Kulumbimbi
Kulumbimbi

Saint-Sauveur du Congo, première église catholique au sud du Sahara

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L'ancienne cathédrale de São Salvador do Congo, à Mbanza Kongo en Angola a été construite par des maçons portugais en 1491. Aujourd'hui, l'église n'est plus qu'une ruine, mais est toujours un lien culturel fort entre le Portugal et l'Angola, témoin du passé tumultueux d'une Afrique méconnue.


Le Portugal parti à la conquête du monde, des épices et d’or du XVe siècle avait aussi un autre objectif en tête. Un objectif peut-être même plus important que l’accumulation de richesses ! Il s’agissait pour les pieux Portugais de répandre aussi la foi catholique et de lutter contre les musulmans.

Il ne faut jamais oublier que cette lutte contre l’ennemi musulman sera une constante de la noblesse portugaise, en quête de gloire, soucieuse de continuer la Reconquista de l’autre côté de la Méditerranée.

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Evangélisation de l’Afrique

Le navigateur Diogo Cão, arrivé au royaume du Kongo en 1483, ramena avec lui à Lisbonne des représentants du roi local. Le Manikongo, comme se nommaient les rois de ce royaume africain, n’était pas fermé aux échanges avec ce peuple venu de la mer.

Convertis au christianisme au Portugal, les représentants du Manikongo revinrent dans leur pays, l’actuel Angola, le 19 décembre 1490 avec les navigateurs portugais commandés par Gonçalves de Sousa. Les Portugais apportent également avec eux des missionnaires, des soldats, des charpentiers et des maçons. Dès l’origine, il s’agit de trouver des alliés contre les musulmans, soit en découvrant le royaume légendaire du Prêtre Jean, soit en convertissant à la foi catholique les peuples rencontrés.


Il ne faut pas oublier que le Christianisme est par essence prosélyte. Il faut répandre la bonne parole, il faut baptiser le plus possible de nouvelles personnes. Les Portugais, de par leur rôle dans l’exploration du monde, avaient ici un rôle majeur à jouer.

Le royaume du Kongo était un état structuré et civilisé, loin des clichés que nous pouvons avoir sur l’Afrique, relents de notre passé colonialiste. Les Portugais le savaient, et réussirent à convertir leur roi, ou « manikongo », Nzinga Nkuwu, désormais connu sous le nom de Jean Ier du Kongo. Son fils Nepemba Angiga se convertira également, désormais connu sous le nom de Alphonse.

Rois chrétiens du Kongo
A gauche, le roi Jean Ier du Kongo. A droite, son successeur, Alphonse Ier.

Une église pour un peuple ami

Est-ce que le roi africain y croyait vraiment, ou était-ce juste une façon de plaire à ces nouveaux arrivants? Nous ne le saurons probablement jamais. Toujours est-il qu’il autorisa la construction d’une grande église au coeur de la capitale de son royaume, la ville de Mbanza Kongo.

Le roi ordonne ainsi la construction d’une nouvelle église, en l’honneur de Sainte Marie, le 6 mai 1492. L’édifice fut bâti rapidement. La construction était cachée des yeux du peuple, qui n’avait pas le droit de se rendre dans le quartier royal où se trouvait le chantier.

Lorsque finalement Jean Ier autorisa le peuple à venir voir le nouveau lieu de culte, la stupéfaction était générale. La nouveauté, et surtout, la vitesse de construction devint légendaire. « Culumbimbi » comme les africains nomment leur église, aurait été construite en une nuit par des anges…

L’alliance avec les Portugais n’était pas désintéressée pour le roi du Kongo. Avec leur aide, et leurs armes à feu, il parvint à repousser les envahisseurs Teke. De nombreux soldats Teke furent faits prisonniers. Les perdants furent réduits à l’esclavage, comme il était de coutume en Afrique ou en Europe de l’Antiquité…

En échange de cette précieuse aide militaire, Jean Ier mis à disposition de la construction de l’église un millier d’ouvriers, expliquant sans doute la célérité avec laquelle elle fut construite.

audience du roi du Kongo
Audience du roi du Kongo aux Portugais, date inconnue

Christianisation du royaume du Kongo

Malheureusement, l’histoire d’amitié entre les Portugais et le roi du Kongo vont se ternir. D’une part, l’appât du gain de la part des européens agaçait les Africains. D’autre part, Jean acceptait mal la monogamie imposée par le Christianisme. En 1495, le divorce est consommé, et le Manikongo revient à la religion traditionnelle. Son fils, Alphonse, reste lui fidèle à la religion apportée par les Portugais.

A la mort de Jean en 1506, Alphonse entrera en conflit contre un demi-frère resté fidèle à la foi de leurs ancêtres, pour savoir qui succéderait au trône. Grâce à l’appui décisif des Portugais, Alphonse en sortira vainqueur. Dès lors, le nouveau roi n’aura de cesse que de vouloir christianiser son pays.

L’église de Sainte Marie, tombée rapidement en ruines, sera reconstruite entre les années 1517 et 1526, en tant qu’église de Saint Sauveur du Congo. De nombreuses écoles sont construites, les nobles du royaume sont constamment envoyés à Lisbonne pour y suivre une formation supérieure.

crucifix kongo
De la rencontre des Portugais avec les Kongos naîtra un nouvel art original. Ces nouveaux chrétiens produiront de nombreux objets religieux, comme ici l’un des célèbres crucifix Kongo.

