Au Portugal, les fonds du visa doré se tournent vers le financement des entreprises

Au Portugal, les fonds du visa doré se tournent vers le financement des entreprises

Des gestionnaires réunis à Lisbonne décrivent une réorientation des capitaux vers les entreprises depuis la fermeture de la voie immobilière. Cette évolution reste encadrée par des conditions précises et ne garantit ni rendement ni impact économique.

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Pour beaucoup, les golden visa furent un des principaux moteurs de l’augmentation des prix de l’immobilier. Transformé en 2023, le gouvernement essaie de le transformer en moteur de développement des entreprises.

Si les entreprises obtiennent des fonds plus facilement pour grandir et le riche étranger son visa, tout le monde est gagnant non ?

Sur le papier, José, oui — mais le « tout le monde gagne » n’est pas fourni avec le visa ! Les fonds admissibles doivent consacrer au moins 60 % de leurs investissements à des sociétés ayant leur siège au Portugal : il existe donc bien un cadre pour orienter ces capitaux vers les entreprises. (aima.gov.pt) En revanche, les déclarations des gestionnaires rapportées ici ne suffisent pas à démontrer un bénéfice pour tous : il faudrait mesurer les financements effectivement réalisés, les emplois créés et les résultats pour les investisseurs. (portugalresident.com)

Les fonds du visa doré portugais financent davantage les entreprises, selon des gestionnaires réunis à Lisbonne. The Resident rapporte leurs déclarations le 6 novembre 2026. Depuis la réforme de 2023, les nouveaux candidats ne peuvent plus s’appuyer sur un achat immobilier, tandis que la voie des fonds non immobiliers reste ouverte sous conditions.

Plus de 700 millions d’euros de souscriptions annoncées pour 2025

Selon The Resident, les fonds associés au programme ont recueilli plus de 700 millions d’euros de souscriptions en 2025. Ce montant décrit l’argent engagé dans ces véhicules financiers. Il ne constitue donc pas, à lui seul, un bilan des sommes déjà investies dans les entreprises portugaises.

Lors du Wealth and Migration Summit, organisé à Lisbonne par Global Citizen Solutions, Nuno Serafim, de C2 Capital Partners, a défendu cette diversification. Selon lui, les fonds peuvent réduire la dépendance des entreprises au crédit bancaire. Il s’agit toutefois de l’appréciation d’un professionnel du secteur, et non d’une évaluation indépendante de l’impact économique.

Depuis 2023, l’immobilier ne permet plus de nouvelles demandes

Le changement repose sur une réforme précise. La loi du 6 octobre 2023, adoptée dans le cadre du programme Mais Habitação, a fermé les nouvelles demandes fondées sur l’acquisition immobilière. Elle n’a cependant pas supprimé toutes les voies d’accès à l’autorisation de résidence pour investissement, appelée ARI au Portugal.

La loi distingue les nouvelles demandes des situations antérieures. Elle prévoit notamment des dispositions pour les renouvellements et les dossiers déjà en attente. Ainsi, la disparition de l’immobilier parmi les investissements admissibles ne signifie pas l’annulation générale des autorisations obtenues auparavant. Les règles transitoires doivent être examinées selon la situation du dossier.

Autre limite importante: les activités d’investissement maintenues dans ce cadre ne peuvent viser l’immobilier, directement ou indirectement. La loi du 6 octobre 2023 inscrit cette interdiction expressément. Passer par un fonds ne permet donc pas, par principe, de rétablir l’ancienne voie immobilière sous un autre nom.

Un seuil de 500 000 euros et des conditions pour les fonds

L’AIMA, l’agence portugaise chargée des migrations, présente une voie reposant sur au moins 500 000 euros d’investissement. Cette somme doit servir à acquérir des parts d’organismes de placement collectif non immobiliers, constitués selon le droit portugais. Tous les fonds commercialisés au Portugal ne remplissent donc pas automatiquement les conditions du programme.

