Accès aux soins au Portugal: trois personnes sur dix déclarent des retards

Accès aux soins au Portugal: trois personnes sur dix déclarent des retards

Une étude de l’Ordre des médecins révèle des obstacles persistants aux rendez-vous et au suivi. Les personnes ayant les besoins les plus élevés rencontrent aussi davantage de difficultés à rester accompagnées.

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L’accès aux soins au Portugal reste marqué par des retards: 29,9 % des personnes interrogées disent ne pas avoir reçu les soins nécessaires dans un délai adéquat. L’étude, rendue publique le 5 novembre 2026, révèle surtout un déséquilibre: les personnes les plus malades peinent davantage à maintenir un suivi continu.

Une enquête menée en 2025, rendue publique en novembre 2026

L’enquête repose sur 700 entretiens téléphoniques réalisés entre septembre et novembre 2025 auprès d’adultes de tout le pays. Ses résultats, diffusés le 5 novembre 2026, décrivent donc des expériences recueillies environ un an auparavant. L’échantillon est présenté comme représentatif et stratifié par région, afin de tenir compte de la répartition territoriale de la population.

L’Ordre des médecins a promu cette recherche, intitulée « Retrato da Saúde em Portugal no Pós-Pandemia: Perceções, acesso aos cuidados ». L’Institut d’hygiène et de médecine tropicale de l’université NOVA de Lisbonne l’a réalisée. Tiago Correia en assure la coordination, dans le cadre du Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé consacré aux politiques et à la planification des personnels de santé.

Le chiffre de 29,9 % correspond à une déclaration des répondants: ils estiment ne pas avoir reçu les soins dans un délai adéquat. Ils invoquent des difficultés de prise de rendez-vous ou des listes d’attente. Cependant, ce résultat ne mesure ni un délai moyen national ni la proportion de dossiers dépassant une échéance légale.

Près de la moitié des répondants dans le profil vulnérable

Le constat le plus préoccupant concerne le profil qualifié de « vulnérable », qui représente 48 % des personnes interrogées. Ces répondants déclarent une santé moins bonne et une charge de maladie plus importante. Ce groupe rassemble aussi des personnes plus âgées, avec des besoins de soins élevés et davantage de difficultés à conserver un accompagnement continu.

À l’inverse, 18 % des participants appartiennent au profil des « intégrés ». Leur santé perçue se situe à un niveau intermédiaire, mais ils accèdent plus facilement aux services. Ils les utilisent régulièrement, bénéficient d’un suivi plus continu et déclarent de meilleures pratiques préventives. Ainsi, le groupe le mieux accompagné n’est pas celui qui se considère en meilleure santé.

Les 34 % restants constituent le profil des « épisodiques ». Plus jeunes et se considérant en meilleure santé, ils utilisent moins les services. Cependant, leur suivi reste peu continu et leurs pratiques préventives irrégulières. Ces trois catégories combinent donc besoins, recours aux soins et prévention; elles ne correspondent pas simplement à trois niveaux de revenus.

Consulter davantage ne garantit pas un accompagnement continu

Le paradoxe souligné par Tiago Correia tient à la différence entre fréquence des consultations et continuité du suivi. Les personnes vulnérables sollicitent davantage les services parce qu’elles en ont besoin. Pourtant, elles rencontrent plus de difficultés à poursuivre leur parcours de soins. Consulter souvent ne signifie donc pas nécessairement bénéficier d’un accompagnement régulier et adapté.

Prenons un exemple hypothétique: une personne obtient une consultation, mais peine ensuite à programmer un examen ou le rendez-vous suivant. Elle a bien accédé au système, sans disposer pour autant d’un parcours continu. Cet exemple illustre la distinction entre une réponse ponctuelle et un accompagnement dans la durée, sans décrire un cas individuel de l’enquête.

Cette distinction conduit à regarder au-delà du nombre de consultations réalisées. Pour apprécier la réponse aux besoins, il faut aussi examiner la possibilité de poursuivre les soins nécessaires. Toutefois, les résultats présentés ne permettent pas de chiffrer les conséquences médicales des interruptions, ni d’attribuer chaque difficulté à un établissement ou à une cause précise.

Public et privé: des perceptions différentes, pas un classement des soins

Les appréciations concernant le Service national de santé, le SNS, apparaissent très partagées. Ainsi, 40 % des répondants jugent facile ou très facile l’accès aux services dans leur zone de résidence. En revanche, 36,3 % le trouvent difficile ou très difficile. Le résultat national rassemble donc des expériences sensiblement différentes, plutôt qu’une difficulté vécue uniformément.

L’appréciation du secteur privé est plus favorable: 63,5 % considèrent son accès comme facile ou très facile. À l’opposé, 11,4 % le décrivent comme difficile ou très difficile. Ces écarts documentent une perception de l’accessibilité. Cependant, ils ne constituent pas une comparaison directe de la qualité des soins ou de l’efficacité des deux secteurs.

