: les campements tiennent à Lisbonne et Porto

Mobilisation pour le logement: les campements tiennent à Lisbonne et Porto

Les occupants du Rossio et de la place D. João I veulent poursuivre leur protestation malgré les avertissements policiers.

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La mobilisation pour le logement se poursuit à Lisbonne et Porto ce lundi 19 octobre 2026. Malgré les demandes de la PSP, la police de sécurité publique, les manifestants veulent conserver leurs campements. À Porto, ils prolongent leur préavis jusqu’au 31 décembre; à Lisbonne, des participants appellent à préparer une grève ibérique pour le 11 novembre..

À Lisbonne et Porto, les assemblées choisissent de rester

Au Rossio, environ cent tentes restent installées selon le suivi de RTP du 19 octobre. Des participants organisent des relais pour travailler ou se reposer, puis reviennent en fin de journée. Une assemblée populaire est annoncée à 19 heures pour décider de la suite, notamment du maintien du campement face aux demandes policières.

À Porto, la majorité des manifestants a également choisi de rester après un avertissement de la police. Plus de 200 personnes se sont réunies en cercle pour voter, rapporte Lusa. La porte-parole Catarina dos Santos leur a toutefois demandé de ne pas résister et de ne pas recourir à la violence.

Les deux rassemblements partagent donc une même volonté de poursuivre la protestation, mais leur calendrier diffère. RTP situe Porto au dixième jour de mobilisation et Lisbonne au troisième. Ces durées décrivent la séquence du mouvement: elles ne signifient pas que les mêmes personnes ont occupé les places sans interruption.

À Porto, une mobilisation marquée par les évacuations et les reprises

À Porto, le mouvement a commencé le samedi 10 octobre 2026, après une manifestation contre le coût de la vie. Une première intervention a retiré les tentes le 12 octobre. Puis l’évacuation de la nuit du 14 au 15 octobre a accentué les tensions, avant une importante mobilisation le jeudi soir.


Les organisateurs ont dénoncé un usage disproportionné de la force, tandis que la PSP a invoqué des comportements de résistance. L’Inspection générale de l’administration intérieure a ouvert une procédure administrative, comme le rapportait le bilan publié le 17 octobre. Cette démarche vise à examiner les faits; elle ne constitue pas une conclusion sur les responsabilités.

La mobilisation a aussi connu des départs et des retours. Le vendredi 16 octobre, ses responsables avaient annoncé une pause nocturne faute de conditions matérielles suffisantes. Ils prévoyaient cependant de revenir le lendemain, après le cortège syndical. Le maintien actuel du campement intervient donc après une reprise, et non après dix nuits identiques.

Un préavis jusqu’au 31 décembre, mais un dialogue municipal toujours disputé

L’organisation de Porto a prolongé son préavis de manifestation jusqu’au 31 décembre 2026. Elle affiche ainsi sa volonté de rester mobilisée tant qu’elle estime ne pas avoir obtenu de réponse. Mais cette échéance constitue une intention déclarée: elle ne garantit ni une présence continue jusqu’à cette date, ni l’absence de nouvelle intervention.

Le dialogue avec Pedro Duarte, maire de Porto, se heurte notamment au choix du lieu de rencontre. L’élu s’est montré disponible pour discuter, mais le mouvement conteste avoir reçu une invitation collective. Les organisateurs l’invitent à venir place D. João I, dans leur assemblée ouverte, plutôt qu’à déplacer la discussion vers les bureaux municipaux.

Ce désaccord dépasse donc une simple question d’adresse. Les responsables du campement défendent une discussion publique devant les participants et refusent d’abandonner ce fonctionnement collectif. Toutefois, la disponibilité annoncée par la mairie et l’invitation lancée depuis la place ne permettent pas encore de présenter une réunion comme acquise.

Droit de manifester, préavis et tentes: des questions juridiques distinctes

La Constitution portugaise protège les réunions pacifiques et sans armes, y compris dans les lieux ouverts au public. Son article 45 précise qu’elles ne nécessitent pas d’autorisation. Ainsi, le droit de manifester ne dépend pas d’un accord politique de la municipalité, même lorsque les revendications visent directement ses décisions.

En revanche, le décret-loi du 29 août 1974 prévoit un avis écrit au maire au moins deux jours ouvrables avant le rassemblement. Celui-ci doit notamment indiquer son horaire, son lieu et son objet. Ce préavis organise donc l’information des autorités; il ne constitue pas, à lui seul, une autorisation générale d’installer durablement des tentes.

