Manifestations pour le logement à Porto: le mouvement reprend après une semaine de tensions

Après le rassemblement d’environ 3 000 personnes jeudi soir, le mouvement annonce son retour place D. João I samedi 17 octobre.

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Le mouvement pour le droit au logement annonce son retour place D. João I, à Porto, samedi 17 octobre 2026. Après une pause pendant la nuit du vendredi au samedi, ses participants prévoient de rejoindre la manifestation de la CGTP. Cette reprise intervient après une intervention policière contestée et le rassemblement d’environ 3 000 personnes jeudi soir..

Une pause nocturne, mais un retour annoncé samedi

Le mouvement a commencé après la manifestation du samedi 10 octobre 2026. Plus de cinquante personnes sont alors restées camper sur la place D. João I. Mais l’intervention policière du jeudi 15 octobre a changé la dynamique du rassemblement: le soir même, environ 3 000 personnes ont rejoint la place pour défendre le droit au logement.

Vendredi 16 octobre, le porte-parole João Silveira a annoncé une interruption pour la nuit, faute de conditions matérielles suffisantes. Cette décision concernait donc la nuit du vendredi au samedi, et non l’abandon du mouvement. Une assemblée réunissant plusieurs centaines de personnes devait précéder le départ des participants.

Pour samedi 17 octobre, les organisateurs annoncent leur participation au cortège syndical, puis un retour place D. João I. João Silveira prévoit une assemblée à 19 heures. Par ailleurs, un communiqué diffusé vendredi annonce de nouvelles tentes et un campement en soirée. La pause nocturne ne signifie donc pas un renoncement à cette forme de protestation.

L’intervention policière fait l’objet d’un examen de l’IGAI

L’intervention policière s’est déroulée dans la nuit du mercredi 14 au jeudi 15 octobre. Les organisateurs dénoncent un usage disproportionné de la force et revendiquent le caractère pacifique du campement. Ils font état de 39 blessés, dont deux dans un état grave. Ce bilan reste attribué au mouvement, sans confirmation médicale indépendante dans les informations disponibles.


La PSP, la police de sécurité publique, reconnaît des blessés parmi les manifestants et signale un agent blessé. En revanche, elle justifie son intervention par des comportements de résistance. Le maire de Porto, Pedro Duarte, soutient cette lecture, tandis que le ministre de l’Administration intérieure, Luís Neves, qualifie l’action policière de légitime.

Pedro Duarte, maire de Porto
Pedro Duarte, maire de Porto

L’Inspection générale de l’administration intérieure, l’IGAI, a ouvert une procédure administrative et demandé des informations à la PSP. Elle doit éclaircir les circonstances de l’intervention et évaluer les procédures employées. Cette ouverture ne constitue toutefois pas une conclusion sur les responsabilités: elle lance un examen des faits, alors que les versions restent opposées.

Des revendications sur les loyers, les expulsions et l’offre publique

Les revendications touchent autant au coût des locations qu’à la disponibilité des logements. Le mouvement conteste la législation locative et demande des plafonds de loyers ainsi que la fin des expulsions. Il réclame également davantage de logements publics, la remise en habitation des immeubles vacants et l’arrêt des acquisitions par des fonds qu’il qualifie de « vautours ».

Ces demandes correspondent à des leviers différents. Un plafond vise le prix demandé au locataire; la récupération d’un immeuble vacant vise à remettre des logements en usage. En revanche, développer le parc public suppose de créer une offre supplémentaire. Le mouvement associe ainsi protection des occupants, encadrement des prix et augmentation du nombre de logements.

Le droit au logement possède aussi un fondement constitutionnel. L’article 65 de la Constitution portugaise reconnaît le droit à une habitation adaptée, salubre et respectueuse de la vie familiale. Il confie à l’État des missions complémentaires: promouvoir le logement social avec les collectivités, stimuler la construction privée et rechercher des loyers compatibles avec les revenus familiaux.

