Étudiants en médecine au Portugal: plus d’un sur trois envisage l’émigration

Étudiants en médecine au Portugal: plus d’un sur trois envisage l’émigration

Une enquête auprès d’environ 700 étudiants révèle des attentes fortes sur les horaires, les salaires et la carrière. Le service public conserve néanmoins un attrait, souvent dans le cadre d’un exercice partagé avec le privé.

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Parmi les étudiants en médecine au Portugal interrogés par leur association nationale, 36 % envisagent de partir à l’étranger. Les résultats diffusés le 28 octobre 2026 placent les horaires et les salaires au centre des attentes. Ils révèlent aussi un attachement au Service national de santé, mais souvent sans souhait d’y exercer exclusivement..

Ce que mesurent réellement les 36 %

L’Association nationale des étudiants en médecine, l’ANEM, a recueilli les réponses d’environ 700 étudiants des onze écoles médicales portugaises. Son étude, intitulée « Presente e Futuro I – A Visão dos Futuros Médicos », explore leurs attentes professionnelles. Les résultats diffusés le 28 octobre 2026 décrivent donc des projets de carrière, et non des départs déjà réalisés.

Si 36 % des répondants envisagent l’émigration, 29,4 % restent indécis et 34,8 % ne considèrent pas cette possibilité. Il faut conserver ces trois catégories distinctes. En particulier, les indécis ne constituent pas un groupe de futurs émigrants déclarés, et envisager un départ ne signifie pas avoir décidé de quitter le Portugal.

La présentation disponible ne précise toutefois ni les dates de collecte ni le mode de recrutement des participants. Elle ne permet donc pas d’établir la représentativité statistique de l’échantillon. Les pourcentages publiés totalisent aussi 100,2 %: sans détail supplémentaire sur leur calcul, mieux vaut les conserver séparément plutôt que construire un total présenté comme exact.

Les horaires arrivent devant la revalorisation salariale

La première priorité exprimée concerne le temps de travail. Ainsi, 49,8 % des répondants désignent les horaires, les heures supplémentaires et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle comme des changements urgents. La revalorisation salariale recueille 46,1 % des réponses. Ces résultats montrent que les attentes ne se réduisent pas au montant de la rémunération.

Ces deux pourcentages décrivent les améliorations jugées prioritaires pour la profession. Ils ne mesurent pas la proportion d’étudiants qui partiraient uniquement à cause des horaires ou uniquement pour leur salaire. De même, leur proximité ne permet pas d’affirmer qu’une hausse de rémunération compenserait automatiquement une organisation du travail jugée insatisfaisante.

Maria Fontão, présidente de l’ANEM, replace ces attentes dans les conditions de vie des jeunes en général. Selon elle, les futurs soignants partagent les aspirations de leur génération. La question posée dépasse donc l’attractivité d’un premier poste: elle concerne aussi la possibilité de construire une vie personnelle compatible avec la carrière médicale.

Le SNS conserve un attrait, mais pas forcément exclusif

Le Service national de santé, ou SNS, reste une perspective professionnelle pour les étudiants interrogés. Cependant, la majorité souhaite un exercice mixte, partagé entre les secteurs public et non public. Ce résultat nuance l’idée d’un rejet global du service public: vouloir diversifier son activité ne signifie pas nécessairement vouloir le quitter entièrement.

Les répondants perçoivent néanmoins plusieurs difficultés comme plus marquées dans le SNS que dans les secteurs privé ou social. Ils citent la charge de travail, la bureaucratie, le manque de temps avec les patients et les insuffisances matérielles ou technologiques. Il s’agit ici de leur appréciation des conditions d’exercice, pas d’un audit comparatif des établissements.

Pour Maria Fontão, l’attachement au SNS peut ainsi coexister avec une moindre attirance pour un engagement exclusif. L’enjeu ne consiste donc pas seulement à compter les médecins qui resteraient au Portugal. Il faut aussi comprendre quelle place ils souhaitent accorder au public dans leur activité, sans déduire de ces intentions un volume futur d’heures disponibles.

Une place disponible n’est pas toujours la spécialité souhaitée

Le choix de la spécialité constitue un autre point sensible. Selon la présidente de l’ANEM, certains jeunes médecins préfèrent renoncer à choisir lorsqu’ils n’obtiennent pas la spécialité souhaitée. Elle demande donc des incitations de différentes natures pour attirer des candidats vers les disciplines qui manquent de professionnels, plutôt qu’une réponse limitée au nombre de places.

