Castro Almeida reconnaît des concentrations locales et saisonnières, mais refuse le constat d’un excès national. Il défend surtout une hausse des recettes, avec l’objectif de mieux rémunérer les salariés.
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Le ministre de l’Économie et de la Cohésion territoriale, Castro Almeida, rejette l’idée d’un tourisme excessif au Portugal. Auditionné au Parlement le jeudi 29 octobre 2026, il a défendu une poursuite de la croissance du secteur. Mais sa priorité affichée porte sur les recettes, davantage que sur les nuitées, pour améliorer des salaires qu’il juge insuffisants.
Le gouvernement distingue croissance nationale et tensions locales
Castro Almeida s’exprimait devant les députés pendant l’examen du projet de budget de l’État pour 2027. Son raisonnement distingue deux situations: la capacité du pays à développer son activité touristique et les concentrations ponctuelles. Il rejette ainsi un diagnostic national d’excès, sans nier que certains endroits puissent connaître une fréquentation trop importante.
Cependant, les déclarations rapportées ne désignent ni les communes concernées ni les semaines jugées problématiques. Elles ne fixent pas davantage de seuil permettant de qualifier une fréquentation d’excessive. La position gouvernementale constitue donc une orientation politique, plutôt qu’une évaluation détaillée de la capacité d’accueil de chaque destination.
Cette distinction compte pour la suite du débat budgétaire. Reconnaître une marge de croissance nationale ne répond pas, à lui seul, aux difficultés d’un quartier très fréquenté. Inversement, une saturation locale ne démontre pas que toutes les régions auraient atteint leurs limites. Les deux constats peuvent coexister sans se contredire.
Davantage de recettes ne signifie pas nécessairement davantage de nuitées
Le ministre met surtout l’accent sur la croissance en valeur, plutôt que sur celle des nuitées. Il cite une progression de 1,5 % des nuitées et de 5 % des recettes. Toutefois, les déclarations rapportées ne précisent pas la période exacte de ces évolutions, ni le périmètre statistique des recettes évoquées.
Une nuitée correspond à une nuit passée par une personne dans un hébergement. Ainsi, dans un exemple hypothétique, deux personnes séjournant trois nuits représentent six nuitées, et non deux. Cet indicateur mesure donc un volume d’hébergement, mais ne décrit pas à lui seul la fréquentation des rues ou des sites visités.
Le pari économique consiste à obtenir davantage de revenus sans augmenter les volumes au même rythme. Par exemple, un établissement pourrait améliorer ses services ou vendre davantage de prestations annexes. Mais une recette plus élevée peut aussi refléter une hausse des prix: elle ne prouve donc pas, isolément, une amélioration équivalente de la qualité.
Les résultats de 2025 éclairent le poids économique du tourisme
Le bilan officiel de 2025 permet de situer l’ampleur du secteur, sans le confondre avec les chiffres cités au Parlement. Les hébergements touristiques ont enregistré 32,5 millions de clients et 82 millions de nuitées. Leurs recettes totales ont atteint environ 7,13 milliards d’euros, en hausse de 6,9 %, contre 2,1 % pour les nuitées.
En revanche, les recettes touristiques internationales constituent un autre agrégat: elles ont atteint 29,1 milliards d’euros en 2025, selon Turismo de Portugal. Il ne faut donc pas les confondre avec les revenus des seuls hébergements. Leur progression s’établissait à 5 % par rapport à 2024, mais cette proximité ne permet pas d’identifier la série évoquée par le ministre.
Autre distinction utile: les touristes ne viennent pas tous de l’étranger. En 2025, les résidents au Portugal représentaient 30,5 % des nuitées, contre 69,5 % pour les non-résidents. Leurs nuitées ont progressé de 5 %, contre 0,8 % pour celles des non-résidents. Le débat concerne donc également les déplacements touristiques à l’intérieur du pays.
