Le Portugal affiche un net rattrapage salarial depuis 2019, selon les projections européennes pour 2026. Mais la progression des horaires décalés et les dépenses de logement nuancent l’amélioration des conditions de vie.
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Les salaires au Portugal devraient terminer 2026 à 18,1 % au-dessus de leur niveau de 2019, inflation déduite. La moyenne européenne atteindrait seulement 1,4 %. Mais ce rattrapage s’accompagne d’un autre constat: les horaires atypiques ont progressé entre 2014 et 2023. Les données européennes, reprises le 22 octobre par Doutor Finanças, décrivent donc des évolutions contrastées, sur des périodes différentes.
Une hausse de pouvoir d’achat prévue, pas une augmentation individuelle
La progression attendue de 18,1 % concerne les salaires réels: elle tient donc déjà compte de l’inflation. Elle compare le niveau prévu pour 2026 à celui de 2019, avant la pandémie. Ce n’est ni une hausse annuelle, ni une augmentation garantie sur chaque fiche de paie.
Le Portugal se distingue ainsi nettement de la moyenne européenne, limitée à 1,4 % sur cette période. Seuls cinq pays affichent une progression supérieure: la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie, la Lituanie et la Croatie. En revanche, les projections placent encore la France et l’Italie sous leur niveau salarial réel de 2019.
Cependant, une croissance plus rapide ne signifie pas des rémunérations plus élevées en euros. Un pays peut connaître un fort rattrapage tout en conservant des salaires inférieurs à ceux de ses voisins. Ces pourcentages décrivent une évolution depuis un point de départ national, pas un classement des montants versés aux travailleurs.
Moins de bas salaires, selon un seuil propre à chaque pays
Le Portugal enregistre également une forte diminution de la proportion de salariés à bas salaire. Entre 2014 et 2022, cette part recule de 10,3 points de pourcentage, contre 1,7 point dans l’Union européenne. Cette amélioration concerne toutefois une période ancienne: elle ne mesure pas directement les changements intervenus en 2025 ou 2026.
Eurostat définit les bas salaires par un seuil relatif: deux tiers du salaire horaire brut médian national, ou moins. La médiane partage les salariés en deux groupes égaux, selon leur rémunération. L’enquête couvre principalement les entreprises comptant au moins dix salariés, dans les activités retenues, et exclut les apprentis de cet indicateur.
À titre d’exemple hypothétique, une médiane horaire de 12 euros placerait ce seuil à 8 euros. Mais un autre pays, avec une médiane différente, aurait un autre seuil. Une faible proportion de bas salaires peut donc coexister avec des rémunérations modestes: elle ne prouve pas que tous les budgets couvrent aisément les dépenses essentielles.
Le travail en soirée, la nuit et le week-end gagne du terrain
L’évolution des horaires présente un contraste marqué. Au Portugal, la proportion de travailleurs ayant des horaires atypiques augmente de 3,9 points entre 2014 et 2023. Cette catégorie recouvre notamment le travail fréquent en soirée, la nuit ou le week-end. Le chiffre ne signifie donc pas que les travailleurs effectuent 3,9 % d’heures supplémentaires.
La variation portugaise figure parmi les hausses mises en avant, avec celle du Luxembourg, à 3,1 points. À l’inverse, la Lituanie affiche une baisse de 19,5 points, les Pays-Bas de 13,6 points et la Slovaquie de 10,3 points. Cependant, ces écarts mesurent des trajectoires: ils ne donnent pas les proportions finales de travailleurs concernés.
Ces horaires peuvent compliquer le repos ou l’organisation familiale, sans rendre automatiquement un emploi précaire. Un salarié en contrat stable peut travailler le dimanche; un salarié aux horaires réguliers peut avoir un contrat temporaire. La Commission rappelle aussi que les services d’urgence, les transports et certaines activités commerciales nécessitent une continuité au-delà des heures de bureau.
Horaires décalés et semaines longues ne mesurent pas la même contrainte
L’heure à laquelle on travaille et la durée totale du travail constituent deux questions différentes. Une semaine peut rester courte tout en comprenant des nuits ou des dimanches. À l’inverse, des journées longues peuvent se dérouler uniquement en semaine. Il faut donc distinguer les horaires atypiques des semaines atteignant au moins 49 heures.
Dans l’Union européenne, la part des personnes travaillant 49 heures ou plus recule de 9,7 % en 2014 à 6,2 % en 2025, selon les données reprises par Doutor Finanças. Sur ces mêmes années, la part des horaires atypiques passe de 38,6 % à 32,6 %. La tendance européenne va donc vers une réduction de ces contraintes.
Un exemple sectoriel souligne toutefois les écarts persistants: dans l’éducation portugaise, 8 % des travailleurs effectuent au moins 49 heures hebdomadaires. La moyenne européenne du secteur atteint 3,6 %. L’indicateur porte sur l’ensemble des heures travaillées, et non uniquement sur le temps en classe. Il ne permet donc pas de déduire une durée d’enseignement devant les élèves.
Le logement et l’énergie limitent l’amélioration ressentie
La hausse des salaires réels n’efface pas les difficultés liées au logement. Doutor Finanças relève une augmentation d’environ 130 % des prix nominaux des logements à Lisbonne depuis 2013. Mais cette série commence six ans avant la comparaison salariale. Soustraire les deux hausses pour calculer une perte de pouvoir d’achat serait donc trompeur.
Les loyers à Porto illustrent une autre pression, avec un indicateur distinct. Le bilan publié le 13 octobre 2026 indique que les prix demandés dans les annonces ont augmenté de 76,4 % depuis septembre 2021. Cependant, ils reculent de 4,4 % entre septembre 2025 et septembre 2026. Ces données ne décrivent pas l’évolution de chaque bail existant.
L’énergie révèle également des difficultés persistantes. En 2025, plus de 15 % de la population portugaise ne pouvait pas chauffer correctement son logement pour des raisons financières, contre 8,8 % dans l’Union. Cet indicateur concerne toute la population, pas seulement les salariés. Il ne contredit donc pas mécaniquement la progression moyenne des salaires réels.
Le revenu du ménage et la qualité de l’emploi restent deux enjeux distincts
Le salaire ne détermine pas, à lui seul, le niveau de vie du ménage. Les impôts et les prestations sociales modifient aussi les ressources disponibles. Dans une simulation présentée par la Commission, le système portugais réduit de cinq points de pourcentage le risque de pauvreté parmi les personnes qui travaillent, selon la synthèse de Doutor Finanças.
Il s’agit toutefois d’un résultat de modélisation, pas d’une baisse observée sur une année. Ce calcul estime l’effet du système fiscal et social analysé. Il ne signifie ni que chaque travailleur reçoit une aide, ni que son revenu augmente de 5 %. Il rappelle surtout la différence entre rémunération professionnelle et ressources finales du foyer.
Enfin, les chiffres disponibles n’établissent pas un lien de cause à effet entre hausse salariale et horaires décalés. Les périodes diffèrent, et les données ne suivent pas nécessairement les mêmes personnes. Rien ne permet donc d’affirmer que les travailleurs ont obtenu leur augmentation en échange de nuits ou de week-ends supplémentaires.
Le rattrapage salarial portugais constitue une amélioration réelle attendue, mais il ne résume pas la qualité des emplois. Pour mesurer ses effets concrets, les horaires et les dépenses comptent aussi. Les prochaines données devront confirmer la projection pour 2026 et préciser l’évolution récente des contraintes de travail.
Sources utilisées
Sources de l’actualité
Sources complémentaires
