IA dans les écoles portugaises: des orientations, mais pas de règles contraignantes

IA dans les écoles portugaises: des orientations, mais pas de règles contraignantes

Le gouvernement portugais privilégie des recommandations pédagogiques plutôt que des règles contraignantes. Une consultation publique doit préciser leur contenu avant l’envoi d’une version finale aux établissements début 2027.

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Les nouvelles orientations sur l’IA dans les écoles portugaises ne seront pas contraignantes, a confirmé Fernando Alexandre le 16 octobre 2026. Le ministre de l’Éducation, de la Science et de l’Innovation défend un accompagnement adaptable. Il veut aider les écoles à utiliser ces outils sans perdre de vue leurs risques ni leur intérêt pédagogique.

Pourquoi le gouvernement écarte un cadre obligatoire

Fernando Alexandre a précisé la position du gouvernement à Tianjin, en Chine, le 16 octobre 2026. Il s’exprimait auprès de Lusa, en marge d’une conférence mondiale sur l’enseignement professionnel et technique. Selon lui, les orientations doivent aider les enseignants à exploiter les possibilités de l’IA, tout en tenant compte de risques évolutifs.

Le choix d’un cadre non contraignant répond notamment à la rapidité des changements technologiques. Le ministre insiste ainsi sur la capacité d’adaptation aux nouvelles applications et aux usages émergents. L’objectif annoncé reste pédagogique: améliorer les apprentissages, plutôt que faire entrer de nouveaux outils dans les classes pour leur seule nouveauté.

Cette annonce ne correspond donc ni à une interdiction générale ni à une obligation d’utiliser l’intelligence artificielle. Elle ne présente pas davantage un nouveau régime national de sanctions scolaires. Le gouvernement entend accompagner les décisions pédagogiques; il ne promet pas une solution identique pour chaque matière, chaque activité ou chaque âge.

Une consultation ouverte avant une version finale en janvier

La consultation publique a commencé le 15 octobre 2026, pour une durée annoncée de trente jours. L’Institut de l’éducation, de la qualité et de l’évaluation, ou EduQA, en assure la publication. Le dispositif vise le préscolaire et les enseignements de base et secondaire, avec l’ambition de construire une référence commune.


Selon Fernando Alexandre, cette étape prolonge une année de travail et la collecte de centaines de contributions. Les établissements et la communauté éducative peuvent désormais apporter de nouvelles observations. Le ministre annonce également une contribution de l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques, notamment sur la transformation numérique.

La page de consultation d’EduQA rassemble les orientations, des instruments d’accompagnement, un glossaire avec un cadre juridique et un dépliant. Elle donne aussi accès au formulaire de contribution. Le ministère prévoit l’envoi de la version finale aux établissements publics et privés à partir du 4 janvier 2027.

En classe, distinguer assistance et travail autonome

Le projet distingue trois modalités: travail sans IA, IA utilisée comme soutien limité et IA intégrée à l’activité. L’enseignant doit préciser les conditions d’usage et d’évaluation. Au préscolaire, l’utilisation directe ou autonome par les enfants n’est pas recommandée. Le texte déconseille aussi de transmettre des données personnelles à des outils non approuvés pour cela.

Prenons un exemple hypothétique en histoire: un professeur pourrait demander une réponse rédigée sans assistance pour observer le raisonnement personnel. Dans une autre activité, il pourrait autoriser une aide à l’organisation des idées. Enfin, un exercice pourrait consister à examiner une réponse automatisée, puis à rechercher ses erreurs dans des documents historiques.

Ces situations illustrent une différence essentielle: utiliser l’IA ne signifie pas toujours lui confier la réalisation du devoir. L’outil peut aussi devenir un objet d’analyse. Dans cette logique, une même classe pourrait travailler tantôt sans assistance, tantôt avec elle, selon la compétence que l’enseignant cherche à développer ou à vérifier.

Une enseignante accompagne une élève à un ordinateur dans une salle de classe.
Image by ucmas123 via Pixabay

L’évaluation évolue, sans généralisation annoncée des oraux

L’évaluation constitue l’un des enjeux reconnus par le ministre. Un travail réalisé hors de la classe peut soulever une question: quelle part reflète réellement les connaissances de l’élève? Fernando Alexandre souligne cependant que cette préoccupation concerne particulièrement l’enseignement supérieur, davantage que les enseignements de base et secondaire.

Il explique cette différence par le poids des travaux effectués à domicile dans l’évaluation des étudiants. Il reconnaît néanmoins que les orientations touchent à la fois l’enseignement et l’évaluation. Ses déclarations ne doivent donc pas être comprises comme l’annonce d’une généralisation des examens oraux dans les écoles portugaises.

Le ministre évoque en revanche une expérience personnelle précisément datée. En 2022, alors qu’il enseignait à l’université, il a modifié une évaluation pendant le semestre. Un essai écrit a laissé place à des présentations orales, en raison de l’utilisation d’outils d’IA. Cet exemple universitaire ne constitue pas une nouvelle consigne nationale.

Le numérique doit démontrer son intérêt pédagogique

Fernando Alexandre inscrit ces orientations dans une politique numérique qui se veut sélective. Il cite notamment l’encadrement des téléphones portables à l’école et la diminution du recours aux manuels numériques. Selon lui, leur utilisation a sensiblement reculé pendant les deux dernières années, faute de bénéfices suffisamment évidents.

Cette appréciation reste celle du ministre: la dépêche ne fournit ni pourcentage de baisse ni bilan détaillé des résultats. Elle ne permet donc pas de mesurer précisément le recul des manuels numériques. En revanche, le raisonnement affiché est clair: développer les compétences numériques n’impose pas d’adopter systématiquement chaque technologie disponible.

La préparation des enseignants possède aussi un précédent concret. Dans une note du 7 octobre 2024, la Direction générale de l’éducation annonçait une quatrième édition de sa formation en ligne sur l’IA à l’école. Organisée du 8 octobre au 22 novembre 2024, elle abordait les possibilités pédagogiques et les questions éthiques. Ce calendrier appartient au passé.

L’accompagnement des équipes reste le point décisif

Le caractère non contraignant rend désormais décisive la manière dont les équipes s’approprieront les orientations. Le ministre présente l’amélioration des apprentissages comme la priorité, mais ses déclarations ne chiffrent pas les moyens d’accompagnement. Elles n’annoncent notamment ni volume d’heures de formation ni budget spécifique associé à ce document.

La consultation doit ainsi permettre de confronter les propositions aux situations rencontrées dans les établissements. EduQA met à disposition plusieurs supports, plutôt qu’un texte isolé. Reste à observer les modifications retenues après les contributions, puis la façon dont les enseignants traduiront ce cadre dans leurs activités et leurs évaluations.

Le Portugal choisit donc d’encadrer l’IA par l’accompagnement pédagogique, sans rendre ces nouvelles orientations obligatoires. La prochaine étape sera leur finalisation après consultation. Leur portée dépendra ensuite des décisions prises dans les établissements et de leur capacité à préserver l’essentiel: les apprentissages et le travail personnel des élèves.


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