Au Portugal, la cohabitation après séparation se prolonge à cause du crédit immobilier

Au Portugal, la cohabitation après séparation se prolonge à cause du crédit immobilier

La rupture ne met pas fin au prêt immobilier. Certains ex-conjoints restent ainsi à la même adresse, faute de pouvoir reprendre seuls la dette et financer un second logement.

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Au Portugal, certains couples séparés continuent de partager leur logement parce qu’aucun ne peut assumer seul le crédit immobilier. Dans une tribune publiée par Visão le 19 octobre 2026, l’avocate Beatriz da Silva Prata décrit cette cohabitation après séparation. Le blocage combine une dette qui subsiste, l’accord nécessaire de la banque et le coût d’un deuxième toit..

Une réalité décrite au tribunal, mais sans ampleur chiffrée

L’expression désigne ici des personnes séparées qui partagent toujours leur domicile pour des raisons économiques. Selon Beatriz da Silva Prata, cette réalité apparaît dans la pratique des tribunaux de la famille. Son témoignage professionnel ne constitue toutefois ni un recensement national ni une mesure de l’évolution du phénomène.

Sa tribune du 19 octobre ne chiffre pas le nombre de ménages concernés. Elle décrit surtout un blocage: deux personnes peuvent décider de rompre sans disposer des revenus nécessaires pour organiser deux vies résidentielles distinctes. Il faut donc distinguer ce constat de terrain d’une hausse statistiquement démontrée des cohabitations contraintes.

Dès le 5 juillet 2026, le coût du logement retardait certaines séparations, comme l’illustrait le cas de Sofia et Marco, raconté par CNN Portugal. Marco ne trouvait pas de logement compatible avec ses moyens. Le problème du second toit précédait donc déjà celui, plus précisément bancaire, du retrait d’un emprunteur.

Pourquoi le divorce ne retire pas un nom du crédit

Le point juridique central tient à la différence entre rupture conjugale et engagement envers le prêteur. Le Code civil portugais encadre la transmission d’une dette dans son article 595. Il exige notamment une déclaration expresse du créancier pour libérer l’ancien débiteur: un accord entre les personnes concernées ne suffit donc pas à lui seul.


Concrètement, attribuer le logement à l’un des ex-conjoints ne signifie pas automatiquement retirer l’autre du contrat bancaire. Il faut distinguer la propriété du bien, son occupation et la responsabilité du remboursement. Ces questions se rejoignent dans la vie quotidienne, mais elles ne se règlent pas nécessairement par le même acte.

Prenons un exemple hypothétique: un couple convient que l’un garde l’appartement et paie désormais toutes les mensualités. Sans libération expresse par la banque, cet arrangement ne suffit pas à dégager l’autre de la dette. Le divorce peut donc aboutir juridiquement tandis que le lien financier commun demeure, sans que cela invalide la séparation.

Une mensualité inchangée, mais un seul revenu pour la payer

Le changement d’emprunteur modifie l’équilibre initial du financement: la mensualité reste à payer, mais elle repose désormais sur une seule personne. La banque doit examiner cette nouvelle situation avant d’accepter de libérer l’autre titulaire. Plus largement, le Banco de Portugal rappelle qu’une renégociation nécessite l’accord du client et de l’établissement.

Un calcul hypothétique permet de comprendre la difficulté. Avec 3 000 euros de revenus nets cumulés et 900 euros de remboursements mensuels, le rapport atteint 30 %. Si la personne souhaitant rester gagne seule 1 500 euros, ces mêmes remboursements représentent 60 % de son revenu, avant ses autres dépenses.

Cet exemple n’est ni un dossier réel ni un calcul réglementaire d’acceptation. Il montre simplement pourquoi un prêt supportable à deux peut devenir très lourd à un seul salaire. En parallèle, la personne qui part doit financer son propre logement: la rupture transforme ainsi un budget commun en deux budgets distincts.

Le spread bénéficie d’une protection, pas la sortie automatique

Une protection existe néanmoins pour certains changements de titulaire après une rupture. Selon le Banco de Portugal, la banque ne peut pas aggraver les charges du crédit concerné, notamment son spread, lorsque les conditions légales sont réunies. Cette règle vise les financements liés à la résidence principale et permanente.

