Marine Le Pen et André Ventura
Marine Le Pen et André Ventura

Pour le RN, les Franco-Portugais sont des sous-Français

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Le Rassemblement national n'apprécie pas les binationaux. Pour ce parti d'extrême-droite, on ne peut pas être de deux pays à la fois. Un Franco-Portugais, ça ne devrait pas exister.


Pendant très longtemps, c’était une des mesures phares du Front National, aujourd’hui Rassemblement National. Comme les citoyens d’autres pays, comme la Chine ou le Japon, un Français ne pourrait pas avoir deux nationalités. C’est soit choisir d’être Français, soit conserver sa nationalité d’origine.

Changement d’avis

Est-ce à des fins purement électoralistes ? Est-ce par réelle conviction ? Le Rassemblement National, porté par Marine Le Pen, a récemment changé d’avis sur la question. Le parti d’extrême-droite accepte aujourd’hui qu’un Français puisse avoir deux nationalités.

En exemple, les Marocains. Le Maroc est un pays qui ne permet pas à un de ses citoyens de renoncer à la nationalité. Marocain vous êtes, Marocain vous resterez. Celui qui, devenu marocain de par ses parents, mais qui est né en France, a toujours vécu en France, et qui est Juif par exemple, ne pouvait pas être « aussi » Français dans l’ancienne vision du Front National.

Mais ce changement d’attitude ne devrait pas cacher l’essentiel : un binational reste toujours un citoyen de deuxième classe.

Binational, Français à part entière

Aujourd’hui, la France regarde ses citoyens sans aucune distinction. Que l’on soit Franco-Portugais, Franco-Algérien ou juste Français « de souche », tous ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. C’est ainsi que nous avons pu avoir un premier-ministre Franco-Espagnol comme Manuel Valls ou une candidate aux présidentielles comme Anne Hidalgo, également Franco-Espagnole.


La France ne regarde rien d’autre, le « binational » est un Français à part entière, et aucun document n’atteste d’une double nationalité. Officiellement, la double nationalité n’existe pas. Un Franco-Portugais est ainsi un Français à 100% juridiquement, tout comme il est Portugais à 100%.

Seule exception à la règle, et non des moindres : le service militaire.

Avant qu’il ne soit plus obligatoire, les binationaux pouvaient opter d’effectuer leur service militaire dans l’un de ses deux pays, si la France avait un accord diplomatique avec l’autre pays. Il n’était par conséquent pas obligé de faire son service deux fois.

Les Franco-Israéliens pouvaient, et peuvent toujours, effectuer le long service militaire d’Israël sans risquer de perdre leur nationalité française.

En cas de guerre, pas de problème non plus : le binational, s’il choisissait de servir l’armée de son autre pays, était déchu de sa nationalité française.

Aujourd’hui, ce problème ne se pose pas. Le service militaire obligatoire n’existe plus en France ou au Portugal.

Sous-citoyen

Ce que le Rassemblement National propose, pour les binationaux, semble pire encore que l’obligation de n’avoir qu’une seule nationalité.

« Oui, on vous autorise à être Franco-Quelque chose, mais… »

L’alternative proposée par le Rassemblement National n’est aujourd’hui pas possible. C’est anticonstitutionnel, contre les principes des Droits de l’Homme et les conventions européennes.

Lisons le programme du RN.

« La loi pourra interdire l’accès à des emplois dans l’administration, des entreprises publiques, et des personnes morales chargées d’une mission de service public aux personnes qui possèdent la nationalité d’un autre Etat»

Actuellement, les étrangers n’ont déjà pas accès à certains emplois de la fonction publique. Pas de diplomatie, de police, d’armée, de justice ou de fiscalité.

La formulation du RN est claire : si vous avez une autre nationalité, même si vous avez la française, vous serez considéré simplement comme un étranger. La nationalité française ne servira ici à rien.

En France, nous sommes 3,5 millions de binationaux.

En plus de la fonction publique, impossible de travailler également pour des entreprises de service public. On pense à EDF, à la Poste, à la SNCF, au ramassage de poubelles. Oui, même les boulots que les Français « tout court » ne voulaient plus faire.

Si Marine Le Pen devient un jour présidente de la République, avoir la nationalité portugaise en plus de la française, ça sera un boulet. C’est aussi simple que ça.

Moment de sincérité

Nous savons bien que ce ne sont pas les Portugais ou les Allemands qui sont visés par le Rassemblement National. Ils pensent bien sûr aux Arabes, aux Noirs et autres « minorités visibles », surtout de confession musulmane.

Nous savons bien que beaucoup de Franco-Portugais soutiennent le RN dans leur lutte contre « l’islamisation » de la France. Sauf que ce faisant, ils risquent eux-mêmes de se prendre les conséquences de ces Lois qui ne font pas forcément dans le détail.

Surtout que ça risque d’être contreproductif. Un Portugais aura tout le mal du monde à renoncer à sa nationalité. J’en suis moins sûr pour un Sénégalais ou un Algérien d’origine, qui, pour conserver ses droits, n’aurait sans doute pas de problème pour ne rester « que » Français.

D’autant plus que rien n’oblige à un binational de déclarer à la France son autre nationalité. Si je suis candidat à un poste dans la fonction publique, pourquoi j’irais de moi-même montrer mon « Cartão de Cidadão » en plus de ma Carte d’identité française ?

Au moment de voter, c’est bien de savoir pour qui, mais aussi pour quoi on vote.

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