28 mai 1926: comment le coup d’État militaire a ouvert 48 ans de dictature au Portugal

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Il y a cent ans, un soulèvement militaire parti de Braga a renversé la Première République portugaise. L’épisode a d’abord installé une dictature militaire, avant de conduire à l’Estado Novo de Salazar.


Le 28 mai 1926, une partie de l’armée portugaise se soulève contre la Première République. Le mouvement, lancé depuis Braga et rapidement étendu au reste du pays, met fin au régime parlementaire né en 1910 et ouvre une séquence autoritaire qui ne s’achèvera qu’avec la Révolution des Œillets, le 25 avril 1974.

Un coup d’État né dans un climat de crise politique

Le Portugal de 1926 sortait de quinze années de Première République marquées par une forte instabilité gouvernementale, des tensions sociales, des difficultés économiques et une défiance croissante envers le système parlementaire. Dans ce contexte, le soulèvement du 28 mai a été présenté par ses partisans comme une opération de « rétablissement de l’ordre ». Le mouvement militaire démarre à Braga, sous l’impulsion du général Manuel Gomes da Costa. La révolte gagne ensuite d’autres garnisons et se dirige vers Lisbonne. Le pouvoir républicain, fragilisé, ne parvient pas à organiser une résistance durable. Le président Bernardino Machado quitte ses fonctions et le régime parlementaire est renversé.

De la dictature militaire à l’Estado Novo

Le 28 mai 1926 n’installe pas immédiatement l’Estado Novo tel qu’il sera connu sous António de Oliveira Salazar. La première étape est une dictature militaire, traversée elle-même par des rivalités internes entre officiers. Gomes da Costa, Mendes Cabeçadas puis Óscar Carmona figurent parmi les acteurs centraux de cette transition autoritaire. Salazar entre dans cette séquence par la question financière. Professeur d’économie à Coimbra, il est appelé une première fois au gouvernement en 1926, puis revient en 1928 comme ministre des Finances. Son influence grandit rapidement: il devient président du Conseil en 1932. La Constitution de 1933 donne ensuite une architecture institutionnelle à l’Estado Novo, régime autoritaire, corporatiste, nationaliste et anticommuniste.

Pourquoi le 28 mai reste une date charnière

La date est souvent moins connue à l’étranger que le 25 avril 1974, mais elle en est le point de départ historique inverse. Le 28 mai 1926 ouvre une période de 48 ans pendant laquelle les libertés politiques sont progressivement limitées, l’opposition est surveillée ou réprimée, la censure s’installe et la police politique devient un instrument central du régime. Le régime issu de cette dynamique ne se résume pas à un changement de gouvernement. Il transforme durablement l’État portugais, ses institutions, ses rapports avec la presse, l’école, les syndicats, l’Église, les colonies et l’armée. C’est cette continuité autoritaire, de 1926 à 1974, qui fait du 28 mai une rupture majeure de l’histoire contemporaine portugaise.

Un centenaire aussi lié à la mémoire de la presse

Le centenaire remet également en lumière le rôle de l’information dans les moments de bascule politique. À Braga, ville associée au départ du soulèvement, des travaux et initiatives s’intéressent notamment à la relation entre le 28 mai et la transformation de la presse en 1926. Ce point est essentiel pour comprendre la suite: la dictature ne s’est pas seulement imposée par l’armée et les institutions, mais aussi par le contrôle progressif de l’espace public. La censure deviendra l’un des marqueurs de l’Estado Novo. Journaux, livres, théâtre, radio puis télévision seront soumis à des mécanismes de surveillance. Le souvenir du 28 mai renvoie donc aussi à la manière dont un régime autoritaire construit son pouvoir en limitant la circulation des idées.


Le 28 mai 1926 n’est pas seulement l’anniversaire d’un coup d’État militaire: c’est le début d’un basculement politique qui a structuré près d’un demi-siècle de vie portugaise. Comprendre cette date permet aussi de mesurer la portée du 25 avril 1974, moment où le pays a refermé cette longue parenthèse autoritaire.


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