Le fonctionnement officiel explique pourquoi les préférences ne suffisent pas à garantir une affectation. Pour la formation spécialisée de 2026, les candidats classent des combinaisons de spécialité et d’établissement. L’Administration centrale du système de santé, l’ACSS, attribue ensuite les places selon leur rang et leurs préférences. Un meilleur classement donne donc priorité sur un candidat moins bien placé.

En 2026, cette procédure se déroule en ligne, par groupes successifs de candidats. Toutefois, la rapidité de soumission ne procure aucun avantage: le classement reste déterminant. Cette organisation permet de distinguer deux difficultés différentes, parfois confondues: l’existence d’une place de formation et l’accès à une place correspondant au projet professionnel du candidat.

Un report de spécialisation ne signifie pas un départ à l’étranger

Un précédent officiel apporte un éclairage sur cette difficulté, sans mesurer l’émigration étudiante. Le 18 mars 2026, l’ACSS a publié une enquête concernant des médecins ayant différé leur entrée en formation spécialisée en 2025. Sur 507 personnes sollicitées après leur formation générale, 254 avaient fourni une réponse valide, soit environ la moitié.

Parmi ces répondants, 63 % citaient l’impossibilité d’obtenir la spécialité désirée comme motif du report. L’établissement d’affectation comptait également, tandis que les raisons économiques pesaient moins. Par ailleurs, 80,7 % envisageaient de repasser l’épreuve nationale d’accès afin d’améliorer leur classement et leurs chances d’intégrer la spécialité recherchée.

Les deux enquêtes portent donc sur des populations et des décisions différentes. L’ANEM interroge des étudiants sur leur avenir, notamment à l’étranger; l’ACSS examine un report de spécialisation chez des médecins. Leur rapprochement souligne l’importance du projet professionnel, mais il ne permet ni de calculer un taux de départ ni d’assimiler report et émigration.

Les préférences territoriales et hospitalières compliquent la répartition

L’étude de l’ANEM relève aussi une association entre l’école médicale fréquentée et la région où les étudiants souhaitent exercer. Ce lien invite à intégrer la géographie des formations dans la planification des effectifs. En revanche, il ne démontre pas qu’ouvrir des places d’études dans une région suffirait, à lui seul, à y fixer durablement des médecins.

Maria Fontão présente la cohésion territoriale comme une difficulté majeure. Selon elle, attirer des médecins vers l’intérieur exige aussi d’améliorer les conditions offertes aux habitants. Sa position élargit ainsi le débat au cadre de vie, au-delà du seul poste proposé. Toutefois, les résultats diffusés ne chiffrent pas les préférences pour chaque région.

Les répondants manifestent par ailleurs davantage d’intérêt pour l’hôpital que pour les soins primaires. La présidente de l’ANEM y voit une conséquence du faible investissement dans la prévention. Cette interprétation lui appartient: l’enquête décrit une préférence, mais les éléments publiés ne permettent pas d’établir à eux seuls pourquoi chaque étudiant privilégie un cadre d’exercice.

Former davantage ne répond pas à toutes les attentes

Pour l’ANEM, la planification doit dépasser le nombre d’étudiants admis chaque année en médecine. Elle doit aussi considérer leurs conditions futures de travail et leurs possibilités d’évolution. Les répondants expriment notamment des préoccupations concernant la reconnaissance professionnelle et la progression de carrière, en plus des rémunérations et de l’organisation du temps.

La bureaucratie occupe également une place importante dans leurs inquiétudes. Les étudiants la perçoivent comme un obstacle au travail clinique et au contact avec les malades. Ainsi, l’attractivité du métier dépend aussi du contenu quotidien de l’activité: les attentes portent sur la possibilité de soigner, et pas uniquement sur les conditions contractuelles.

Ces résultats ne constituent cependant ni un plan de recrutement ni l’annonce de nouvelles mesures publiques. Ils ne précisent pas quelles destinations attirent les étudiants, quand ils envisageraient de partir ou pour combien de temps. L’alerte concerne donc un risque de départ et des attentes professionnelles; son ampleur réelle nécessiterait un suivi des parcours après les études.

Les 36 % mesurent une possibilité envisagée, pas une vague de départs certaine. Mais les réponses adressent un signal précis: retenir les futurs médecins suppose de considérer leurs conditions d’exercice, leurs choix de spécialité et leur vie personnelle, autant que le nombre de diplômés formés.


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