Paulo Rangel exclut des indemnisations aux anciennes colonies et défend plutôt la coopération et le travail de mémoire. Cette position prolonge une ligne gouvernementale fixée en 2024.
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Le Portugal ne versera pas de réparations coloniales sous l’actuel gouvernement, a réaffirmé Paulo Rangel le 29 octobre 2026. Le ministre des Affaires étrangères privilégie la réconciliation avec les anciennes colonies. Il cite notamment la préservation de lieux de mémoire, tout en excluant les indemnisations..
Paulo Rangel sépare reconnaissance historique et indemnisation
Paulo Rangel s’est exprimé lors d’une audition parlementaire consacrée au budget de l’État pour 2027. Il a présenté le refus des réparations comme une position constante du gouvernement de l’Alliance démocratique. Cette coalition rassemble le Parti social-démocrate et le Centre démocratique social-Parti populaire.
Cependant, le ministre distingue ce refus d’une négation des violences historiques. Il condamne l’esclavage et affirme que le Portugal peut reconnaître les erreurs de son histoire. À ses yeux, cette reconnaissance reste compatible avec une fierté nationale. Il défend donc une réconciliation avec les pays liés au Portugal, mais sans indemnisation.
Une ligne gouvernementale affirmée dès avril 2024
Le gouvernement avait déjà fixé cette orientation le 27 avril 2024. Dans un communiqué de la présidence du Conseil des ministres, il excluait tout processus ou programme spécifique de réparation. Il présentait en revanche la coopération et la reconnaissance de la vérité historique comme les fondements de sa politique.
Cette distinction permettait déjà de défendre des gestes de mémoire sans les qualifier de réparations. Le texte citait notamment les excuses portugaises pour le massacre de Wyriamu, au Mozambique. Il mentionnait aussi des financements culturels dans les anciennes colonies. Ainsi, le refus d’un programme réparateur n’excluait pas toute dépense liée au passé colonial.
Pourquoi les déclarations de Marcelo avaient ouvert le débat
La controverse avait pris une nouvelle ampleur en avril 2024, après des déclarations de Marcelo Rebelo de Sousa. Alors président de la République, il estimait que le Portugal devait assumer les conséquences des crimes coloniaux. Ses propos avaient suscité des critiques politiques à l’approche du cinquantième anniversaire de la révolution du 25 avril.
Le 27 avril 2024, à Peniche, Marcelo avait précisé sa conception des réparations. Il ne les limitait pas à des paiements directs. Il citait notamment des remises ou conversions de dettes, ainsi que la coopération éducative et culturelle. Selon lui, certaines politiques déjà menées pouvaient donc relever d’une démarche réparatrice.
Le désaccord porte ainsi aussi sur le sens des mots. Marcelo défendait une approche large, adaptée à chaque pays, plutôt qu’une solution uniforme. Le gouvernement préfère parler de coopération et de réconciliation. Des actions proches peuvent donc recevoir des interprétations politiques différentes, selon qu’elles reconnaissent ou non une logique de réparation historique.
Le Tarrafal et la Rampa dos Escravos comme exemples de réconciliation
Pour illustrer la réconciliation qu’il défend, Paulo Rangel a cité deux interventions patrimoniales. La première concerne la réhabilitation de la Rampa dos Escravos, sur l’île de Mozambique. La seconde porte sur l’ancien camp du Tarrafal, au Cap-Vert. Il a rappelé ces réalisations d’anciens gouvernements, sans annoncer de nouveaux travaux ni de nouveaux montants.
Le Tarrafal constitue un lieu concret de cette mémoire partagée. Construit en 1936 à Chão Bom, il a enfermé des opposants à la dictature portugaise, puis des militants anticoloniaux africains. L’Institut du patrimoine culturel capverdien indique que le complexe accueille un musée de la Résistance depuis 2000.
Le site a également obtenu un classement au patrimoine culturel national capverdien en 2006. Sa préservation permet donc de conserver les traces matérielles de la répression et d’en transmettre l’histoire. Cependant, cette fonction mémorielle reste distincte du versement d’une indemnité: c’est précisément la frontière politique que le ministre entend maintenir.
En septembre 2026, Lisbonne avait déjà démenti toute négociation
La déclaration du 29 octobre intervient un mois après une autre clarification officielle. Le 29 septembre 2026, le ministère des Affaires étrangères avait démenti une information diffusée par Chega. Il affirmait que le Portugal n’avait accepté, négocié ou pris aucun engagement concernant le paiement de réparations aux anciennes colonies.
Dans ce même texte, le ministère précisait que le Portugal n’avait pas soutenu la résolution onusienne évoquée dans la controverse. Selon lui, Lisbonne avait suivi la position commune de l’Union européenne, qui s’était abstenue. Il rappelait également un débat parlementaire organisé à l’initiative de Chega le 15 mai 2024.
Ces précisions décrivent la position diplomatique revendiquée par le gouvernement. Elles ne constituent ni un accord de réparation ni l’annonce d’une négociation future. Au contraire, le ministère insistait sur la continuité de son orientation depuis 2024. L’intervention de Paulo Rangel prolonge donc ce refus, plutôt qu’elle ne marque un changement de politique.
Ce que la déclaration change — et ce qu’elle n’annonce pas
L’audition du ministre ne présente aucun dispositif d’indemnisation, aucun montant et aucun calendrier de versement. Elle ne précise pas davantage de nouveaux engagements financiers pour les sites patrimoniaux cités. Les exemples avancés servent à expliquer une orientation politique: poursuivre la réconciliation, tout en refusant de l’associer à des compensations financières.
Il faut aussi distinguer cette position gouvernementale d’un règlement définitif du débat historique. Paulo Rangel expose ce que l’exécutif entend défendre, sans présenter un accord avec les anciennes colonies. Sa déclaration ne détaille pas non plus leurs éventuelles demandes. Elle fixe donc la ligne portugaise, mais ne suffit pas à décrire l’ensemble du dialogue.
Le gouvernement maintient donc son refus des indemnisations, tout en défendant la reconnaissance des violences historiques et la coopération. Les exemples cités par Paulo Rangel concernent des réalisations passées: son intervention du 29 octobre n’annonce aucun nouveau programme de réconciliation chiffré..
Sources utilisées
Sources de départ
Sources complémentaires
- Comunicado da Presidência do Conselho de Ministros – XXIV Governo Constitucional (Gouvernement du Portugal)
- Esclarecimento do Ministério dos Negócios Estrangeiros – XXV Governo Constitucional (Gouvernement du Portugal)
- Campo de Concentração do Tarrafal – Instituto do Património Cultural (Instituto do Património Cultural)
- Marcelo. "Portugal deve assumir a sua História, no que tem de bom e de mau" (Renascença)
