Dans un marché mondial en recul, la région viticole veut développer ses débouchés étrangers sans dépendre des seuls volumes. La progression au Brésil ouvre une perspective, mais la valorisation des ventes reste l’enjeu central.
Sommaire
Les vins de l’Alentejo misent sur l’exportation et la montée en gamme pour répondre au recul de la consommation mondiale. RTP présente cette orientation dans un reportage publié le 7 novembre 2026. L’objectif est de privilégier la qualité plutôt que la seule quantité, sans que cette ambition constitue déjà un résultat économique mesurable.
Un marché mondial qui se contracte depuis 2018
Le contexte international laisse peu de place à une simple course aux volumes. Selon le bilan publié par l’Organisation internationale de la vigne et du vin en mai 2026, la consommation mondiale aurait atteint 208 millions d’hectolitres en 2025. Cela représente une baisse de 2,7 % sur un an et de 14 % depuis 2018.
Cette contraction ne concerne donc pas seulement un mauvais millésime commercial. L’OIV souligne l’évolution des habitudes de consommation et les pressions sur le pouvoir d’achat. En 2025, neuf des dix principaux marchés mondiaux ont enregistré une diminution des volumes consommés. Certains pays, dont le Portugal et le Brésil, ont toutefois montré davantage de résistance.
Exporter reste néanmoins indispensable: près d’une bouteille sur deux se consomme hors de son pays d’origine, selon l’OIV. Mais les exportations mondiales ont elles aussi reculé en 2025, en volume comme en valeur. Pour l’Alentejo, chercher des clients étrangers signifie donc gagner des débouchés dans un marché globalement moins porteur.
Monter en gamme, c’est vendre mieux plutôt que seulement vendre plus
La montée en gamme vise à obtenir davantage de recettes pour une quantité donnée de vin. Elle ne signifie donc pas nécessairement augmenter les expéditions. Dans le reportage diffusé par RTP le 7 novembre 2026, l’Alentejo associe précisément son ambition exportatrice à l’idée de privilégier la qualité plutôt que la quantité.
Un exemple hypothétique permet de comprendre ce calcul. Une entreprise vendant 100 000 litres à quatre euros réalise 400 000 euros de chiffre d’affaires. Si elle vend ensuite 90 000 litres à cinq euros, ses recettes atteignent 450 000 euros. Elle commercialise moins de vin, mais encaisse davantage grâce à un prix moyen supérieur.
Cependant, ce résultat ne garantit pas une meilleure rentabilité. Dans cet exemple, une hausse des dépenses de production ou de commercialisation pourrait absorber le supplément de recettes. Il faut donc distinguer trois indicateurs: la quantité vendue, le chiffre d’affaires et la marge restante. La réussite économique dépend du troisième, pas seulement des deux premiers.

Au Portugal, le record des volumes n’a pas empêché le recul des recettes
Les résultats portugais de 2025 illustrent cette différence entre quantité et recettes. Selon l’Instituto da Vinha e do Vinho, le pays a exporté 341 millions de litres, pour 954 millions d’euros. Le volume a progressé de 1,1 %, atteignant un record historique, tandis que la valeur a diminué de 1,1 %.
Le prix moyen à l’exportation s’est établi à 2,80 euros par litre, en baisse de 2,2 %. Autrement dit, les litres supplémentaires n’ont pas suffi à maintenir les recettes nationales. Ces chiffres concernent l’ensemble des vins portugais: ils ne constituent ni le bilan propre de l’Alentejo, ni celui de ses seules bouteilles haut de gamme.
Ce prix moyen correspond au rapport entre la valeur déclarée des exportations et leur volume. Il ne représente donc pas le prix payé par un consommateur chez un caviste. Par ailleurs, son évolution globale ne permet pas, à elle seule, de savoir si chaque producteur a augmenté ou réduit ses propres tarifs.
Le Brésil offre un débouché concret, sans prouver encore la montée en gamme
L’Alentejo dispose toutefois d’un débouché en progression: le Brésil. Le 23 septembre 2026, la commission vitivinicole régionale, la CVRA, annonçait une hausse de 9 % des volumes exportés vers ce pays entre janvier et août. Le marché brésilien représentait alors environ un cinquième des exportations des vins de la région.
Selon les déclarations de son président, Luís Sequeira, rapportées par Lusa, les expéditions vers le Brésil avaient atteint 6,6 millions de litres en 2025. La CVRA souhaite doubler les ventes vers ce marché en cinq ans. Il s’agit cependant d’un objectif stratégique, et non d’un résultat acquis ou d’une commande déjà garantie.
Pour soutenir cette ambition, la commission annonçait un effort promotionnel proche d’un million d’euros au Brésil en 2026. Elle élargissait aussi ses actions au-delà de São Paulo et Rio de Janeiro, notamment vers Fortaleza et Recife. En revanche, la hausse de 9 % porte sur les volumes: elle ne démontre pas une progression équivalente des prix ou des marges.
Le précédent de 2023 rappelle les limites du seul prix moyen
Un précédent régional montre pourquoi les indicateurs doivent rester distincts. Dans son rapport de gestion pour 2023, la CVRA recensait 19,9 millions de litres exportés, représentant 71,6 millions d’euros. Ce périmètre concernait les vins d’appellation et d’indication géographique, dans des contenants de deux litres au maximum. Ces données sont historiques, pas un bilan de 2026.
Cette année-là, les volumes avaient diminué de 10 %, contre un recul de 9,7 % des recettes. Le prix moyen atteignait pourtant 3,59 euros par litre, son niveau le plus élevé depuis 2014 selon le rapport. Ainsi, un meilleur prix moyen peut accompagner une baisse du chiffre d’affaires lorsque les quantités vendues reculent davantage.
Il serait trompeur de comparer directement cette moyenne régionale de 2023 aux 2,80 euros nationaux de 2025. Les années et les catégories de produits ne sont pas identiques. En revanche, les deux bilans éclairent le même enjeu: une stratégie commerciale doit suivre simultanément les litres, leur valorisation et les recettes totales.
Les résultats à suivre pour savoir si le pari fonctionne
L’ambition mise en avant en novembre ne permet pas encore de mesurer son résultat financier. La présentation de RTP ne précise ni objectif chiffré de prix moyen, ni calendrier régional de réduction des volumes. Elle ne permet donc pas de conclure que tous les producteurs vont diminuer leur production ou relever leurs tarifs.
Pour évaluer la montée en gamme, il faudra comparer des périodes identiques et des catégories de vins comparables. Une progression des recettes plus rapide que celle des volumes signalerait une meilleure valorisation moyenne. Mais elle ne suffirait toujours pas à établir un gain de marge sans connaître l’évolution des coûts.
Le pari de l’Alentejo consiste à mieux rémunérer chaque litre, tout en consolidant ses débouchés étrangers. Le Brésil apporte un signal commercial encourageant. Toutefois, seuls des résultats associant volumes, recettes et coûts permettront de confirmer que la montée en gamme améliore réellement l’économie des producteurs.


