Le bâtiment manque d’environ 90 000 travailleurs, selon le diagnostic présenté par SIC Notícias et Expresso.
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La crise du logement au Portugal se heurte à un obstacle concret: le manque de main-d’œuvre pour construire. Le 23 octobre 2026, SIC Notícias et Expresso font état d’environ 90 000 travailleurs manquants dans le secteur. Ce diagnostic intervient au lendemain d’un appel du gouverneur de la Banque du Portugal à augmenter l’offre, tandis que la mobilisation se poursuit.
Environ 90 000 travailleurs manquent dans la construction
Le constat présenté le 23 octobre par SIC Notícias et Expresso associe deux chiffres: environ 90 000 travailleurs manquent dans la construction. Par ailleurs, l’emploi du secteur reste inférieur de 30 % à son niveau de 2008. Cette comparaison mesure un recul des effectifs, et non une baisse équivalente du nombre de logements construits.
Ces indicateurs ne décrivent donc pas exactement la même chose. Le premier exprime une estimation des besoins de recrutement; le second compare l’emploi actuel à une référence historique. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de calculer combien d’appartements supplémentaires le Portugal pourrait livrer chaque année.
La pénurie pose néanmoins une limite concrète aux appels à accélérer les chantiers. À titre d’exemple hypothétique, un promoteur peut disposer d’un terrain et d’un financement sans trouver une équipe disponible. Dans cette situation, autoriser davantage de projets ne suffit pas: il faut aussi pouvoir organiser et exécuter les travaux.
Les grands travaux risquent de mobiliser les équipes disponibles
Le diagnostic présenté par Expresso souligne aussi la concurrence des grandes infrastructures pour les moyens du bâtiment. Il cite notamment l’aéroport, les ponts sur le Tage et le Douro, ainsi que les métros de Lisbonne et Porto. Selon cette analyse, ces opérations pourraient absorber la capacité disponible du secteur.
Il s’agit toutefois d’une alerte sur les capacités futures, pas d’un bilan de logements déjà empêchés. Le calendrier des opérations compte autant que leur taille. Si plusieurs grands chantiers réclament simultanément des équipes, la pression peut se renforcer; leur échelonnement peut, en revanche, modifier les besoins à un moment donné.
Dans cette perspective, le logement public ne contourne pas automatiquement le manque de travailleurs. Une municipalité doit, elle aussi, trouver des entreprises capables de réaliser son programme. Le financement et les autorisations constituent donc des conditions nécessaires, mais la disponibilité des professionnels reste une question distincte à résoudre.

La Banque du Portugal mise sur l’offre et le logement public
Le 22 octobre, Álvaro Santos Pereira a défendu une réponse centrée sur davantage de construction et de logement public. Lors d’un séminaire à Lisbonne, le gouverneur de la Banque du Portugal a aussi reconnu les difficultés de recrutement. Il a appelé à accélérer les autorisations et à réduire les obstacles administratifs.
Son raisonnement porte sur l’offre, c’est-à-dire les logements disponibles pour répondre aux besoins des ménages. Il distingue ainsi la production de maisons supplémentaires du développement d’un parc public. Selon lui, ce dernier reste nettement moins développé au Portugal que dans les pays de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques.
Cependant, le gouverneur n’a pas promis de correction rapide du marché. Il a rappelé que résorber un déséquilibre prend du temps, en évoquant notamment des expériences étrangères. Son intervention constitue une orientation économique et un appel au consensus national, non l’annonce d’un nouveau programme financé ou d’un calendrier de livraison.
Des logements livrés, mais aussi des objectifs jusqu’en 2030
Le gouvernement défend également l’augmentation du parc public. Le 30 septembre 2026, Luís Montenegro a remis les clés de logements sociaux à 32 familles d’Arcos de Valdevez. À cette occasion, il a présenté une stratégie combinant construction, réhabilitation et remise sur le marché de bâtiments inutilisés.
L’exécutif annonce plus de dix milliards d’euros pour les programmes en cours ou en développement. Les financements mobilisent notamment le Plan de relance et de résilience, le budget de l’État et des instruments municipaux. Il affiche aussi l’objectif de concrétiser, d’ici 2030, les 133 000 logements prévus dans les stratégies locales de l’habitat.
Ces annonces doivent néanmoins se lire selon leur état d’avancement: des clés remises correspondent à une réalisation, un objectif reste à atteindre. Le gouvernement prévoit notamment de reconvertir d’anciennes écoles et d’autres bâtiments publics inutilisés. Sa stratégie ne repose donc pas exclusivement sur des constructions neuves.
Lisbonne et Porto préparent de nouvelles manifestations le 24 octobre
Face à ces réponses de long terme, les mouvements pour le logement maintiennent la pression. De nouvelles manifestations sont prévues le samedi 24 octobre 2026: à Lisbonne, le départ est annoncé à 15 heures au Marquês de Pombal; à Porto, à 16 heures, Praça da Batalha.
La mobilisation actuelle a commencé à Porto le 10 octobre avant de s’étendre à Lisbonne. Dans la capitale, les organisateurs réclament notamment davantage de logements publics, des plafonds de loyers et un recul sur la réforme locative. Leurs demandes ne concernent donc pas seulement le nombre de maisons, mais aussi leurs conditions d’accès.
L’usage des logements constitue, en effet, un autre volet du débat. Une enquête menée entre 2015 et 2017 dans un secteur limité d’Alfama relevait une seule acquisition en résidence principale sur 150 appartements achetés. Ce résultat ancien et local ne décrit pas Lisbonne en 2026, mais illustre la différence entre transactions immobilières et installation d’habitants.
Le débat sur les sacrifices des jeunes accentue la tension politique
La crise a aussi pris une dimension générationnelle après les déclarations de Benjamim Pereira, le 22 octobre. À Vila Nova de Gaia, le président de l’Institut du logement et de la réhabilitation urbaine, l’IHRU, a questionné la disposition actuelle au sacrifice. Il a évoqué l’émigration de ses parents et grands-parents pour accéder à une maison.
Cependant, il a précisé ne pas demander aux jeunes d’émigrer et ne pas vouloir les critiquer. Il a présenté ses propos comme un appel à l’engagement collectif, en suggérant notamment les coopératives. Ces nuances distinguent sa position d’une consigne de départ à l’étranger, qu’il a explicitement écartée devant les journalistes.
Dans le même temps, la contestation reçoit des soutiens du monde culturel. CNN Portugal rapporte près de 900 signatures dans une lettre ouverte dénonçant des violences policières lors des protestations. Le chanteur Pedro Abrunhosa a également défendu les manifestants et affirmé que le logement ne devait pas devenir un luxe.
La réponse à la crise dépend désormais autant de la capacité réelle à construire que des choix concernant le logement public et l’accès au parc existant. Les manifestations du 24 octobre porteront cette urgence dans la rue, alors que les programmes annoncés s’inscrivent sur plusieurs années.
Sources utilisées
Sources de l’actualité
- A crise da habitação já não se resolve nesta geração (Sapo Notícias)
- Pedro Abrunhosa defende manifestações e diz que habitação não pode ser um luxo – CNN Portugal (CNN Portugal)
Sources complémentaires
- Manifestantes aprovam novos protestos para sábado em Lisboa e no Porto (RTP)
- Construção e habitação pública são solução para crise na habitação, diz Governador do Banco de Portugal (Diário de Notícias)
- Primeiro-Ministro reafirma a prioridade de aumentar a oferta de habitação em Portugal – XXV Governo Constitucional (Governo de Portugal)
- Lisbonne : un seul logement en habitation principale sur les 150 achetés à Alfama (Portugal en français)