À Porto, une baisse récente des annonces n’efface pas cinq ans de hausse

À Porto, les prix demandés dans les annonces donnent un ordre de grandeur de la pression locative. Le bilan publié le 13 octobre par Portugal en français reprend l’analyse d’idealista: entre septembre 2021 et septembre 2026, le loyer médian affiché augmente de 76,4 %. Il passe ainsi de 10,8 à 19 euros par mètre carré.

Appliqué à une surface hypothétique de 80 mètres carrés, ce dernier niveau représente 1 520 euros mensuels. Le même calcul donnait 864 euros avec l’indicateur de 2021. Cependant, cette comparaison ne décrit ni un appartement précis ni l’évolution d’un bail existant: elle illustre deux niveaux de prix proposés aux personnes recherchant un logement.

Les annonces enregistrent pourtant un recul de 4,4 % entre septembre 2025 et septembre 2026. Mais cette baisse annuelle n’efface pas la hausse cumulée depuis 2021. Surtout, l’indicateur mesure les montants affichés, pas les loyers finalement signés ni ceux de tous les habitants. Il ne suffit donc pas à établir un retour durable à des logements accessibles.

Mairie de Porto

Le gouvernement mise sur la construction et l’action des municipalités

Le gouvernement insiste, de son côté, sur la construction. À Aveiro, Castro Almeida, ministre de l’Économie et de la Cohésion territoriale, attribue la pénurie au recul de la production privée. Il affirme que le Portugal construit désormais en un mois autant de logements qu’en une semaine vingt ans auparavant. Cette comparaison relève de son diagnostic politique.

Le ministre évoque 40 000 logements neufs ou rénovés d’ici la fin de 2026, face à 133 000 besoins recensés par les municipalités. Dès le 17 août, le gouvernement annonçait cet objectif de 40 000 logements dans sa communication sur le Plan de récupération et de résilience, le PRR. Il s’agit donc d’une échéance annoncée, pas d’un bilan définitif des livraisons.

Castro Almeida assure que le financement des logements restant nécessaires est garanti. Mais il demande aux élus locaux de trouver des terrains et d’accélérer l’examen des projets privés. Il précise ne réclamer aucune approbation illégale: son appel porte sur le respect des délais administratifs. Le financement, selon lui, ne suffit donc pas sans mobilisation municipale.

Montenegro conteste avoir visé les manifestants par ses propos

La confrontation porte également sur les déclarations du Premier ministre. Vendredi 16 octobre, Luís Montenegro a nié avoir accusé les manifestants d’égoïsme. Il affirme que ses propos visaient des partis, des organisations et des mouvements associatifs. La veille, il les avait mis en garde contre l’importation de tensions sans ancrage dans la société portugaise.

Montenegro dit néanmoins comprendre que des personnes attendent des réponses et expriment leur indignation sur le logement. Parallèlement, il affirme avoir vu des images contenant un appel à la violence et une menace contre son domicile familial. Cette accusation doit rester attribuée au Premier ministre; elle ne permet pas de caractériser l’ensemble des participants au mouvement.

Des cortèges à Lisbonne et Coimbra, un soutien annoncé à Faro

Le samedi 17 octobre relie la mobilisation de Porto à des protestations plus larges contre le coût de la vie. La CGTP, centrale syndicale portugaise, annonce un départ à 10 h 30 de la Praça da Batalha vers D. João I. À Coimbra, elle prévoit également un rassemblement matinal; à Lisbonne, le départ est annoncé à 14 h 30 au Cais do Sodré.

Les revendications syndicales associent salaires, pensions et services publics aux dépenses de logement, de carburant et d’alimentation. Par ailleurs, des collectifs de l’Algarve annoncent à Faro un rassemblement de solidarité avec le campement de Porto, à 17 h 30. Ces rendez-vous élargissent la contestation, sans constituer pour autant un seul mouvement aux revendications entièrement identiques.

À Porto, la poursuite du mouvement se joue désormais sur deux fronts: les conditions concrètes d’accès au logement et l’établissement des faits concernant l’intervention policière. Les prochains éléments attendus sont les suites de l’examen de l’IGAI et la réalisation des logements annoncés, au-delà des engagements politiques.


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