Le rapprochement Galp-Moeve échoue, les bénéfices ajustés de Galp bondissent

estação galp

Les discussions sur le raffinage et les stations-service s’arrêtent après neuf mois, sans accord. Au même moment, Galp annonce des résultats ajustés en forte hausse, mais un bénéfice comptable en recul.

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Le rapprochement Galp-Moeve annoncé en janvier ne se concrétisera pas. Le 26 octobre 2026, le groupe portugais a confirmé la fin des négociations sur leurs activités de raffinage et de commercialisation. Le même jour, il a publié près de 1,5 milliard d’euros de bénéfice ajusté sur neuf mois. Mais son résultat comptable baisse, une nuance essentielle pour comprendre ces annonces.

Un projet industriel et commercial, pas une fusion totale

Le projet remontait au 8 janvier 2026, lorsque Galp et les actionnaires de Moeve avaient annoncé un accord non contraignant. Il ouvrait des négociations, sans garantir leur aboutissement. Le montage envisageait deux sociétés distinctes: une plateforme commerciale et une plateforme industrielle, plutôt qu’une fusion intégrale des deux groupes.

La première, appelée provisoirement RetailCo, devait réunir les réseaux de stations-service sous un contrôle partagé, avec des participations équilibrées. La seconde, IndustrialCo, aurait regroupé notamment le raffinage et des activités associées d’approvisionnement. Galp envisageait d’y détenir une participation minoritaire supérieure à 20 %. Ces proportions décrivaient toutefois un projet, pas une structure déjà constituée.

Le volet industriel concernait les raffineries de Sines, au Portugal, et les installations espagnoles de Moeve à Huelva et dans la province de Cadix. L’objectif consistait à gagner en taille et en capacité d’investissement. En revanche, le rapprochement ne devait pas absorber l’ensemble des activités pétrolières de Galp, notamment sa production au Brésil.

Pourquoi les négociations ont échoué après neuf mois

Le 26 octobre, Galp a annoncé que les négociations approfondies n’avaient pas permis d’atteindre un accord. Paula Amorim, présidente du conseil d’administration, maintient l’intérêt stratégique du rapprochement. Mais elle reconnaît l’absence d’un alignement commercial suffisant pour construire un partenariat durable et créateur de valeur à long terme.


Moeve formule un constat comparable: les conditions finales ne répondaient pas aux critères respectifs des deux parties. Son communiqué ne chiffre cependant aucun désaccord sur la valeur des actifs ou les participations. Il ne permet donc pas d’attribuer l’échec à une exigence financière précise, ni de désigner un responsable unique.

RTP replace aussi cette rupture dans l’instabilité des marchés énergétiques et des prix. Cette volatilité complique la recherche d’un équilibre entre partenaires. Toutefois, les annonces publiques ne détaillent pas les valorisations discutées, les garanties demandées ou les concessions envisagées. Le désaccord est établi; son contenu contractuel reste largement confidentiel.

682 millions de bénéfice ajusté, mais 201 millions en comptabilité

La hausse spectaculaire des bénéfices exige une distinction essentielle. Les 682 millions d’euros annoncés pour le troisième trimestre correspondent au résultat net ajusté à coût de remplacement, ou RCA. Cet indicateur progresse de 68 % sur un an. Sur neuf mois, il atteint 1,49 milliard d’euros, soit une hausse de 54 %.

En revanche, le résultat net établi selon les normes comptables internationales IFRS suit la direction opposée. Il recule de 24 % au troisième trimestre, à 201 millions d’euros. Entre janvier et septembre, il baisse de 9 %, à 852 millions. Dire simplement que les bénéfices bondissent masque donc une différence importante entre les deux mesures.

Résultat net de Galp : deux mesures, deux évolutions en 2026

IndicateurTroisième trimestreJanvier-septembre
Ajusté RCA682 ; +68 %1 490 ; +54 %
Comptable IFRS201 ; −24 %852 ; −9 %
Montants en millions d’euros. Les variations comparent chaque période de 2026 à la même période de 2025. Données communiquées par Galp et reproduites par RTP/Lusa.

Le calcul RCA neutralise l’effet des stocks et certains éléments particuliers, notamment des variations de valeur d’instruments de couverture. Le coût de remplacement rapproche ainsi le coût des matières vendues des conditions contemporaines du marché. Il sert à analyser la performance opérationnelle, mais ne remplace pas le résultat comptable IFRS.

Le pétrole brésilien reste le premier moteur des résultats

Le Brésil constitue l’un des principaux moteurs du trimestre. La production y atteint un nouveau sommet de 131 000 barils par jour, grâce notamment à la montée en puissance du champ de Bacalhau. Cette progression renforce l’activité dite amont, c’est-à-dire l’exploration et la production de pétrole et de gaz.

