Au Portugal, les mariages forcés de mineurs apparaissent enfin dans les statistiques officielles

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Au Portugal, les mariages forcés de mineurs apparaissent enfin dans les statistiques officielles

Le Portugal a enregistré 54 signalements de mariage précoce ou forcé de mineurs en 2025. Ce chiffre, publié pour la première fois dans les données du système de protection de l’enfance, est déjà considéré comme probablement inférieur à la réalité.


Le sujet reste peu visible dans le débat public portugais, mais il commence à émerger dans les chiffres officiels. En 2025, 54 signalements de mariage précoce ou forcé impliquant des mineurs ont été enregistrés au Portugal, dans le cadre du système de protection de l’enfance.

Un chiffre inédit dans les données officielles

Ce total de 54 signalements marque une étape importante, car c’est la première fois que ce type de situation apparaît dans les statistiques du dispositif portugais de protection des enfants et des jeunes. Autrement dit, le phénomène existait déjà, mais il n’était pas identifié de manière visible dans les comptes rendus officiels. Le simple fait de le mesurer change donc le regard porté sur le problème.

Pourquoi ce total peut être sous-estimé

Le chiffre publié ne doit pas être lu comme une photographie complète de la réalité. Il s’agit de signalements, donc de situations repérées par les services compétents, et non de tous les cas existants. Dans ce type d’affaires, beaucoup d’éléments rendent la détection difficile: la pression familiale, le silence des victimes, la peur de parler et la difficulté, pour l’école, les services sociaux ou la justice, à identifier ce qui se joue réellement. C’est pour cela que plusieurs acteurs estiment que le nombre réel pourrait être plus élevé.

Les articles parlant de cette réalité ne le signalent pas, mais lorsque l’on parle de mariages forcés entre mineurs, une ethnie ressort tout de suite dans les esprits : les Gitans, Ciganos. Dans certaines familles, les promesses de mariage entre enfants par les parents sont monnaie encore trop courante. Et c’est pour ça que c’est si compliqué pour les autorités d’intervenir, au sein de cette communauté relativement fermée.

Il n’y a pas que les Gitans qui sont concernés, mais en l’absence de données supplémentaires, tout n’est que supposition, basée uniquement sur des faits divers ou des récits sporadiques. Il s’agit de mariages illégaux, et n’ont de valeur qu’au sein de communautés pour qui la parole vaut plus que la Loi.


Lire également : Les Ciganos, les gitans portugais

Un problème décrit comme structurel

Le sujet n’est pas présenté comme une succession de cas isolés, mais comme un problème de fond. Le magistrat cité sur cette question parle d’un phénomène structurel, c’est-à-dire d’une réalité qui s’inscrit dans des mécanismes sociaux, familiaux et institutionnels plus larges. Son constat est aussi politique: selon lui, personne ne veut vraiment ouvrir ce débat de façon claire. Cette remarque aide à comprendre pourquoi le sujet a longtemps été peu discuté, alors même qu’il touche directement à la protection des mineurs et au consentement.

Mariages arrangés

Autrefois, y compris au Portugal, les mariages étaient arrangés. Les fiancés n’avaient pas voix au chapitre. Tout était arrangé entre les parents des mariés. Pensez simplement aux mariages entre princes et rois. Il s’agissait d’intérêts politiques, économiques, bien avant l’amour.

Les mariages communautaires ne font que continuer cette ancienne tradition, qui n’a pourtant plus lieu d’être de nos jours. Pour certaines cultures, il vaut mieux un mariage arrangé, réfléchi, de raison et logique, plutôt qu’un mariage passionnel qui risque de toute façon de mal finir.

Dans un monde où la moitié des mariages terminent en divorce, ça peut faire réfléchir, mais personne ne devrait être forcé de se marier contre son gré, et encore moins mineur.

Ce que cette reconnaissance change

L’apparition de ces signalements dans les statistiques ne règle pas le problème, mais elle lui donne une existence publique plus nette. Elle peut aider les autorités, les écoles, les professionnels de santé, la justice et les services sociaux à mieux repérer les situations à risque. Elle rappelle aussi qu’un mariage impliquant un mineur ne peut pas être traité comme une simple affaire privée ou culturelle dès lors qu’il existe une contrainte, une pression ou une atteinte aux droits de l’enfant. La première étape, ici, est de rendre le phénomène visible pour pouvoir mieux le prévenir.

Ce qu’il faut retenir

Ces 54 signalements ne disent sans doute pas tout, mais ils montrent déjà que la question des mariages forcés ou précoces de mineurs existe bien au Portugal et qu’elle ne peut plus rester hors du champ public.

Sources utilisées


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