Pékin a accepté d’étudier une proposition portugaise concernant les qualifications universitaires. Cette étape pourrait relancer des négociations bloquées depuis des années, mais aucun accord sur les diplômes n’est encore conclu.
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Le Portugal a transmis à la Chine une proposition de reconnaissance mutuelle des diplômes universitaires. Le ministre de l’Éducation, de la Science et de l’Innovation, Fernando Alexandre, l’a annoncé le lundi 19 octobre 2026. Pékin accepte d’examiner le texte, destiné à faciliter la coopération académique entre les deux pays..
Pékin accepte d’examiner le texte, sans encore l’approuver
Fernando Alexandre a annoncé cette démarche à Pékin, après des années d’impasse sur la reconnaissance des qualifications universitaires. Selon ses déclarations à Lusa, les échanges entre les deux délégations ont permis de transmettre une proposition portugaise. La partie chinoise a accepté de l’analyser, ce qui ouvre une possibilité de reprendre les négociations.
Cependant, cette acceptation porte sur l’examen du texte, pas sur son contenu définitif. Il ne s’agit donc ni d’un accord signé ni d’une reconnaissance déjà applicable. Le ministre a également annoncé une nouvelle réunion technique pour le mardi 20 octobre 2026, afin de poursuivre les discussions sur les grades et les diplômes.
Cette distinction détermine la portée immédiate de l’annonce. Lisbonne dispose désormais d’une proposition que Pékin accepte d’étudier, mais les deux gouvernements doivent encore s’entendre. Les informations communiquées le 19 octobre ne précisent ni la date d’une éventuelle signature ni celle d’une entrée en vigueur.
Licence, master et doctorat: les trois correspondances envisagées
Le projet concerne trois niveaux de qualifications universitaires. D’après les indications du ministère portugais de l’Éducation, de la Science et de l’Innovation, il vise leur correspondance avec les grades chinois. La licenciatura, le mestrado et le doutoramento seraient ainsi rapprochés respectivement du Xueshi, du Shuoshi et du Boshi.
L’objectif annoncé consiste donc à établir une correspondance entre les grades des deux systèmes. En revanche, les modalités détaillées restent à préciser. Les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que chaque diplôme, chaque spécialité ou chaque établissement bénéficierait d’une reconnaissance identique, sans examen complémentaire.
Il faut notamment distinguer le niveau d’un diplôme de son domaine scientifique. Au Portugal, la reconnaissance d’un niveau et celle d’une formation précise répondent à des objectifs différents. La DGES, direction générale de l’enseignement supérieur, distingue par exemple le grade de licencié d’une reconnaissance spécifique en biologie.
Faciliter les échanges d’étudiants et d’enseignants
Pour Fernando Alexandre, l’enjeu concerne directement la circulation des étudiants et des enseignants entre les deux pays. Le ministre estime que l’absence d’accord continuera de compliquer cette mobilité. Il présente donc la reconnaissance des qualifications comme une condition importante du développement des collaborations universitaires, et non comme une simple formalité diplomatique.
Un cadre commun pourrait rendre les parcours plus prévisibles, sans que son fonctionnement soit encore connu. Prenons un exemple hypothétique: un titulaire d’un master portugais souhaite poursuivre une recherche en Chine. Une correspondance reconnue entre les grades pourrait faciliter l’appréciation de son niveau, sous réserve des conditions finalement négociées.
Les liens universitaires ne commencent toutefois pas avec cette proposition. En avril 2021, la distinction de trois licences universitaires en portugais en Chine témoignait déjà de cet intérêt. Les établissements concernés se trouvaient à Dalian, au Guangdong et à Shanghai. Ce précédent porte sur l’enseignement du portugais, pas sur un accord général de reconnaissance des diplômes.

Au Portugal, des procédures existent déjà pour les diplômes étrangers
L’absence d’un nouvel accord bilatéral ne signifie pas qu’aucune procédure n’existe au Portugal. Depuis le 1er janvier 2019, le décret-loi nº 66/2018 encadre la reconnaissance des qualifications supérieures étrangères. Il prévoit trois voies: la reconnaissance automatique, la reconnaissance de niveau et la reconnaissance spécifique.
La reconnaissance automatique concerne uniquement les grades et diplômes figurant dans une liste officielle. La reconnaissance de niveau compare le diplôme étranger à un niveau portugais. Enfin, la reconnaissance spécifique examine aussi le domaine de formation. Il ne faut donc pas comprendre « automatique » comme une validation universelle de tous les diplômes étrangers.