Les prix soutiennent également cette activité. Le Brent, référence pétrolière européenne, s’établit en moyenne à 93,9 dollars par baril sur neuf mois. Il atteignait 70,9 dollars durant la même période de 2025. Galp bénéficie donc simultanément de volumes supplémentaires et d’un environnement de prix plus favorable sur cette comparaison annuelle.

L’exploration-production génère ainsi environ deux milliards d’euros d’EBITDA ajusté sur les neuf premiers mois, en hausse de 67 %. Cet indicateur mesure le résultat avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements. Il représente plus de la moitié du total du groupe, ce qui souligne le poids du pétrole produit hors du Portugal.

Sines et les marchés internationaux soutiennent la rentabilité

Le raffinage et le négoce apportent l’autre soutien majeur. La branche Industrial & Midstream dégage environ 1,3 milliard d’euros d’EBITDA sur neuf mois, soit 52 % de plus. Elle réunit notamment la transformation du pétrole, les exportations de produits raffinés et les achats-ventes d’énergie sur les marchés internationaux.

La marge internationale de raffinage atteint environ 34 dollars par baril au troisième trimestre, contre 22,1 dollars sur neuf mois. Le signal était déjà visible dans les données provisoires présentées le 12 octobre. Elles annonçaient une marge trimestrielle de 33,8 dollars, avant la publication des comptes complets le 26 octobre.

Cependant, une marge de raffinage n’équivaut ni au bénéfice net du groupe ni au gain réalisé sur chaque plein. Elle concerne la transformation industrielle du brut en carburants et autres produits. Les charges du groupe et les autres composantes du prix final empêchent donc de convertir directement cet indicateur en profit par litre vendu.

Selon Galp, la raffinerie de Sines a fonctionné près de sa capacité maximale pendant le trimestre. Le groupe indique aussi avoir sécurisé les besoins portugais d’importation de carburant aérien jusqu’à fin 2026. Au total, les activités issues des marchés internationaux représentent 91 % de son EBITDA sur neuf mois.

Grands réservoirs industriels blancs équipés de passerelles et d’escaliers.

Les opérations et les investissements continuent séparément

Galp assure que la rupture avec Moeve ne modifie pas ses opérations actuelles. Cela signifie que l’échec du rapprochement ne constitue pas, en lui-même, une annonce de fermeture ou d’arrêt d’activité. Le groupe maintient également son engagement dans la transformation de ses métiers industriels et commerciaux.

Entre janvier et septembre, Galp a investi 1,34 milliard d’euros, soit 87 % de plus qu’un an auparavant. Environ 1,1 milliard concerne la péninsule Ibérique. Le groupe attribue 960 millions à des projets de décarbonation, comprenant notamment des initiatives à Sines et l’acquisition d’actifs éoliens en Espagne.

De son côté, Moeve poursuit sa stratégie Positive Motion, indépendamment de cette alliance abandonnée. L’entreprise vise une position européenne de premier plan dans les molécules vertes et la mobilité durable d’ici 2030. La fin des discussions sépare donc les trajectoires des deux groupes, sans annoncer l’abandon de leurs investissements respectifs.

Galp garde la porte ouverte aux alliances et relève ses prévisions

L’échec de cette opération ne ferme pas toutes les possibilités de partenariat. Galp continue de défendre la consolidation du raffinage et de la commercialisation. Son communiqué met notamment en avant la recherche de taille, de compétitivité et de moyens d’investissement. Il ne présente toutefois aucun nouvel accord signé ni calendrier de remplacement.

Sur le plan financier, Galp relève parallèlement sa prévision d’EBITDA ajusté pour 2026, de quatre à cinq milliards d’euros. Cette révision repose notamment sur des hypothèses plus favorables pour le pétrole et les marges de raffinage. Elle reste cependant une estimation annuelle, et non un résultat définitivement acquis.

Deux questions restent donc distinctes pour la suite: la performance des activités existantes et l’éventuelle réorganisation du portefeuille. Les résultats ajustés montrent une forte dynamique opérationnelle, mais les comptes IFRS en nuancent la traduction comptable. Quant aux partenariats, leur intérêt stratégique ne garantit ni un accord futur ni des conditions acceptables pour toutes les parties.

Galp poursuit donc ses activités sans Moeve, avec des résultats soutenus par le Brésil, Sines et le négoce international. La prochaine étape stratégique reste ouverte: aucune nouvelle alliance ne remplace encore le projet abandonné, tandis que la prévision annuelle dépend toujours des conditions du marché.


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