Manifestations pour le logement: des milliers de personnes reviennent après les évacuations à Lisbonne et Porto

tentes à Porto

Les évacuations du 20 octobre n’ont pas arrêté la contestation. Des milliers de personnes ont de nouveau réclamé des logements accessibles, tandis qu’une assemblée au Rossio a annoncé le retour des tentes.

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Des milliers de personnes ont participé aux manifestations pour le logement mardi 20 octobre 2026, après le démantèlement des campements. À Lisbonne, la foule a de nouveau rempli le Rossio. À Porto, plus d’un millier de participants ont marché vers la mairie, tandis que d’autres rassemblements se tenaient dans le pays..

Au Rossio, un vote pour remettre les tentes

Au Rossio, la soirée du 20 octobre a mêlé prises de parole, pancartes et musique. Ana Moura, Nenny, Tim et Vitorino ont accompagné cette quatrième nuit de mobilisation lisboète. Cependant, le soutien des artistes n’a pas effacé les critiques contre l’intervention policière survenue quelques heures auparavant.

À 20 h 38, les participants réunis en assemblée populaire ont voté à main levée. Leur décision prévoit de réinstaller les tentes mercredi 21 octobre au soir. Il s’agit donc d’une reprise annoncée du campement, et non d’une réinstallation déjà constatée dans le bilan publié pendant la nuit.

Priscila Valadão, l’une des porte-parole, affirme que la poursuite du campement dépendra des décisions de l’assemblée. Elle défend le maintien de la pression tant que le gouvernement n’écoute pas les manifestants. Ce fonctionnement collectif laisse ainsi les prochaines étapes ouvertes, plutôt qu’il ne fixe une date de fin.

De Porto à Faro, la mobilisation dépasse les campements

À Porto, plus d’un millier de personnes ont rejoint la place D. João I mardi soir. Après un concert de Clã, les participants ont marché vers l’hôtel de ville. La mobilisation a donc changé de forme après le démontage du campement, sans disparaître de l’espace public.


La contestation a aussi gagné d’autres villes. À Coimbra, plus de 400 personnes se sont rassemblées place du 8-Mai, près de la mairie. Environ 100 participants ont manifesté à Évora, tandis qu’une soixantaine de personnes se sont réunies à Faro contre les prix du logement et en solidarité avec les campements.

Ces chiffres décrivent des rassemblements locaux, et non un décompte national consolidé. Ils montrent néanmoins que la soirée ne se résume pas aux deux principales villes. En revanche, ils ne permettent pas d’établir une organisation commune ni un calendrier identique pour toutes les mobilisations.

Vue de l’avenue des Aliados, avec une sculpture au premier plan et un grand bâtiment au fond.

Depuis le 10 octobre, des occupations interrompues puis reprises

La séquence actuelle commence le 10 octobre 2026 à Porto, avec environ 1 500 manifestants place D. João I. Des participants passent ensuite la nuit sous tente. Mais les interventions policières, les départs et les reprises d’occupation rendent trompeuse l’image d’un campement resté inchangé pendant onze jours.

Dans la nuit du 14 au 15 octobre, une intervention policière à Porto provoque une vive controverse. Le mouvement dénonce des violences et plusieurs dizaines de blessés. Les tentes reviennent ensuite le samedi 17 octobre, jour où un campement s’installe également au Rossio, à Lisbonne.

Le démantèlement du 20 octobre constitue donc un nouvel épisode. À Lisbonne, RTP rapporte le retrait de 228 tentes et 55 interpellations. À Porto, les occupants démontent eux-mêmes leur installation après un ultimatum policier. Le précédent bilan des évacuations distinguait déjà ces deux déroulements, qu’il ne faut pas confondre.

Chambres coûteuses et autonomie retardée: les raisons de manifester

Derrière les tentes, les témoignages décrivent surtout une difficulté à construire une vie autonome. Au Rossio, Rui et Cristina expliquent être propriétaires et vivre confortablement. Pourtant, ils manifestent notamment pour leur fils récemment diplômé. Leur présence montre que la mobilisation rassemble aussi des personnes qui ne cherchent pas elles-mêmes un logement.