Le texte comporte aussi une règle limitant généralement ces réunions à 0 h 30, avec des exceptions précisées pour certains lieux fermés. À Porto, la PSP a averti les participants qu’ils encouraient, depuis cette heure, une qualification de désobéissance. Cet avertissement policier ne constitue toutefois ni un jugement ni une condamnation des personnes présentes.

Enfin, l’article 272 de la Constitution impose que les mesures policières restent strictement nécessaires. Le fondement d’une dispersion et la proportionnalité des moyens employés sont donc deux questions différentes. Une contestation portant sur l’installation des tentes ne suffit pas, en elle-même, à trancher les accusations concernant l’usage de la force.

Des revendications sur les prix, les expulsions et l’offre publique

Les revendications dépassent le maintien des campements. À Porto, les organisateurs demandent notamment des plafonds de loyers, davantage de logements publics et la remise en habitation des immeubles vacants. Ils réclament aussi la fin des expulsions et contestent certaines acquisitions immobilières par des fonds d’investissement, selon les demandes rapportées le 17 octobre.

Ces demandes correspondent à des leviers différents. Encadrer les loyers vise les prix, tandis que réhabiliter un bâtiment vacant cherche à remettre des logements en usage. Développer le parc public suppose, de son côté, de créer ou d’acquérir une offre destinée à une politique publique. Ces mécanismes ne produisent donc pas nécessairement leurs effets au même rythme.

La pression locative explique une partie de cette mobilisation. Le bilan du 17 octobre reprenait une hausse de 76,4 % des loyers médians affichés à Porto entre septembre 2021 et septembre 2026. L’indicateur d’idealista passait de 10,8 à 19 euros par mètre carré. Toutefois, il mesure des annonces, pas l’ensemble des baux signés.

Le droit au logement figure par ailleurs dans l’article 65 de la Constitution. Il vise une habitation adaptée, salubre et respectueuse de la vie privée. Ce cadre confie des responsabilités à l’État et aux collectivités, mais ne transforme pas automatiquement chaque revendication du mouvement en mesure applicable ou en droit individuel immédiatement mobilisable.

Le 11 novembre, un objectif de grève ibérique encore à construire

À Lisbonne, des participants souhaitent désormais élargir la mobilisation au-delà des places occupées. Ils appellent à une grève ibérique le 11 novembre 2026, en lien avec une mobilisation annoncée en Espagne. L’objectif exprimé consiste à rapprocher les protestations des deux pays autour des difficultés d’accès au logement.

Cependant, cet appel ne signifie pas qu’une grève nationale est déjà confirmée au Portugal. Un organisateur indique que des contacts existent avec les centrales syndicales et que le travail de préparation se poursuit. Les éléments annoncés ne précisent pas encore les secteurs concernés, les organisations engagées ou les modalités concrètes d’un arrêt de travail.

Le passage d’un campement à une mobilisation professionnelle reste donc une étape à construire. Pour l’heure, les participants cherchent un relais syndical et une coordination transfrontalière. Il faut ainsi distinguer la date souhaitée par les militants d’un calendrier effectivement adopté par les organisations susceptibles de participer à cette grève.

Livre demande un débat au Parlement pour le 21 octobre

La mobilisation trouve également un prolongement parlementaire. Le 19 octobre, Livre a demandé un débat d’urgence à l’Assemblée de la République pour le mercredi 21 octobre 2026. Le parti propose de le consacrer à la réponse à l’urgence et à la création d’un Service national du logement. Il s’agit d’une demande de programmation, pas d’un débat déjà tenu.

Livre annonce vouloir remettre plusieurs propositions sur la table: un fonds pour le logement public, l’élargissement de Porta 65 et la révision de l’aide extraordinaire au loyer. Il défend aussi le secteur coopératif et la suppression d’avantages fiscaux qu’il accuse d’alimenter la spéculation. Ces positions restent celles du parti, et non des mesures adoptées.

Selon les règles parlementaires rappelées par Lusa, les groupes disposent d’un droit leur permettant d’imposer certains débats d’urgence. Le gouvernement doit alors être représenté. Cependant, l’organisation d’un échange parlementaire ne vaut ni adoption d’une loi ni ouverture d’un financement: les changements annoncés devront ensuite suivre leurs procédures propres.

Les campements maintiennent la pression, mais les prochaines étapes restent ouvertes: dialogue avec la mairie de Porto, examen parlementaire et éventuel engagement syndical pour le 11 novembre. L’enjeu demeure le passage de la protestation à des réponses politiques concrètes, sans confondre les intentions annoncées avec des décisions déjà prises.


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