Les hausses de salaires restent un objectif, pas une annonce
Castro Almeida justifie cette recherche de valeur par les rémunérations, qu’il juge globalement mauvaises dans le secteur. Selon lui, le développement des recettes constitue la voie nécessaire pour mieux payer les travailleurs. Cependant, les propos rapportés n’annoncent ni hausse salariale chiffrée, ni calendrier, ni mécanisme précis reliant les revenus supplémentaires aux fiches de paie.
Il faut ainsi distinguer une condition économique favorable d’un résultat garanti. Dans un exemple hypothétique, un hôtel pourrait accroître son chiffre d’affaires tout en supportant davantage de dépenses. La somme disponible pour relever les rémunérations dépendrait alors de ces coûts et des décisions de l’entreprise, pas uniquement du montant encaissé auprès des clients.
La question centrale devient donc celle du partage de la valeur créée. Pour vérifier l’objectif gouvernemental, il faudra observer les rémunérations réellement versées, et pas seulement les recettes touristiques. Une progression des revenus du secteur ne permet pas, à elle seule, de conclure que les salariés en bénéficient dans les mêmes proportions.
L’intérieur et la basse saison posent une autre question de développement
La répartition géographique et saisonnière figure déjà dans les objectifs de la stratégie Turismo 2027. Turismo de Portugal y associe croissance économique, activité répartie sur l’année et effets positifs pour les habitants. L’organisme fixe aussi des ambitions concernant les qualifications des travailleurs et l’utilisation efficace de l’eau et de l’énergie.
Le tourisme de l’intérieur illustre cette autre dimension du débat. En juin 2023, le Fórum Vê Portugal organisé à Covilhã abordait notamment la promotion des destinations et le manque de personnel. Ces échanges montraient déjà qu’attirer des visiteurs ne suffisait pas: il fallait aussi disposer des équipes nécessaires pour les accueillir dans de bonnes conditions.
Dans un scénario hypothétique, remplir des chambres disponibles hors saison n’aurait pas les mêmes effets qu’ajouter des visiteurs pendant une pointe. Le lieu et le calendrier changeraient donc les besoins d’accueil. Cette différence explique pourquoi un objectif national de croissance doit s’accompagner d’une analyse locale, plutôt que d’un seul chiffre annuel.

Quels indicateurs permettront de dépasser le débat sur les volumes
Pour apprécier les tensions, les communes disposent de plusieurs angles d’analyse. Dans son guide d’urbanisme publié en octobre 2021, Turismo de Portugal recommande notamment d’examiner la capacité d’hébergement rapportée aux habitants ou à la superficie. Il propose aussi de suivre l’occupation, la durée des séjours et la saisonnalité, plutôt que le seul total des visiteurs.
Le même guide définit notamment la saisonnalité par la part des nuitées réalisées en juillet, août et septembre. Cette mesure permet de distinguer une activité répartie sur l’année d’une forte concentration estivale. Elle ne constitue toutefois pas, en elle-même, un seuil officiel au-delà duquel une destination compterait trop de touristes.
À ce stade, la prise de position du ministre laisse donc deux questions ouvertes: où développer l’activité, et comment en distribuer les bénéfices? L’examen du budget pour 2027 fournit le cadre politique de cette discussion. Le vote final est annoncé pour le 24 novembre 2026, après les débats détaillés sur le texte.
Le gouvernement maintient donc son cap: développer le tourisme, surtout en valeur, tout en reconnaissant des tensions ponctuelles. La réussite de cette orientation dépendra cependant de la répartition des retombées entre territoires, entreprises et salariés. Les recettes ne suffiront pas à trancher le débat sans résultats concrets sur les rémunérations et les conditions d’accueil.
Sources utilisées
Sources de départ
- Governo nega turismo em excesso e diz que aumento em valor é necessário (RTP economia)
- « Há espaço para mais turismo em Portugal ». Governo nega turismo excessivo – CNN Portugal (CNN Portugal)
Sources complémentaires