Avec le décès du roi Alphonse Ier en 1542, une nouvelle crise de succession va se déclencher. En 1545, son fils, Pierre Ier, sera déposé. S’étant réfugié dans l’église de Saint Sauveur, il aura la vie sauve, mais ne récupèrera jamais le pouvoir. Le nouveau roi, son neveu Jacques Ier (Diogo I) est chrétien par opportunisme, surtout défenseur des anciennes traditions.

Ce nouveau roi continuera pourtant la politique d’Alphonse, tout en maintenant tant bien que mal l’indépendance de son pays face aux Portugais. Le christianisme pouvait continuer à prospérer en terres africaines.

Les conflits avec les Portugais

Les conflits dynastiques se reproduisaient à la mort de chaque nouveau souverain ou presque. Toujours entre les tenants de la tradition africaine et les chrétiens, appuyés par les Portugais. Cette division au sein du pays était de plus exacerbée par des tensions avec les autres royaumes voisins.

Il faut dire que les Portugais développèrent rapidement le commerce des esclaves. D’abord avec la vente de prisonniers de guerre, puis avec les personnes capturées par des professionnels, qui « chassaient » des esclaves en territoires extérieurs du royaume. Ce n’était clairement pas la meilleure façon d’avoir de bons rapports de voisinage.

A la mort de Jacques Ier en 1561, le royaume entre alors dans une période de grande instabilité, entre les guerres contre les peuples voisins et les dissensions internes.

Ce n’est qu’à partir de 1567 avec le roi Alvare Ier puis son fils Alvare II que le pays récupèrera un semblant de stabilité politique, malgré les guerres incessantes contre les peuples voisins. Cette stabilité permettra au royaume de tenter d’acquérir pleinement le statut de royaume chrétien aux yeux du Vatican, permettant de faire d’affranchir le pays de la tutelle du Portugal. C’est sous le règne de Alvare II qu’en 1596, l’église de Saint-Sauveur sera reconstruite après les dévastations des ennemis Yaka, et obtient le statut de cathédrale.

Murs des ruines de l'église Saint Sauveur
Les ruines actuelles semblent n’être qu’une petite partie de l’ancien complexe religieux de la capitale du royaume.
ruines de l'église
A proximité se trouvent les tombeaux des anciens rois du Kongo

Les monarques se succèdent alors entre pro et anti Portugais.

Les Portugais, qui avaient fondé la colonie de Luanda en 1575, commencèrent à changer d’attitude vis-à-vis du royaume du Kongo. L’appât du gain lié à l’esclavage les mena à, toujours plus, tenter de conquérir de plus en plus de territoire. Au début, les rois du Kongo voyaient d’un bon oeil cet allié contre leurs ennemis.

Mais la cupidité et l’esclavagisme poussa les Portugais a aller trop loin, empiétant sur la suprématie du Kongo. C’est dans un contexte complexe d’alliances régionales et de diplomaties parallèles que la guerre civile se précipite, culminant avec la bataille d’Ambuila en 1665. Provoquée par l’appât du gain lié à l’esclavage, les Portugais vainquirent les forces du royaume du Kongo.

A savoir : de nombreux Portugais se battirent aux côtés des forces du Kongo, et inversement, de nombreux Kongos se battirent avec les Portugais. Présents depuis deux siècles en Afrique, certains Portugais, qui y étaient nés, ainsi que leurs parents avant eux, pouvaient se sentir plus proches du Kongo que de la métropole européenne.

Les conséquences de ce conflit seront désastreuses pour la capitale du royaume, Mbanza Kongo, qui finira de sombrer dans une guerre civile. Les habitants qui étaient du côté des tenants des traditions africaines dévastèrent le quartier de la ville tenu par les « européanisés ». La ville sera finalement mise à sac en 1678 par l’une des factions belligérantes. Les églises furent détruites, et la ville fut abandonnée puis oubliée.

De Saint-Sauveur, seuls les murs restèrent debout. La ville ne sera repeuplée que bien plus tard, lorsque finalement, le Portugal pris le contrôle effectif et colonial de ce qui est aujourd’hui l’Angola, à la fin du XIXe siècle.

Saint-Sauveur de Mbanza Kongo, symbole d’unité nationale

Les ruines de l’ancienne cathédrale sont chéries des angolais. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, un symbole de l’ancienne puissance coloniale. Il s’agit ici d’une église construite volontairement par un royaume indépendant et ami du Portugal. En tant que telle, dans un pays chrétien, cette église, « Culumbimbi« , est un symbole d’indépendance.

Il s’agissait, pour les premiers mouvements indépendantistes du XIXe siècle, d’affirmer une volonté d’être un pays ami du Portugal, oui, jamais une colonie.

tombeau de Afonso Nteka
Jean-Paul, se recueillant sur la tombe de Afonso Nteka, l’évêque de Mbanza Kongo décédé l’année précédente d’un accident d’hélicoptère. Le tombeau fut placé à l’entrée des ruines de l’église.

Lorsque le pape Jean-Paul II visita les ruines de l’église en 1992 pour les 500 ans de l’évangélisation de l’Angola, il s’agissait pour lui d’évoquer les racines profondes et anciennes du catholicisme du pays.

En 2017, l’ancienne ville de Mbanza Kongo est promue par l’UNESCO au rang de « Patrimoine Mondial de l’Humanité« .

Sources

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