En effet, de nombreux usagers fréquentent à la fois les services publics et privés. Les pourcentages ne décrivent donc pas deux populations entièrement séparées, suivies dans des conditions identiques. Ils ne permettent pas davantage de conclure que le privé pourrait répondre aux besoins de toutes les personnes rencontrant actuellement des obstacles dans le SNS.

Le coût provoque aussi des renoncements aux soins

Les obstacles ne concernent pas seulement les rendez-vous disponibles. Dans l’enquête, 6,7 % des répondants déclarent avoir renoncé à des consultations, examens ou traitements pour des raisons financières. Par ailleurs, 4,4 % indiquent ne pas avoir acheté des médicaments prescrits en raison de leur coût. Ces résultats décrivent deux formes distinctes de renoncement aux soins.

Il ne faut pas additionner ces proportions à celle des personnes signalant des retards. Une même personne peut rencontrer plusieurs obstacles, et les catégories ne sont pas présentées comme exclusives. En outre, le résultat sur les médicaments concerne un achat non réalisé, tandis que les 29,9 % portent sur un délai jugé inadéquat.

Pour Tiago Correia, l’enjeu consiste aussi à comprendre comment ces difficultés se répartissent entre les groupes de population. Une proportion minoritaire à l’échelle nationale peut masquer une concentration des obstacles. Cependant, les éléments présentés ne donnent pas de ventilation détaillée par revenu, territoire ou profil permettant de mesurer précisément cette concentration.

Les listes d’attente officielles donnent un autre éclairage

Un suivi administratif distinct confirme l’importance des délais, sans mesurer exactement la même chose que l’enquête. Le 2 novembre 2026, l’Entidade Reguladora da Saúde, l’autorité de régulation sanitaire, a publié son bilan semestriel. Au 30 juin, 1 223 110 usagers attendaient une première consultation hospitalière et 282 793 une opération.

Parmi les premières consultations réalisées et analysées hors oncologie et cardiologie, 49,7 % dépassaient le délai maximal applicable. Pour les usagers encore en attente dans ces spécialités, cette proportion atteignait 59,8 %. Ces indicateurs distinguent donc les actes déjà effectués des demandes toujours en attente; ils ne doivent pas être confondus avec les 29,9 % de l’enquête.

L’ERS signale toutefois une rupture méthodologique: de nouvelles règles sont entrées en vigueur le 2 avril 2026. Leur application modifie l’évaluation du respect des délais selon les dates et priorités cliniques. Le régulateur n’a donc pas effectué ses comparaisons habituelles avec l’année précédente. Ce bilan ne suffit pas, à lui seul, à quantifier une aggravation annuelle.

Quels délais s’appliquent réellement à une demande de soins

Les délais maximaux de réponse garantis, appelés TMRG au Portugal, encadrent l’accès à différents soins programmés. Selon l’ERS, ils visent une prise en charge dans un temps cliniquement acceptable. Le délai applicable dépend du type de soin et, lorsque cela s’applique, de la priorité clinique attribuée à la demande.

Cependant, tous les actes ne disposent pas d’un TMRG spécifique. L’ERS distingue notamment les premières consultations hospitalières des consultations de suivi, qui n’ont pas de délai propre défini dans ce cadre. Les urgences et situations d’urgence vitale obéissent aussi à des règles distinctes. L’absence de dépassement statistique ne décrit donc pas toute l’expérience d’un patient.

Pour connaître le délai correspondant à une demande, l’usager peut interroger l’établissement sur sa priorité clinique et l’échéance applicable. Il peut également consulter les informations disponibles dans son espace personnel SNS24 ou demander des éclaircissements au régulateur. La fiche de l’ERS sur les TMRG détaille les catégories concernées et leurs conditions.

Adapter les réponses aux besoins plutôt qu’à une moyenne nationale

La principale recommandation de Tiago Correia consiste à partir davantage de la réalité sociale des territoires. Selon lui, les politiques doivent tenir compte de leur composition sociodémographique, car les besoins diffèrent entre populations. Cela suppose de ne pas traiter comme identiques le besoin d’un suivi régulier et un recours plus occasionnel aux services.

Les trois profils identifiés invitent ainsi à différencier les réponses. Le groupe vulnérable cumule maladie et difficultés de continuité, tandis que les épisodiques présentent notamment une prévention irrégulière. Toutefois, cette classification ne constitue pas un programme gouvernemental: les résultats présentés ne détaillent ni financement supplémentaire, ni calendrier de mesures, ni objectifs territoriaux de réduction des obstacles.

Le chercheur appelle également à ne pas minimiser le sentiment de ne pas recevoir les soins nécessaires. Il estime que cette expérience peut nourrir la défiance et l’insatisfaction. L’enjeu dépasse donc la disponibilité d’un premier rendez-vous: il concerne aussi la confiance dans la capacité du système à accompagner les personnes selon leurs besoins.

Les 29,9 % de répondants signalant des soins trop tardifs révèlent un problème d’accès, mais aussi de parcours. Le constat central reste le décalage entre besoins élevés et difficulté à maintenir un suivi. La réponse devra donc se mesurer autant à la continuité de l’accompagnement qu’à la disponibilité des rendez-vous.


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