Immigration: Ana Catarina Mendes alerte sur les pouvoirs de la PSP

Immigration: Ana Catarina Mendes alerte sur les pouvoirs de la PSP

L’ancienne ministre à l’origine de l’AIMA salue le traitement des dossiers en attente, mais critique le rôle accru de la PSP. Son avertissement relance le débat sur la séparation entre administration, intégration et contrôle policier.

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Ana Catarina Mendes met en garde contre les pouvoirs de la PSP en matière d’immigration. Dans un entretien à Lusa publié le 18 octobre 2026, l’eurodéputée socialiste juge dangereuse la concentration du contrôle et des compétences de retour au sein de la police. Elle salue toutefois le traitement des arriérés migratoires, tout en estimant inachevé le projet d’intégration porté par l’AIMA.

Une alerte sur la concentration des pouvoirs, pas une nouvelle affaire

Ana Catarina Mendes ne conteste pas la nécessité du contrôle des frontières. Elle rappelle que les forces de sécurité doivent combattre le crime organisé, notamment la traite des êtres humains. En revanche, elle refuse que l’accompagnement des immigrés relève d’une logique policière et critique le rapprochement entre contrôle, décision de retour et exécution.

Son avertissement renvoie à la mort d’Ihor Homenyuk, un citoyen ukrainien tué en 2020 par des agents du SEF à l’aéroport de Lisbonne. Elle redoute qu’une concentration des pouvoirs favorise de nouveaux abus. Il s’agit cependant d’un risque qu’elle dénonce, et non de la révélation d’une nouvelle affaire concernant l’AIMA.

La distinction compte: sa critique vise surtout l’organisation des compétences autour de la police, pas une transformation de l’AIMA en force policière. L’ancienne ministre défend ainsi une frontière institutionnelle entre l’administration des titres, l’intégration sociale et les missions de sécurité. C’est cette séparation qu’elle estime aujourd’hui fragilisée.

Ce que la nouvelle unité de la PSP peut réellement faire

Le changement contesté possède une base législative précise. La loi du 22 juillet 2025 a créé l’Unité nationale des étrangers et des frontières, ou UNEF, au sein de la PSP. Ses missions comprennent le contrôle des frontières aéroportuaires et la surveillance du séjour des étrangers dans le territoire relevant de la PSP.


Cette unité instruit et gère aussi les procédures d’éloignement, d’expulsion, de réadmission et de retour volontaire. Elle assure leur exécution par voie aérienne et gère les centres d’installation temporaire. Toutefois, la loi préserve les compétences de la GNR: toutes les missions frontalières ne passent donc pas sous une autorité policière unique.

Le gouvernement défend une autre lecture de cette réorganisation. Dans le texte réglementaire du 9 septembre 2025, il présente la spécialisation policière comme un moyen de renforcer l’efficacité du contrôle. Il invoque également l’humanité de la politique de retour et d’asile. Le désaccord porte donc sur les garanties offertes par cette organisation.

Décider d’un éloignement ne signifie pas échapper au juge

La critique de l’eurodéputée correspond, sur un point précis, au droit en vigueur. L’article 149 de la loi sur les étrangers confie au directeur national de la PSP la décision d’éloignement coercitif. Mais cette décision administrative ne se confond pas avec une expulsion judiciaire, qui relève d’un tribunal.

Des garanties demeurent néanmoins prévues. La procédure assure l’audition de la personne concernée et ses droits de défense. La décision peut ensuite être contestée devant les tribunaux administratifs. Toutefois, le recours ordinaire ne suspend pas automatiquement son exécution; la loi prévoit aussi l’accès aux procédures urgentes ou suspensives.

Le débat ne se résume donc pas à une opposition entre pouvoir policier et absence de contrôle judiciaire. Il concerne aussi le moment où intervient ce contrôle, ainsi que son efficacité concrète. L’existence de recours encadre la décision, sans répondre à elle seule à la critique politique sur la concentration des fonctions.

En 2023, l’AIMA devait unir démarches administratives et intégration

L’AIMA a commencé ses activités le 29 octobre 2023, lors de la disparition du SEF. Le gouvernement socialiste présentait alors cette réforme comme une séparation des fonctions policières et administratives. L’agence réunissait aussi les missions du Haut-Commissariat aux migrations, afin d’associer les démarches de séjour à l’accueil et à l’intégration.