Rui cite des chambres proposées à 500 euros dans l’immeuble où il possède un commerce. Il rapproche ce montant des revenus modestes de jeunes diplômés. Ce témoignage donne un exemple concret de la pression ressentie, mais il ne constitue pas un loyer moyen représentatif de Lisbonne.

Mafalda, étudiante vivant en chambre, évoque pour sa part son souhait d’avoir un logement et de fonder une famille. Elle ne prévoit pas de camper, mais compte revenir régulièrement. Par ailleurs, les témoignages recueillis par CNN Portugal décrivent la peur de signaler des problèmes aux propriétaires, faute d’alternative jugée acceptable.

Des revendications sur les loyers, le parc public et les logements vacants

Les demandes dépassent le maintien des tentes. Le bilan du 20 octobre recensait notamment des plafonds de loyers, davantage de logements publics et la remise en habitation d’immeubles vacants. Les participants réclament également l’arrêt des expulsions sans relogement et contestent la réforme locative. Ces revendications restent distinctes de mesures effectivement adoptées.

La question de l’usage des logements possède aussi un précédent documenté à Lisbonne. Une enquête menée entre 2015 et 2017 dans un secteur d’Alfama suivait 150 appartements achetés. Un seul avait été acquis comme résidence principale, selon les résultats présentés dans notre archive consacrée à Alfama.

Cette observation ancienne concernait un périmètre précis, et non toute la capitale. Elle ne décrit donc pas le marché de 2026. Elle éclaire cependant une distinction centrale dans les revendications: posséder ou échanger des biens immobiliers ne signifie pas nécessairement les rendre disponibles pour une habitation permanente.

Manifester, camper et évacuer: trois questions juridiques différentes

L’article 45 de la Constitution garantit les réunions pacifiques et sans armes, sans autorisation préalable. L’article 65 reconnaît, lui, le droit à un logement adapté, salubre et respectueux de la vie privée. Il confie aussi à l’État des responsabilités en matière de politique du logement.

Cependant, le droit de manifester ne règle pas à lui seul les conditions d’un campement permanent. Le décret-loi du 29 août 1974 prévoit un préavis écrit d’au moins deux jours ouvrables. Son article 11 fixe généralement la fin des rassemblements à 0 h 30, avec certaines exceptions en lieux fermés.

La proportionnalité de l’intervention constitue encore une question distincte. Selon l’article 272 de la Constitution, les mesures policières ne doivent pas dépasser le strict nécessaire. Ainsi, invoquer une irrégularité du campement ne suffit pas à trancher les accusations concernant les moyens employés pour l’évacuer.

Réactions politiques et procédures judiciaires restent à distinguer

Le maire de Lisbonne, Carlos Moedas, défend l’intervention policière, qu’il juge proportionnée. Il considère la cause du logement comme juste, mais condamne les dégradations qu’il attribue au rassemblement. Il cite notamment la statue de Dom Pedro IV au Rossio. Cette appréciation politique ne constitue pas une conclusion judiciaire sur les opérations.

De son côté, André Ventura affirme que des militants d’extrême gauche ont infiltré les manifestations et provoqué les policiers. Le président du Chega critique également le PS et le gouvernement sur le coût de la vie. Ses accusations d’infiltration restent des déclarations partisanes, pas des faits établis par les éléments disponibles.

Les 55 personnes interpellées à Lisbonne pour désobéissance ont toutes retrouvé la liberté, selon le bilan nocturne de Lusa. Leur audition devant un juge était annoncée pour le 21 octobre. À ce stade, ce bilan ne fournit ni décision judiciaire ni issue des procédures individuelles; il ne faut donc pas présenter les interpellations comme des condamnations.

Le retour annoncé des tentes au Rossio marque la prochaine étape de la mobilisation. Mais deux questions restent ouvertes: les suites judiciaires des interpellations et les réponses concrètes aux demandes de logements accessibles.


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