À Lisbonne et Porto, les campements pour le logement refusent de céder la place à Noël

Les manifestants refusent de déplacer leurs rassemblements pour les animations de Noël. À Lisbonne, la proposition d’une tente symbolique au Rossio n’a pas débloqué le dialogue.

Par , le choisir comme source d’info préférée

Les campements pour le logement de Lisbonne et Porto refusent de quitter leurs places pour les événements de Noël. Les assemblées du jeudi 5 novembre 2026 ont confirmé cette opposition. Au Rossio, Carlos Moedas propose une tente symbolique et trois lieux alternatifs; place D. João I, les militants rejettent également un départ.

À Porto, un refus de départ face à un programme encore imprécis

À Porto, l’assemblée populaire réunie le jeudi 5 novembre a refusé de quitter la place D. João I. Le mouvement y a lancé sa mobilisation le 10 octobre. Son porte-parole, Henrique Teixeira, confirme que la municipalité a évoqué des événements de Noël dans un courriel invitant les organisateurs à une réunion.

Cependant, le contenu décrit par Henrique Teixeira reste peu détaillé. Le message municipal mentionne des animations de Noël, sans préciser leur configuration. Le porte-parole rappelle que la place a déjà accueilli différents équipements saisonniers, notamment des marchés. Cette référence aux années précédentes ne constitue toutefois pas un programme confirmé pour novembre et décembre 2026.

La distinction compte pour comprendre le désaccord. Les militants refusent de libérer leur lieu de rassemblement pour des installations festives, mais les modalités municipales restent à préciser. Le récit de la réunion ne permet donc d’annoncer ni une date de départ imposée, ni une évacuation programmée, ni les dimensions du marché envisagé.

Au Rossio, une tente symbolique et trois possibilités de déplacement

À Lisbonne, la proposition municipale est plus précise. Le cabinet de Carlos Moedas, maire issu du PSD, l’a présentée le 5 novembre à Renata Cambra. Elle permettrait de conserver une seule tente symbolique au Rossio pendant le marché de Noël, dont l’ouverture est annoncée pour le 13 novembre 2026.

Le reste du rassemblement devrait alors rejoindre l’un des trois lieux proposés: le Largo de São Domingos, Martim Moniz ou les Restauradores. La mairie présente cette formule comme un compromis entre la poursuite de la protestation et la tenue du marché traditionnel. Elle ne demande donc pas, dans cette proposition, l’arrêt de toute mobilisation.

Mais ce compromis modifierait nettement la présence du mouvement sur la place. Une tente maintiendrait un signe visible de la contestation, tandis que l’essentiel du rassemblement se tiendrait ailleurs. La proposition sépare ainsi la représentation symbolique au Rossio du fonctionnement collectif du campement, installé dans cette mobilisation depuis le 17 octobre.

L’échéance approche: le 6 novembre, une semaine sépare encore les discussions de l’ouverture annoncée du marché. Toutefois, la date du 13 novembre concerne l’événement festif. Elle ne constitue pas, à elle seule, l’annonce d’une opération policière ou la preuve d’un accord avec les occupants.

Vue nocturne d’une grande place pavée, avec une colonne au centre, des bâtiments éclairés et des personnes rassemblées.
tentes à Lisbonne

Les manifestants lisboètes refusent de dissocier le symbole du campement

La réponse du mouvement lisboète reste négative. Selon le compte rendu de CNN Portugal, un texte réaffirmant le maintien au Rossio a reçu les applaudissements de la grande majorité des centaines de participants présents jeudi soir. Le groupe de travail chargé des relations avec la municipalité avait auparavant approuvé cette réponse.

Le désaccord ne porte donc pas uniquement sur la possibilité de continuer à manifester dans Lisbonne. Il concerne aussi le lieu et la forme de cette présence. La mairie défend une répartition entre plusieurs espaces; le mouvement réaffirme, lui, son choix du Rossio. Aucune acceptation collective des trois emplacements proposés ne ressort de cette réunion.

