Un forum à Lisbonne a souligné les faiblesses de la prévention dans un pays vieillissant. Mais le chiffre des dépenses, qui concerne 2023, ne suffit pas à mesurer les efforts réalisés ni leur efficacité.
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Au Portugal, la prévention en santé ne représentait que 2,3 % des dépenses courantes de santé en 2023. Ce constat a nourri le CNN Portugal Summit | Fórum +Prevenção, organisé à Lisbonne. Les chercheurs y ont souligné deux difficultés liées: appliquer les politiques existantes et mesurer correctement les moyens consacrés à éviter les maladies, dans un pays fortement marqué par le vieillissement.
Que mesure réellement le chiffre de 2,3 %
En 2023, les soins préventifs représentaient 2,3 % des dépenses courantes de santé portugaises, contre 3,7 % dans l’Union européenne. La comparaison présentée au forum porte donc sur une année passée, pas sur le budget de 2026. L’OCDE confirme également le chiffre portugais dans son panorama publié en novembre 2025, avec une moyenne de 3,4 % pour ses membres.
Concrètement, sur 100 euros de dépenses courantes de santé, 2,30 euros relevaient de la prévention dans les comptes portugais. Mais ce ratio ne désigne pas la seule part du budget public consacrée à prévenir les maladies. Il rapporte une catégorie de dépenses à l’ensemble des dépenses courantes de santé, sans mesurer directement son efficacité.
Le débat a réuni chercheurs, spécialistes et responsables politiques au rectorat de l’université NOVA de Lisbonne. Il s’appuie notamment sur le projet +Prevenção, dont les résultats ont été diffusés le 8 octobre 2026. L’enjeu dépasse cependant le montant dépensé: les intervenants demandent aussi de vérifier qui bénéficie réellement des programmes existants.
Vieillir plus longtemps, mais avec quelle autonomie
Les données présentées au forum décrivent un pays où vivre longtemps ne signifie pas nécessairement vieillir en bonne santé. Les personnes de 65 ans ou plus représentent 24,3 % de la population, selon les indicateurs mobilisés. Dans cette tranche d’âge, la multimorbidité concerne 46 % des hommes et 49 % des femmes: ces personnes cumulent plusieurs maladies chroniques.
Ricardo Baptista Leite, président du NOVA Center for Global Health, a ainsi déplacé la question vers l’apparition des maladies. Comment éviter l’hypertension ou le diabète, plutôt que seulement améliorer leur contrôle? Cette orientation ne remplace pas les traitements nécessaires. Elle cherche à intervenir plus tôt, avant que les problèmes de santé ne s’installent.
Le décalage entre longévité et autonomie était déjà visible avant la pandémie. Les données de 2019, reprises dans notre dossier sur la santé des personnes âgées, indiquaient 7,3 années de vie en bonne santé à 65 ans. L’espérance de vie restante atteignait alors 19,61 ans. Ces chiffres anciens donnent un repère historique, mais ne décrivent pas la situation de 2026.
Des politiques définies, mais inégalement appliquées
L’Indice européen de prévention en santé attribue au Portugal 55,3 points sur 100, contre une moyenne de 55,6. Le pays occupe ainsi la septième place parmi les onze pays étudiés. Il ne s’agit donc ni d’un classement de toute l’Union européenne, ni d’une mesure générale de la qualité du système de santé portugais.
L’étude examine 22 politiques préventives et leur niveau de mise en œuvre. Au Portugal, seules 40,9 % atteignent un niveau élevé d’application. La Suède arrive en tête, avec 72,6 points, devant la Grèce et la Belgique. Cependant, la position portugaise proche de la moyenne masque des écarts importants entre les domaines évalués.
L’immunisation et les dépistages figurent parmi les domaines les plus consolidés, tandis que l’éducation à la santé reste fragile. Selon les résultats présentés, son niveau d’application ne dépasse pas 33 %. La littératie en santé désigne ici la capacité à comprendre et utiliser les informations sanitaires. Disposer d’un programme ne garantit donc pas que chacun puisse en bénéficier.
Le NOVA Center for Global Health, NOVA IMS et l’École nationale de santé publique ont développé le projet avec un financement de GSK. CNN Portugal présente également son compte rendu comme un contenu sponsorisé. Ces éléments situent le cadre du débat: les propositions de l’entreprise sur la vaccination restent des positions d’un acteur industriel.
Le dépistage colorectal révèle les difficultés de terrain
Le dépistage du cancer colorectal illustre la distance entre un programme et sa portée réelle. Le chiffre présenté au forum fait état d’une couverture de seulement 17 % de la population cible. Toutefois, le compte rendu ne précise pas l’année ni le mode de calcul de cet indicateur. Il ne permet donc pas de mesurer l’application des règles les plus récentes.