Le choix dépend de l’objectif poursuivi, comme l’explique la FAQ officielle de la DGES. Une reconnaissance de grade peut suffire dans certaines situations; ailleurs, une reconnaissance du cursus précis sera nécessaire. Les trois procédures ont la même validité légale, mais elles ne répondent pas aux mêmes besoins.
Un diplôme reconnu ne donne pas automatiquement accès à tous les métiers
La reconnaissance universitaire ne se confond pas avec l’autorisation d’exercer une profession réglementée. La DGES rappelle que certaines professions imposent des conditions particulières d’accès et d’exercice. Le titulaire doit alors consulter l’autorité compétente pour connaître les exigences professionnelles, même lorsqu’il dispose d’une reconnaissance académique.
Ainsi, la proposition adressée à Pékin ne permet pas d’annoncer une ouverture automatique des professions concernées. Elle porte sur les qualifications académiques, selon les informations communiquées. Toute conséquence professionnelle précise dépendrait du texte final et des règles applicables au métier envisagé; aucune simplification générale de ces règles n’a été annoncée.
Une commission scientifique relancée après sept ans d’interruption
Les discussions universitaires accompagnent une relance plus large de la coopération scientifique. Le 19 octobre, Pékin a accueilli la dixième Commission mixte de science et technologie Portugal-Chine. Cette instance ne s’était plus réunie depuis 2019. Sa réactivation avait été convenue en juin 2026, lors d’une précédente visite de Fernando Alexandre.
La réunion s’est achevée par une déclaration conjointe signée par le ministre portugais et son homologue chinois, Yin Hejun. Cependant, cette déclaration scientifique ne constitue pas l’accord sur les diplômes encore en discussion. Les deux démarches avancent ensemble, mais elles n’ont pas atteint le même stade.
La délégation du ministère chinois de l’Éducation a participé aux échanges de la Commission mixte. Fernando Alexandre a souligné la complémentarité entre enseignement supérieur et recherche scientifique. Au Portugal, ces domaines relèvent du même ministère; en Chine, des organismes distincts les supervisent, ce qui rend leur coordination particulièrement importante dans ces discussions.
Un programme scientifique envisagé dès 2027, sans financement détaillé
Les deux gouvernements ont retenu cinq priorités scientifiques. Elles couvrent l’océan et l’économie bleue; l’énergie, le climat, les batteries et l’hydrogène; l’agriculture, la bioéconomie et l’alimentation. S’y ajoutent la santé, le vieillissement et les technologies médicales, ainsi que la conservation du patrimoine culturel par la science.
À partir de 2027, Lisbonne et Pékin prévoient de développer un programme conjoint d’action pour la science et l’innovation. Celui-ci pourrait comprendre des financements bilatéraux, la mobilité des chercheurs et des collaborations entre établissements scientifiques et entreprises. Des réseaux de laboratoires conjoints figurent également parmi les possibilités évoquées.
Toutefois, ces possibilités ne constituent pas encore des dispositifs ouverts aux candidatures. Les annonces présentées le 19 octobre ne détaillent ni enveloppe financière ni calendrier d’appels à projets. De même, l’horizon 2027 concerne le programme scientifique: il ne fixe pas une date d’entrée en vigueur de la reconnaissance mutuelle des diplômes.
La prochaine étape annoncée est la réunion technique du 20 octobre 2026. Elle doit permettre de poursuivre l’examen du projet portugais, sans préjuger de son adoption. Pour les étudiants et les diplômés, aucune reconnaissance nouvelle ne découle encore de cette annonce: les modalités et le calendrier restent à négocier.
Sources utilisées
Sources de l’actualité
- China. Lisboa entrega proposta de reconhecimento de diplomas – Observador (Observador)
- Government proposes mutual recognition of university degrees with China – Portugal Resident (The Resident)
Sources complémentaires
- Reconhecimento de Graus e Diplomas Estrangeiros de Ensino Superior | DGES (Direção-Geral do Ensino Superior)
- FAQ's Reconhecimento de Graus e Diplomas Estrangeiros de Ensino Superior | DGES (Direção-Geral do Ensino Superior)
- La Chine distingue trois licences universitaires en portugais (Portugal en français)