La protection concerne notamment le divorce, la séparation judiciaire et la dissolution d’une union de fait. Elle suppose un taux d’effort du nouveau ménage inférieur à 55 %, ou inférieur à 60 % avec au moins deux personnes à charge. Ces seuils répondent à cette protection précise; ils ne constituent pas un objectif de budget personnel.

Surtout, l’interdiction d’augmenter les charges ne vaut pas obligation d’accepter le retrait d’un emprunteur. Le cadre de renégociation distingue donc deux questions: obtenir l’accord sur le changement et préserver les conditions tarifaires applicables. Le Banco de Portugal détaille ces règles de renégociation, dont l’absence de commission bancaire pour cette opération.

Pourquoi les taux d’intérêt ne règlent pas tout

Le spread est la composante du taux d’intérêt que la banque ajoute à l’indice de référence dans un prêt variable. Au Portugal, cet indice est généralement l’Euribor. La mensualité dépend donc du contrat et de ses révisions, pas seulement de la décision des ex-conjoints de répartir autrement leurs dépenses.

Tous les ménages ne sont cependant pas exposés de la même manière. Un prêt à taux fixe conserve le même taux et la même mensualité pendant sa durée. Un prêt mixte commence par une période fixe, puis passe à une période variable: la situation au moment de la séparation dépend ainsi de la phase du contrat.

Une baisse de l’Euribor peut alléger un financement variable lors de sa révision, mais elle ne supprime pas la dette. Elle ne transforme pas davantage un engagement commun en prêt individuel. Il faut donc distinguer une amélioration du coût mensuel et une solution permettant réellement à chacun de quitter la cohabitation.

Des dispositifs existent avant les impayés, avec des limites

Lorsque les remboursements deviennent menacés, le dispositif pertinent ne se limite pas à une demande de changement de titulaire. Le Banco de Portugal invite les clients à prévenir leur établissement avant les impayés. La banque doit alors évaluer la situation dans le cadre du PARI, son plan d’action pour le risque de défaut.

Si la capacité financière permet d’éviter le défaut, l’établissement doit proposer des solutions adaptées. Celles-ci peuvent comprendre un allongement de la durée, un différé de capital ou une période de réduction des paiements. Les propositions doivent intervenir sous quinze jours après l’identification du risque ou la remise des éléments demandés au client.

Ce délai concerne la prévention du défaut, non une acceptation automatique du retrait d’un ex-conjoint. De même, aménager les paiements ne signifie pas effacer le capital restant dû. Le PARI peut donc aider à stabiliser un financement fragilisé, mais il ne garantit ni deux logements abordables ni la fin immédiate de la cohabitation.

Mieux coordonner divorce et banque: une proposition, pas une réforme

Beatriz da Silva Prata défend une meilleure coordination entre le divorce et le traitement du crédit commun. Elle propose notamment un délai court pour répondre aux demandes de libération d’un emprunteur, ainsi qu’une justification écrite des refus. Il s’agit de recommandations formulées dans une tribune, et non de mesures annoncées par le gouvernement.

L’avocate souhaite aussi engager les démarches bancaires parallèlement au divorce, avec un accord préalable sur le devenir du logement. Son objectif consiste à réduire l’incertitude entre deux négociations distinctes. Elle évoque également des solutions transitoires, comme un aménagement de durée ou une période de différé, pour éviter des choix précipités.

L’enjeu familial dépasse toutefois le seul calendrier administratif. L’avocate alerte sur les tensions d’une vie commune prolongée après la rupture, particulièrement lorsque des enfants sont présents. Cette alerte décrit un risque, sans permettre d’attribuer les mêmes conséquences à tous les foyers ni de mesurer leur fréquence à l’échelle du pays.

Mettre fin au couple, sortir du crédit commun et financer deux logements sont trois étapes différentes. Les protections tarifaires et les dispositifs de prévention des impayés peuvent faciliter la transition. Mais ils ne remplacent ni l’accord bancaire nécessaire ni un budget permettant réellement de vivre séparément..


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