Inégalités scolaires au Portugal: la réussite progresse, mais les écarts persistent

Enfant en train de lire

Davantage d’élèves réussissent les épreuves de 9e année après un parcours sans redoublement. Mais les écoles qui peinent le plus à faire réussir les élèves défavorisés se trouvent souvent dans des zones en manque d’enseignants.

Par , le choisir comme source d’info préférée

Les inégalités scolaires au Portugal persistent malgré une amélioration des parcours. En 2024, 43 % des élèves de 9e année ont réussi les épreuves nationales après deux années sans redoublement. Mais l’analyse des données ministérielles publiée par Lusa le 30 octobre 2026 révèle aussi une concentration des difficultés dans les territoires touchés par la pénurie d’enseignants.

En 9e année, réussir les examens sans redoubler devient plus fréquent

En 2024, environ 39 000 élèves sur plus de 91 000 remplissaient deux conditions: réussir les épreuves nationales et avancer sans redoublement. Ils avaient obtenu une note positive en portugais et en mathématiques après deux années précédentes sans retenue. Ces parcours représentaient 43 % des élèves, contre 36 % pour l’année scolaire précédente, selon les données ministérielles rapportées par Lusa.

Le troisième cycle portugais regroupe les 7e, 8e et 9e années. L’indicateur des parcours directs de réussite, ou percursos diretos de sucesso, associe donc progression scolaire et résultats aux deux épreuves finales. Il ne mesure pas simplement la proportion d’élèves autorisés à passer dans la classe supérieure. Cette distinction explique pourquoi son niveau reste inférieur au taux de parcours sans redoublement.

Il faut aussi distinguer la date de publication et la période observée. Les chiffres diffusés le 30 octobre 2026 portent ici sur les examens de 2024 et les parcours correspondants. Ils ne décrivent donc pas les résultats de la rentrée 2026. De même, ils ne permettent pas, à eux seuls, de dresser un bilan des apprentissages en 2025.

L’équité mesure les résultats des élèves défavorisés à contexte comparable

Une moyenne nationale ne suffit cependant pas à mesurer l’égalité des chances. L’indicateur d’équité suit les bénéficiaires de l’Ação Social Escolar, ou ASE, le dispositif d’aide sociale scolaire. Il compare leurs résultats avec ceux d’élèves présentant un profil initial semblable. La comparaison évite ainsi de placer toutes les écoles devant une référence identique, indépendamment de leur public.

Pour les parcours scientifiques et humanistes du secondaire, la note technique officielle précise les critères retenus. Ils comprennent notamment l’âge à l’entrée, les aides sociales et le niveau d’études de la mère. Le calcul tient aussi compte de la concentration d’élèves aidés dans l’établissement fréquenté. Il mesure ensuite l’écart de réussite par rapport à cette référence nationale comparable.

Pour l’année scolaire 2023-2024, environ 53 % des écoles dépassent cette référence concernant la conclusion du cycle dans le temps attendu. En revanche, 40 % affichent un indicateur négatif, selon l’analyse de Lusa. Un résultat positif signifie que les élèves aidés réussissent mieux que le groupe comparable. Il ne signifie pas que toute différence sociale a disparu dans l’établissement.

Les écoles les moins équitables cumulent souvent pauvreté et pénurie de professeurs

Le rapprochement avec la pénurie d’enseignants constitue le constat le plus préoccupant. Dans le secondaire, 24 des 30 écoles aux indicateurs d’équité les plus faibles appartiennent à des zones pédagogiques déficitaires. À l’inverse, aucune des 30 mieux classées ne relève d’une zone présentant cette insuffisance structurelle. Ces zones administratives portent le nom portugais de quadros de zona pedagógica, ou QZP.

L’école secondaire Alves Redol, à Vila Franca de Xira, illustre cet écart. Parmi ses 16 élèves bénéficiaires de l’ASE, trois seulement ont achevé le secondaire sans redoubler, soit environ 19 %. La référence nationale comparable atteint 70 %. Or, l’établissement appartient à une zone que le ministère a classée comme structurellement déficitaire en enseignants durant les dernières années scolaires.

Cette association ne démontre toutefois pas que le manque de professeurs explique, à lui seul, chaque échec. L’analyse ne quantifie pas les heures perdues par élève ni leur effet propre sur les résultats. En outre, l’exemple d’Alves Redol repose sur un petit effectif. Il révèle néanmoins un cumul de difficultés: des élèves vulnérables fréquentent des établissements situés dans des territoires mal pourvus.

Une salle de classe vide avec des tables, des chaises et des tableaux.

Lisbonne et Setúbal concentrent les écarts, sans résumer toutes les situations

La géographie de l’équité oppose largement le Nord et le Centre aux territoires plus méridionaux étudiés. Dans le secondaire, 22 des 30 établissements les mieux placés appartiennent à des districts du Nord. À l’autre extrémité, 15 des 30 écoles les moins bien classées se trouvent dans le district de Lisbonne. Cinq autres sont situées dans celui de Setúbal.