Les participants ont également défini les thèmes qu’ils souhaitent aborder lors d’une rencontre avec le président de la République. Ils citent la législation locative, le plafonnement des loyers et la spéculation immobilière. Ils veulent aussi dénoncer ce qu’ils présentent comme une persécution politique des immigrés participant aux protestations; cette qualification appartient au mouvement.

Une mobilisation commencée en octobre, entre reprises et volonté de durer

La mobilisation actuelle a commencé à Porto le 10 octobre 2026, avant de gagner Lisbonne le 17 octobre. Cependant, cette chronologie ne signifie pas que les mêmes tentes sont restées continuellement en place. Dès octobre, le mouvement a connu des retraits, des reprises et des assemblées décidant de poursuivre l’occupation.

Le 19 octobre, les organisateurs de Porto avaient annoncé un préavis prolongé jusqu’au 31 décembre 2026. Cette étape de la mobilisation pour le logement exprimait leur volonté de durer. Elle ne garantissait toutefois ni une présence ininterrompue jusqu’à cette échéance, ni l’absence de nouvelle intervention des autorités.

La pluie constitue désormais une difficulté matérielle supplémentaire. Interrogé sur un possible essoufflement, Henrique Teixeira assure néanmoins que la résistance restera pacifique et organisée. Il rapproche les conditions du campement de celles des personnes sans abri, qui continueront de dormir dehors. Il s’agit d’un argument du porte-parole, pas d’une prévision sur la fréquentation future.

Derrière les tentes, neuf demandes sur les loyers et l’offre de logements

Le conflit sur les places publiques ne remplace pas les demandes concernant le logement. À Porto, le programme est passé de six à neuf revendications après des contributions des collectifs Habitação Hoje et Chão das Lutas. Ces propositions visent simultanément les loyers, les expulsions, le patrimoine vacant et les investissements immobiliers.

Le mouvement réclame de revenir sur la législation locative, d’empêcher les expulsions et démolitions sans logement alternatif et de plafonner les loyers selon les revenus réels. Ces demandes portent sur les conditions d’accès ou de maintien dans un logement. Elles ne correspondent toutefois pas à des mesures adoptées dans le cadre des échanges municipaux.

Sur l’offre, les militants demandent davantage de logements publics à loyer aidé, la récupération publique d’immeubles vacants et des mécanismes poussant à louer les logements vides. Le choix du loyer aidé remplace explicitement la précédente référence au loyer accessible. Cette modification précise l’orientation sociale revendiquée, sans fixer dans ce texte un barème ou un financement.

Enfin, le programme demande de freiner les acquisitions par les fonds immobiliers et de supprimer les avantages fiscaux favorisant la spéculation. Il réclame aussi l’interdiction et le retrait des licences d’Alojamento Local dans les immeubles d’habitation. Il faut donc distinguer ces revendications nationales du désaccord immédiat avec les mairies sur les installations de Noël.

Le droit de manifester et la présence des tentes restent deux questions distinctes

Le cadre juridique distingue plusieurs questions. L’article 45 de la Constitution portugaise protège les réunions pacifiques et sans armes, y compris dans les lieux ouverts au public, sans autorisation préalable. Cette garantie concerne le droit de réunion et de manifestation; elle ne tranche pas expressément les conditions d’installation durable d’un campement.

De son côté, le décret-loi du 29 août 1974 comporte une limite horaire à 0 h 30. Son article 11 prévoit certaines exceptions pour des rassemblements en lieux fermés. Selon le récit de Lusa, le ministère public a demandé au Tribunal constitutionnel d’examiner la constitutionnalité de cette règle dans le contexte des campements.

Cette demande de contrôle ne constitue pas une décision d’inconstitutionnalité. Par ailleurs, l’article 272 de la Constitution impose que les mesures policières restent strictement nécessaires. Le fondement juridique d’une dispersion et la proportionnalité des moyens employés appellent donc des examens distincts, sans que la programmation d’un marché suffise à résoudre ces questions.

Au 6 novembre 2026, aucun accord de déplacement ne se dégage des positions annoncées. À Lisbonne, l’ouverture du marché prévue le 13 novembre rapproche l’échéance des discussions. À Porto, les militants maintiennent leur refus, tandis que les modalités des animations de Noël restent à préciser.


A lire aussi