Acheté 25 euros à la Feira da Ladra, le négatif d’une œuvre pionnière de l’animation portugaise a rejoint les collections de la Cinemateca. Sa version restaurée sera présentée à Lisbonne le 27 octobre 2026.
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A Lenda de Miragaia, film d’animation portugais de 1931 longtemps considéré comme perdu, sera projeté le 27 octobre 2026 à la Cinemateca Portuguesa. Retrouvé en mai à la Feira da Ladra, son négatif a fait l’objet d’une restauration analogique. L’œuvre de Raúl Faria da Fonseca et António Cunhal redevient ainsi visible, après la reconstitution de son montage et de ses intertitres.
Deux boîtes achetées 25 euros, puis confiées aux archivistes
Deux boîtes de bobines, portant le nom du film, étaient proposées à la Feira da Ladra, à Lisbonne. Duarte Veloso, cinéphile et habitué de la Cinemateca, les a acquises avec son père pour 25 euros. Selon son témoignage rapporté par SOL/Lusa, il a ensuite découvert que cette œuvre passait pour perdue.
La découverte remonte à la mi-mai 2026, et non à l’annonce de sa projection en octobre. Dans son communiqué du 1er juin, la Cinemateca précise une chronologie rapide: trouvé un samedi, le négatif rejoignait son centre de conservation le mercredi suivant. Les spécialistes ont alors confirmé son identification.
À cette première inspection, le matériel présentait un bon état physique et semblait complet. Cette appréciation restait toutefois celle d’un examen initial, avant restauration. La découverte apportait donc une pellicule exploitable aux archivistes, sans dispenser du travail nécessaire pour reconstituer une version destinée au public.
Une expérience pionnière fondée sur les silhouettes
Réalisé par Raúl Faria da Fonseca et António Cunhal, A Lenda de Miragaia appartient aux débuts de l’animation portugaise. Cependant, sa singularité tient à une technique précise: les silhouettes animées. La Cinemateca le présente comme le premier film réalisé au Portugal avec ce procédé, et non comme le premier film d’animation portugais toutes techniques confondues.
Le procédé joue sur les formes, l’éclairage et le contre-jour, avec une prise de vues image par image. Les changements successifs de position produisent ensuite l’impression de mouvement. La Cinemateca rapproche cette technique de celle des Aventures du prince Achmed, réalisé par Lotte Reiniger en 1926.
Pour cette production portugaise, le travail aurait totalisé 28 400 images isolées, selon le décompte de Faria da Fonseca repris par la Cinemateca. Ce chiffre donne une mesure concrète de l’entreprise artisanale. Il décrit surtout une fabrication patiente, où le mouvement se construit photographie après photographie, plutôt qu’une scène enregistrée en continu.
Comment reconstituer un film au-delà de ses images
Retrouver les images ne suffisait pas à rendre le film projetable dans une version reconstituée. La Cinemateca a mené une restauration analogique et rétabli le montage ainsi que les intertitres. Ces cartons de texte, insérés entre les images, participent au récit: leur contenu et leur emplacement comptent donc dans la compréhension de l’œuvre.
D’après les précisions de la Cinemateca rapportées par SOL/Lusa le 16 octobre, cette reconstruction s’appuie sur trois ensembles documentaires. Les restaurateurs ont utilisé les indications manuscrites présentes sur le négatif, des sources de l’époque et la version de la légende figurant dans le Romanceiro d’Almeida Garrett. Le travail associe ainsi pellicule et documentation historique.
Le lien avec Garrett précède d’ailleurs largement le cinéma. L’Instituto de Estudos Medievais rappelle que l’écrivain avait publié son poème narratif en 1843, dans le Jornal de Bellas-artes. Le film de 1931 s’inscrit donc dans une transmission plus ancienne du récit, dont la version littéraire a aussi servi à sa restauration actuelle.
Le négatif rejoint un lieu de conservation spécialisé
Le négatif retrouvé repose sur une pellicule en nitrate de cellulose. Il a rejoint l’ANIM, l’Arquivo Nacional das Imagens em Movimento, centre de conservation de la Cinemateca. Cette prise en charge place le matériau dans une institution spécialisée, plutôt que de laisser sa conservation dépendre des conditions d’un stockage privé.
La municipalité de Loures décrit notamment à l’ANIM des espaces climatisés et des dépôts distincts selon les supports. Les films sur nitrate disposent ainsi d’un dépôt séparé des pellicules sur support non inflammable. Cette organisation montre que conserver le cinéma suppose aussi des bâtiments, des équipements et des conditions matérielles adaptés.

Une séance gratuite le 27 octobre à la Cinemateca
La projection est annoncée pour le mardi 27 octobre 2026 à 18 h 30, salle M. Félix Ribeiro, à Lisbonne. Le programme officiel prévoit une présentation et un accompagnement au piano par Filipe Raposo. L’entrée est gratuite, mais nécessite de retirer un billet une demi-heure avant la séance.
La Cinemateca indique une durée de vingt minutes pour A Lenda de Miragaia. La séance complète dure 47 minutes et porte la classification M/12. Elle comprend également Tó e Tina, Cantiga da Lagarta, Estória do Gato e da Lua, A Noite et Clandestino, réalisés entre 1976 et 1999.
Ce rapprochement permet de replacer l’œuvre de 1931 dans une histoire plus longue de l’animation nationale. Le programme réunit notamment des films de Pedro Serrazina, Regina Pessoa et Abi Feijó. Il ne se limite donc pas à présenter une découverte isolée: il la confronte à des créations portugaises plus récentes.
Une redécouverte au cœur des enjeux du patrimoine audiovisuel
La date correspond à la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel. L’UNESCO rappelle qu’elle commémore l’adoption, en 1980, d’une recommandation consacrée à la sauvegarde des images en mouvement. Son objectif associe deux exigences: préserver ces documents et permettre au public, comme aux générations futures, d’y accéder.
La séance marque aussi les trente ans de l’ANIM. Selon SOL/Lusa, elle accompagne la fin de l’application du Plan de récupération et de résilience à la Cinemateca. Ce programme a permis de numériser plus de 1 000 œuvres cinématographiques portugaises produites sur pellicule, un chantier distinct de la seule restauration de Miragaia.
Il faut donc distinguer les opérations annoncées: la restauration de ce film est analogique, tandis que le bilan du programme concerne la numérisation. Le nombre d’œuvres numérisées ne constitue pas un décompte de films retrouvés. Dans le cas de Miragaia, l’événement décisif reste la réapparition du négatif, préalable indispensable à sa remise en circulation.
Après sa découverte en mai et sa restauration, A Lenda de Miragaia doit retrouver le grand écran le 27 octobre. Les deux boîtes achetées à Lisbonne ont ainsi rendu possible le retour devant un public d’un film longtemps considéré comme perdu. La séance annoncée à la Cinemateca constitue désormais l’étape concrète de cette redécouverte.
Sources utilisées
Sources de l’actualité
Sources complémentaires
- Cinemateca – A LENDA DE MIRAGAIA: filme considerado perdido é agora reencontrado (Cinemateca Portuguesa)
- Cinemateca – Programação (Cinemateca Portuguesa)
- Recuperação do filme « A Lenda de Miragaia » (1931) | Instituto de Estudos Medievais (Instituto de Estudos Medievais)
- Visita ao Arquivo Nacional das Imagens em Movimento (Câmara Municipal de Loures)
- Journée mondiale du patrimoine audiovisuel | UNESCO (UNESCO)