La péninsule de Setúbal présente également une difficulté dans les parcours directs de réussite du troisième cycle. Leur proportion atteint 34 %, contre 43 % à l’échelle nationale. Mais le territoire reste aussi 7,7 points sous sa moyenne comparable. Le décalage ne se résume donc pas à une simple comparaison avec des régions accueillant des élèves plus favorisés.

Cependant, certains établissements publics dépassent nettement les attentes. Au Conservatoire de musique Calouste Gulbenkian, à Braga, 45 des 48 candidats remplissaient les critères de réussite directe en 2024. La référence comparable s’établissait à 63 %. Cet établissement artistique constitue un exemple précis, mais pas un modèle automatiquement transposable à toutes les écoles publiques et à tous leurs publics.

Les élèves étrangers rencontrent davantage d’obstacles dans leur progression

La nationalité fait apparaître un autre écart dans les parcours scolaires. Au troisième cycle, 89 % des élèves portugais terminent la 9e année sans redoublement durant les trois années considérées. Cette proportion descend à 63 % pour les élèves de nationalité bissau-guinéenne. Elle atteint 61 % pour ceux du Cap-Vert et de São Tomé-et-Príncipe, selon les données rapportées par Lusa.

Ces pourcentages concernent l’absence de redoublement, et non la réussite simultanée aux deux épreuves nationales. Ils ne contredisent donc pas le taux global de 43 % des parcours directs de réussite. En revanche, leur comparaison montre que la progression régulière reste très inégalement répartie. L’écart entre nationalités s’accentue à mesure que les élèves avancent dans leur scolarité.

La nationalité ne constitue toutefois pas une explication en soi. Ces chiffres ne permettent pas d’isoler les effets du revenu familial, de la maîtrise du portugais ou d’une arrivée récente. Ils ne décrivent pas davantage tous les enfants issus de l’immigration, dont certains possèdent la nationalité portugaise. Ils signalent donc des différences de parcours, sans établir leur cause respective.

À Alcanena, une petite école rurale déjoue les classements attendus

Les résultats du primaire rappellent néanmoins que les réussites ne se limitent pas aux grandes villes ou au privé. À Covão do Coelho, dans la commune d’Alcanena, tous les élèves évalués atteignent le niveau avancé aux épreuves de 4e année de 2025. Cette école de village avait pourtant risqué de ne pas ouvrir en septembre 2019, faute d’un nombre suffisant d’inscrits.

Les épreuves de suivi des apprentissages, appelées ModA, distinguent plusieurs niveaux de compétence. Le niveau avancé correspond à la capacité de résoudre des tâches dépassant les exigences normalement attendues. L’analyse de Lusa relève aussi de bons résultats dans des écoles publiques rurales du Sabugal, de Castelo Branco ou de Montemor-o-Velho. Le lieu d’implantation ne détermine donc pas mécaniquement le classement.

Une limite demeure cependant essentielle: les données ministérielles utilisées ne précisent pas les effectifs évalués dans chaque école primaire. Il est donc impossible de savoir combien d’enfants représentent les 100 % de réussite avancée à Covão do Coelho. Ce résultat mérite attention, mais il ne suffit pas à identifier une méthode pédagogique supérieure ni à garantir sa reproduction chaque année.

Moins de redoublements ne signifie pas la fin de la reproduction sociale

Dans un entretien publié par Visão le 29 octobre 2026, Miguel Herdade défend un diagnostic plus large. Selon ce spécialiste des politiques publiques, l’école ne réduit plus les inégalités depuis 2000. Il relie les difficultés financières familiales aux résultats scolaires, puis à l’accès à l’université et aux perspectives salariales. Son propos concerne ainsi la mobilité sociale, au-delà du seul redoublement.

Cette appréciation doit rester distincte du bilan statistique récent. Les données de 2023-2024 montrent que de nombreuses écoles dépassent les résultats attendus pour leurs élèves défavorisés. Mais elles ne constituent pas une série permettant de mesurer l’évolution des inégalités depuis 2000. Des progrès dans la régularité des parcours peuvent donc coexister avec une influence persistante du milieu familial.

Les difficultés peuvent d’ailleurs apparaître bien avant les examens. Le 5 mai 2026, une étude sur les difficultés de lecture soulignait déjà le lien avec le niveau d’études des parents. Elle portait sur 6 513 élèves et repérait des fragilités dès la première année. Ce constat antérieur rappelle que l’égalité des chances se joue aussi dans les premiers apprentissages.

L’école portugaise enregistre des progrès réels dans les parcours sans redoublement et la réussite aux examens. Cependant, le milieu social et le territoire continuent de peser fortement. Le cumul entre vulnérabilité des élèves et pénurie d’enseignants reste le point le plus préoccupant: une amélioration nationale ne garantit pas que les enfants les plus exposés en bénéficient autant.


A lire aussi

×