Deux autres critères encadrent cette possibilité. Le fonds doit avoir une maturité d’au moins cinq ans au moment de l’investissement. Par ailleurs, au moins 60 % de la valeur de ses investissements doivent concerner des sociétés commerciales ayant leur siège au Portugal. Ce pourcentage porte sur les investissements du véhicule, pas sur une entreprise unique.

Le dossier comprend notamment une attestation bancaire du transfert et un certificat prouvant la détention des parts sans charges. La société de gestion doit également attester la viabilité du plan de capitalisation et les caractéristiques exigées. La fiche documentaire de l’AIMA prévoit aussi la possibilité de répartir l’investissement entre plusieurs fonds respectant les critères.

Comment les capitaux peuvent rejoindre l’activité des entreprises

Un fonds rassemble les capitaux de plusieurs investisseurs et en confie la gestion à des professionnels. L’investisseur acquiert des parts de ce patrimoine collectif, plutôt que chaque actif séparément. Cette définition figure notamment dans une brochure pédagogique de la CMVM, le régulateur portugais des marchés financiers, publiée en octobre 2012.

Duarte Calheiros Menezes, de Blue Crow, présente les investisseurs recherchant une mobilité internationale comme un accélérateur de croissance. Selon ses déclarations rapportées par The Resident, ils représentent près de 40 % de sa base d’actifs sous gestion. Ce chiffre concerne Blue Crow: il ne mesure pas le poids du visa doré dans toute la gestion d’actifs portugaise.

Le gestionnaire cite notamment la modernisation industrielle, la transition énergétique et le développement agricole parmi ses orientations. À titre d’exemple hypothétique, un financement pourrait accompagner le renouvellement d’équipements d’une entreprise. Mais les secteurs mentionnés ne constituent ni une liste d’investissements effectivement réalisés, ni une mesure des emplois créés grâce au programme.

Engins de chantier stationnés sur une route, dont un bulldozer et une pelle mécanique.

Succession familiale, prêts directs et complémentarité bancaire

Les échanges ont également porté sur les entreprises familiales, selon le compte rendu d’Essential Business du 6 novembre. Duarte Calheiros Menezes a cité les difficultés de succession, la dispersion de l’actionnariat et le manque de capitaux. Il défend un rôle de partenaire pour les gestionnaires, notamment dans le regroupement et la professionnalisation des entreprises.

Le financement peut aussi prendre la forme de prêts directs. Raquel Vasconcelos, de Capital Green, a présenté cette activité comme une alternative au crédit traditionnel. Bernardo Silveira Godinho, représentant de Banco Atlântico, a toutefois insisté sur la complémentarité entre banques et fonds: renforcer les capitaux propres peut, selon lui, améliorer ensuite l’accès d’une entreprise au crédit.

Des risques financiers et des propositions à ne pas confondre avec des garanties

L’éligibilité administrative d’un investissement ne renseigne pas, à elle seule, sur son rendement futur. Dans sa brochure pédagogique, la CMVM distingue notamment les risques de capital, de rémunération et de liquidité. Ce dernier désigne la possibilité de récupérer son argent: les conditions de sortie dépendent donc du fonctionnement et des documents propres à chaque fonds.

Ce document ancien explique également que les fonds garantissant le capital sont peu courants. Il fournit des repères généraux, mais ne permet pas d’évaluer un produit commercialisé en 2026. Ainsi, le seuil de cinq ans prévu pour l’ARI ne doit pas être confondu avec une promesse de remboursement automatique à cette échéance.

Enfin, les intervenants ont demandé davantage de stabilité réglementaire et des procédures plus efficaces auprès de l’AIMA. Nuno Serafim a aussi évoqué des dons à un fonds public pour le logement comme éventuelle voie admissible. Essential Business précise toutefois qu’il s’agit d’une proposition, et non d’une mesure annoncée par le gouvernement.

Les fonds du visa doré offrent une voie de financement aux entreprises, dans un cadre désormais non immobilier. L’enjeu reste de transformer les souscriptions en financements durables. Les montants collectés ne suffisent cependant pas à mesurer les investissements réalisés, les emplois créés ou les résultats pour les épargnants.


Sources

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