La PSP a évacué les tentes du Rossio et de la place D. João I dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026.
Sommaire
La PSP, la police de sécurité publique, a dispersé les campements pour le logement à Lisbonne et Porto dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026. Les opérations ont donné lieu à des coups de matraque et à 31 arrestations pour désobéissance. La police invoque une occupation irrégulière de l’espace public, tandis que des manifestants dénoncent les conditions de l’évacuation.
Deux évacuations presque simultanées vers 2 heures
Les interventions commencent vers 2 heures du matin, après plus de deux heures de tensions et d’ordres de dispersion. Au Rossio, les policiers avancent pour retirer les tentes installées samedi. Les récits de terrain rapportent des coups de matraque, tandis que les manifestants contestent leur évacuation.
À Porto, l’Unité spéciale de police intervient sur la place D. João I. Selon le récit de Lusa, l’opération dure un peu plus de dix minutes. Des participants résistent à l’avancée des agents, certains sont interpellés et d’autres quittent la place en direction de l’avenue des Aliados.
Des véhicules municipaux commencent ensuite le nettoyage de la place de Porto, vers 2 h 20. La PSP annonce au total le retrait et la saisie de 171 tentes par les polices municipales. Ce décompte comprend 117 installations à Lisbonne et 54 à Porto, sans renseigner le nombre total de participants.
Onze blessés selon la PSP, davantage selon les organisateurs
Le bilan de sept blessés correspond au premier communiqué policier, et non à la dernière actualisation disponible. La PSP porte ensuite ce total à 11 personnes: cinq à Lisbonne et six à Porto. Elle dénombre alors trois policiers et huit manifestants blessés dans les deux villes.
Les organisateurs de l’Acampada do Porto donnent cependant un bilan nettement supérieur. Dans la première déclaration détaillée reprise par SAPO, ils évoquent 37 blessés, dont sept qu’ils présentent comme graves. Ils annoncent également neuf arrestations à Porto, contre six dans le décompte de la PSP.
Ces chiffres restent donc attribués à leurs auteurs. Aucun bilan hospitalier consolidé ne permet ici de confirmer le nombre ni la gravité de toutes les blessures signalées. Il serait ainsi trompeur d’additionner les décomptes policiers et militants: ils peuvent concerner les mêmes personnes et ne constituent pas des catégories distinctes.
Trente et une arrestations et une veillée devant un commissariat
La PSP confirme 31 arrestations pour désobéissance: 25 à Lisbonne et six à Porto. Elle annonce leur présentation à l’autorité judiciaire compétente lundi 26 octobre 2026. Ce motif expose la qualification retenue par la police; il ne constitue ni une condamnation ni une décision judiciaire sur chaque situation.
À Porto, environ 200 manifestants se dirigent ensuite vers le commissariat du Heroísmo. Après un passage devant l’hôtel de ville, ils votent la tenue d’une veillée. Ils pensent que les personnes interpellées s’y trouvent et souhaitent attendre leur sortie, prolongeant ainsi la mobilisation après la disparition du campement.
Les six personnes arrêtées à Porto retrouvent la liberté vers 6 heures, selon Lusa présente sur place. Cette libération intervient donc quelques heures après l’évacuation. Elle ne doit pas être confondue avec l’abandon d’éventuelles suites judiciaires, puisque la police annonce toujours une présentation à l’autorité compétente le lendemain.
La PSP invoque les règles d’occupation de l’espace public
La police justifie les opérations par la nécessité de rétablir la légalité de l’occupation des espaces publics. Elle invoque des structures installées sans l’autorisation nécessaire, la prolongation des rassemblements et des dommages au patrimoine public. Ces éléments présentent son argumentation; ils ne valent pas constat judiciaire des responsabilités individuelles.
La PSP reconnaît que les organisateurs avaient communiqué les manifestations aux autorités. Mais elle affirme que cette démarche ne dispense pas du respect des horaires et des règles d’utilisation des places. Elle assure également avoir recherché un retrait volontaire des tentes avant d’intervenir face au refus de suivre ses instructions.
À Porto, la police annonce aussi la saisie d’un pétard, de trois pots de peinture et d’un contenant de gaz poivre. Elle affirme que les pots ont été lancés contre les agents. En revanche, ces saisies ne permettent pas d’attribuer ces comportements à l’ensemble des participants aux rassemblements pour le logement.