La norme du 20 octobre 2025 de la Direction générale de la santé définit le programme de dépistage populationnel. Il vise les personnes de 50 à 74 ans, sous réserve des exclusions prévues. Le premier examen recherche du sang invisible dans les selles, grâce à un kit envoyé au domicile de la personne concernée.
Si ce test est négatif, la norme prévoit de le renouveler après deux ans. Un résultat positif entraîne en revanche une orientation vers une coloscopie. Le dispositif prévoit aussi le retour gratuit du prélèvement. Ces règles décrivent le parcours attendu; elles ne prouvent pas que toutes les personnes éligibles reçoivent déjà leur invitation et terminent les examens.
Une partie de la prévention reste invisible dans les comptes
Le chiffre de 2,3 % comporte une autre limite: certaines activités préventives pourraient échapper à leur catégorie statistique. Joana Alves, chercheuse à l’École nationale de santé publique, souligne que la prévention se mêle souvent aux soins habituels. D’autres actions passent par les écoles, les municipalités, les pharmacies communautaires ou des organismes privés, ce qui complique leur identification.
Les chercheurs ont interrogé des spécialistes selon la méthode Delphi, qui organise plusieurs tours de consultation. À la deuxième étape, 88,2 % des participants jugeaient la dépense nationale de prévention sous-estimée. Mais ce résultat exprime une appréciation d’experts. Il ne fournit ni un montant manquant, ni un pourcentage corrigé permettant de remplacer le chiffre officiel.
Mieux compter et mieux financer sont donc deux questions distinctes. Les difficultés signalées concernent notamment la communication entre systèmes d’information et la classification des coûts. Une comptabilité plus complète rendrait les efforts plus visibles. Elle ne démontrerait toutefois pas, à elle seule, que les moyens suffisent ou que les programmes atteignent les populations les plus exposées.
Le logement, les revenus et le quartier comptent aussi
La prévention dépend aussi des conditions dans lesquelles les personnes vivent. Au forum, Ricardo Baptista Leite a notamment insisté sur la pauvreté et les inégalités d’accès à une alimentation saine. Il a également cité la qualité de l’air, le logement et l’organisation urbaine. L’action préventive dépasse ainsi les seuls hôpitaux et centres de santé.
L’activité physique constitue un autre point de vigilance. Dans son panorama de 2025, l’OCDE indique que 56 % des adultes portugais n’en pratiquent pas suffisamment, contre 30 % en moyenne dans ses pays membres. Cet indicateur situe l’ampleur du problème. Il ne signifie pas pour autant que toutes les personnes concernées rencontrent les mêmes obstacles.
À titre d’exemple hypothétique, une personne peut comprendre les recommandations sans disposer d’un environnement favorable pour les suivre. Des difficultés financières ou un quartier peu adapté aux déplacements à pied peuvent limiter ses choix. C’est pourquoi les intervenants défendent une meilleure coordination entre institutions, plutôt qu’une approche reposant uniquement sur la responsabilité individuelle.

Quels engagements concrets après le diagnostic
Sónia Dias, directrice de l’École nationale de santé publique, a rappelé que le Portugal possède déjà des plans et stratégies. Selon elle, les obstacles concernent notamment l’organisation des services, la résistance au changement et l’articulation entre institutions. La priorité consiste donc à faire fonctionner les mesures existantes, puis à examiner leurs effets sur les différents publics.
Les chercheurs défendent notamment un suivi de la couverture, de l’accès et des résultats sanitaires. Compter les personnes invitées à un dépistage ne répond pas à la même question que compter les examens réalisés. De même, un taux national satisfaisant peut masquer des populations moins bien atteintes. L’évaluation doit donc identifier les personnes que les programmes laissent de côté.
Le compte rendu disponible ne présente cependant ni nouvelle enveloppe publique, ni calendrier contraignant pour renforcer la prévention. Le forum formule un diagnostic et des orientations, pas un nouveau droit ou un programme immédiatement applicable. La suite dépendra de décisions identifiables: moyens affectés, responsabilités attribuées et résultats suivis dans le temps.
Le Portugal doit à la fois mieux identifier ses dépenses préventives et atteindre davantage de personnes avec les programmes existants. Le repère de 2,3 % signale une faible part comptabilisée en 2023, sans résumer toute la prévention. Les progrès se mesureront surtout dans l’accès effectif aux interventions et dans les résultats de santé obtenus.
Sources utilisées
Sources de l’actualité
Sources complémentaires
- Health at a Glance 2025: Portugal (OCDE)
- Norma n.º 011/2025 de 20/10/2025 — Programa de Rastreio de Base Populacional do Cancro do Cólon e Reto (Direção-Geral da Saúde)
- La santé des personnes âgées s’améliore au Portugal (Portugal en français)
- Portugal continua a investir pouco na prevenção apesar do envelhecimento acelerado da população – Postgraduate Medicine (Postgraduate Medicine)
