Par José da Silva, le

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Cette publication concerne les Français (ou franco-portugais) habitant au Portugal. Plus de 10.000 personnes me suivent au Portugal, donc je pense que ça peut vous intéresser. Ça y est, j'ai rencontré les deux principaux candidats aux élections consulaires.
Sommaire
D’abord, qu’est-ce que c’est que cette élection ? Elle n’existe que depuis 2014, et il s’agit d’élire des « conseillers », chargés de donner leurs avis à l’ambassade et aux consulats.
Les ambassadeurs et les consuls ne sont pas forcément des connaisseurs des réalités locales, et encore moins celles qui concernent leurs compatriotes, d’où le besoin de ces conseillers.
C’est une bonne chose, mais il y a souvent confusion sur ce qu’un conseiller peut ou ne pas faire. Ça peut même être sujet à débat, les uns accusant les autres de nourrir de faux espoirs aux électeurs, ou a contrario, de minimiser l’action des conseillers.
En tant qu’élus, ils sont « grand électeurs » pour les sénatoriales. Ils peuvent donc élire des sénateurs. C’est pour cette raison que de nombreuses listes (il y en a sept en tout au Portugal) se battent pour gagner des voix : même si le Portugal est le cadet de leur souci, ils veulent bien pouvoir élire un sénateur.
Et on les voit bien, ceux qui s’en fichent des Français du Portugal. Leurs discours est franco-français. La France va mal, la France ceci, la France cela.
Ce n’est pas le rôle d’un conseiller consulaire. Sur cette élection précise, je n’irai pas particulièrement voir quel est le parti des uns ou des autres. J’irai surtout voir si ce sont des hommes de terrain, connus au sein de la communauté française au Portugal, et avec des actions réalisées par le passé.
Pas des étoiles filantes qu’on ne voit qu’en période électorale.
Les deux principaux protagonistes, ils sont là, en photo. Un de centre-droit, Laurent Goater, actuel président du conseil consulaire, et un de centre-gauche, Mehdi Benlahcen. Un directeur de grosse entreprise portugaise, un autre prof au lycée français de Lisbonne.
Les deux habitent au Portugal depuis de très longues années, avec femme et enfants.
Je les ai rencontrés, à l’occasion de leur venue à Porto, pour parler des problèmes des Français du Portugal, et en très particulier pour les problèmes des écoles françaises et du réseau AEFE, en crise.
Tous les deux étaient sincères dans leur engagement.
Et moi, je suis un peu pour les deux. Parce que chacun à une vision un peu différente, de par leur simple situation, de ce qu’est un conseiller consulaire.
Pour le centre-droit, l’accent a été mis très fortement sur la sous-représentation diplomatique de la France au Portugal. Oui, nous avons perdu notre consulat général au Portugal, et Laurent Goater estime que c’est possible de le faire revenir.
Pour Mehdi, le consulat général n’est pas si important, et au vu de la faible population française dans le nord du Portugal par rapport à d’autres endroits du monde, c’est irréel de croire que le consulat va revenir un jour.
Mais moi, mon problème à moi est différent. Mon problème concerne avant tout les enfants. Nous voulons une éducation à la fois française et portugaise. Oui je sais, c’est un luxe, c’est un choix, et pour ça, nous aimerions que la France nous aide.
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Pour cela, il faut que les écoles françaises soient accessibles (en termes de prix), tout en étant fortement liées au Portugal (en termes d’équivalences des formations et examens).
Les deux sont aujourd’hui en danger.
Et c’est là que le pouvoir des conseillers consulaire est important. Ils siègent en commission de bourse, pour attribuer des bourses aux Français qui en ont besoin (et le droit). C’est ici que se joue la bataille, à leur niveau.
Je ne crois pas qu’ils soient capables d’augmenter le budget de l’AEFE (la « maison-mère », toujours la proie des restrictions budgétaires) ou du moins, d’empêcher les pirouettes comptables qui assassinent l’AEFE (faire payer les cotisations retraites aux parents par exemple).
Comme nous l’a dit Mehdi, selon la constitution française, les Français de l’étranger, vivant à l’étranger, n’ont en théorie droit… à rien. C’est la « territorialité du droit » qui prime. Zut.
Pour Laurent, il faut être moins catastrophiste, et il pense que oui, on peut aller au combat, et obtenir des choses.
Je vais vous choquer : la différence entre un prof, fonctionnaire, et un directeur d’entreprise. Qui a vraiment raison ?
Les deux ont en revanche été assez réalistes sur les fameuses équivalences entre le Bac d’un lycée français du Portugal et les « exames nacionais » : rien n’est acquis.
Nous avions jusqu’à récemment des équivalences entre les deux. La note du bac en maths – par exemple – allait être équivalente à la note en maths des exames nacionais, et pouvoir être prise en compte pour une candidature à l’université.
Aujourd’hui, ce n’est plus si automatique, certaines matières étant « problématiques » aux yeux de l’état portugais. À qui la faute ?
Pour Laurent, il s’agit d’un moyen de pression politique des Portugais, afin d’inciter la France à remettre au premier plan l’enseigmenent du Portugais en France, comme nous l’avions autrefois. C’est clair que c’est un peu du donnant-donnant, si la France estime qu’il faut arrêter de valoriser le Portugais et parier plutôt sur l’Italien, ça peut énerver à Lisbonne.
Pour Mehdi, c’est parce que la France fait une réforme du Bac tous les ans. Ce manque de stabilité et de vision gêne, et beaucoup, au Portugal.
Avons-nous les moyens de changer ça ?
Je vous avoue que la vision de Laurent me plait, le « quand on veut on peut ». Le problème, c’est justement ce « vouloir », ce « pouvoir », miné par la corruption, les petits intérêts et égos, loin de l’intérêt général. Avec toute la meilleure volonté du monde, le principe de réalité peut être ravageur.
Mehdi, Laurent, si jamais vous passez par là, je vous invite à vous exprimer en commentaire, et pourquoi pas, dans les jours qui viennent si vous avez le temps, organiser un petit question-réponse que je ferais avec vous.