Manifester et maintenir un campement ne sont pas la même question
Le droit de manifester bénéficie d’une protection constitutionnelle. L’article 45 garantit les réunions pacifiques et sans armes, y compris dans les lieux ouverts au public, sans autorisation préalable. Cependant, cette garantie ne tranche pas à elle seule les conditions d’installation durable de tentes sur une place.
Le décret-loi du 29 août 1974 prévoit, de son côté, un préavis écrit d’au moins deux jours ouvrables. Il doit préciser notamment l’horaire, le lieu et l’objet du rassemblement. Son article 11 fixe généralement une limite à 0 h 30, avec des exceptions concernant certains lieux fermés.
Il faut donc distinguer trois questions: la liberté de manifester, l’information préalable des autorités et les conditions matérielles du campement. La PSP considère ici que les tentes ne respectaient pas les règles applicables. Cette position ne permet toutefois pas, sans examen des circonstances, de conclure automatiquement à la légalité de chaque arrestation.
L’usage de la force reste une question distincte
La Constitution fixe aussi une limite à l’action policière. Son article 272 prévoit que les mesures de police ne doivent pas dépasser le strict nécessaire. Ainsi, le fondement d’une évacuation et la proportionnalité des moyens employés exigent deux examens distincts: une irrégularité du campement ne règle pas la seconde question.
À Lisbonne, le député du Bloco de Esquerda Fabian Figueiredo demande le retrait du dispositif avant l’intervention. Il défend le caractère pacifique du rassemblement et appelle au dialogue. Il dénonce notamment la présence de chiens et de moyens coercitifs, mais ses propos ne prouvent pas l’emploi effectif de chaque équipement mentionné.
Les récits disponibles établissent l’usage de matraques et décrivent des moments de tension. Ils ne suffisent cependant pas à reconstituer chaque contact entre policiers et manifestants. Les circonstances des blessures, les avertissements reçus et les comportements individuels restent donc déterminants pour apprécier les accusations portant sur le déroulement de l’évacuation.
Une nouvelle évacuation, sans réponse aux revendications de fond
L’évacuation du 25 octobre intervient après une succession d’occupations, de départs et de retours. Le 20 octobre, la police avait déjà retiré le campement du Rossio. À Porto, les participants avaient alors démonté eux-mêmes leurs tentes après un ultimatum, contrairement à l’intervention coercitive de cette nouvelle nuit.
Les nouvelles tentes suivent les manifestations du samedi 24 octobre, qui réunissent des milliers de personnes dans plusieurs villes. Les participants réclament notamment des plafonds de loyers, davantage de logements publics et le recul des changements contestés à la législation locative. Ces demandes restent des revendications, et non des mesures adoptées.
Le droit au logement figure lui-même dans l’article 65 de la Constitution. Celui-ci confie notamment à l’État la promotion du logement social avec les collectivités et une politique de loyers compatibles avec les revenus familiaux. Mais cette obligation générale ne désigne pas, à elle seule, un dispositif unique pour répondre aux revendications.
Les campements ont disparu des deux places, mais la mobilisation se poursuit au moins sous la forme d’une veillée à Porto. Les suites judiciaires annoncées pour le 26 octobre et les bilans encore divergents constituent les prochains points à éclaircir, sans confondre les revendications sur le logement avec l’évaluation des interventions policières.
Sources utilisées
Sources de l’actualité
- PSP dispersou à bastonada os manifestantes no Rossio e na Praça D. João I. Há vários feridos e 31 detidos (Sapo Notícias)
- Habitação: Sete feridos e 31 detidos nas intervenções policiais em Lisboa e no Porto – PSP (Sapo Notícias)
- Habitação: PSP destrói acampada e manifestantes no Porto gritam « voltaremos » (Sapo Notícias)
Sources complémentaires
- Campements pour le logement: évacuation à Lisbonne, démontage sous pression à Porto (Portugal en français)
- Constituição da República Portuguesa (Assembleia da República)
- Decreto-Lei n.º 406/74, de 29 de agosto (Diário da República)
- Habitação: Onze feridos nas intervenções policiais em Lisboa e no Porto (Diário de Coimbra)