Ana Catarina Mendes insiste sur cette seconde dimension. Selon elle, l’objectif dépassait largement le traitement des documents: il fallait accompagner l’installation des personnes dans la société portugaise. Elle estime cependant que la crise politique ouverte le 7 novembre 2023, quelques jours après le lancement, a interrompu la réalisation de ce projet.

Les ambitions initiales comprenaient notamment un développement numérique, un renforcement des effectifs et des partenariats locaux. Le communiqué gouvernemental du lancement annonçait également un plan stratégique pour promouvoir la langue portugaise. Ces éléments décrivent les engagements d’octobre 2023; ils ne constituent pas, à eux seuls, un bilan de leur réalisation en 2026.

Des arriérés salués comme résorbés, mais des chiffres à distinguer

L’ancienne ministre reconnaît néanmoins un résultat positif au gouvernement actuel: elle salue l’achèvement, selon elle, du traitement des dossiers accumulés, en 2025. Elle affirme aussi que la structure de mission chargée de cette opération prolongeait un dispositif déjà envisagé. Son propos mêle donc reconnaissance du travail accompli et défense du bilan socialiste.

Elle évoque environ 350 000 manifestations d’intérêt en attente, 175 000 autorisations liées à la Communauté des pays de langue portugaise et 30 000 dossiers de visas « gold ». Ces chiffres décrivent, selon son témoignage, les éléments transmis à son successeur. Ils ne mesurent pas le nombre de demandes encore ouvertes au 18 octobre 2026.

Un repère officiel existe pour le lancement de l’agence: le gouvernement annonçait alors quelque 347 000 procédures pendantes. Ce chiffre d’octobre 2023 et les différentes catégories citées aujourd’hui ne forment pas nécessairement un ensemble comparable. Il faut donc éviter de les additionner pour fabriquer un total présenté comme définitivement établi.

La manifestation d’intérêt reste au cœur du désaccord politique

La manifestation d’intérêt constitue un autre désaccord majeur. Cette procédure permettait, sous conditions, d’obtenir un titre de séjour pour travailler sans disposer du visa de résidence correspondant. Le décret-loi du 3 juin 2024 a supprimé cette voie, tout en protégeant les procédures déjà engagées selon son régime transitoire.

Ana Catarina Mendes défend ce mécanisme, qu’elle refuse de présenter comme un danger en soi. Le gouvernement avançait au contraire, dans le préambule du décret, qu’il avait favorisé des circuits migratoires incontrôlés et accru la vulnérabilité des personnes. Ces explications relèvent de lectures politiques opposées, même lorsqu’elles accompagnent un texte de loi.

La chronologie juridique apporte toutefois une nuance: le décret de 2024 distingue la loi de 2007 de ses modifications ultérieures. Il mentionne notamment les réformes de 2017 et de 2019. Parler d’un dispositif resté identique depuis 2007 masquerait donc les changements successifs de ses conditions et de son champ d’application.

L’intégration, chantier distinct du traitement des titres de séjour

Pour l’eurodéputée, régler les dossiers ne suffit pas à accomplir la mission de l’AIMA. Elle cite l’apprentissage du portugais, la formation professionnelle et le logement parmi les chantiers qu’elle souhaitait développer. Elle affirme avoir transmis des projets à son successeur, tout en dénonçant un manque de continuité dans leur mise en œuvre.

Son accusation ne permet cependant pas de conclure à la disparition de toute politique d’intégration. Elle exprime le jugement d’une ancienne responsable sur la poursuite de ses propres projets. L’enjeu concret demeure distinct du contrôle policier: faciliter l’apprentissage linguistique, l’accès à une qualification et l’installation durable des personnes déjà présentes.

L’entretien ne contient ni nouvelle mesure gouvernementale, ni modification immédiate des démarches des usagers. Il relance en revanche une question structurante: comment articuler une administration capable de traiter les demandes, une police chargée du contrôle et un accompagnement social durable? Ana Catarina Mendes défend leur complémentarité, mais refuse leur confusion.

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Le désaccord porte désormais autant sur la séparation des responsabilités que sur l’efficacité des services. Ana Catarina Mendes reconnaît les avancées administratives, mais conteste la concentration des compétences policières. Les recours judiciaires demeurent prévus; leur existence ne clôt pas le débat sur les garanties et sur la place de l’intégration.


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