L’Ordre des psychologues portugais chiffre à 36 millions d’euros par jour la perte de productivité liée au stress et aux problèmes de santé psychologique dans le monde du travail.
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Le stress et les problèmes de santé psychologique au travail pourraient coûter 13,3 milliards d’euros par an aux entreprises portugaises, selon une estimation de l’Ordre des psychologues portugais reprise ce jeudi. Rapporté au temps, ce montant représente environ 36 millions d’euros par jour, soit près de 1,5 million d’euros par heure, tous les jours de l’année.
Un coût calculé en productivité perdue
Le chiffre de 13,3 milliards d’euros ne correspond pas à une facture unique payée par les entreprises, mais à une estimation de productivité perdue. Il s’agit de mesurer ce que le stress, l’épuisement et d’autres difficultés psychologiques font perdre à l’activité économique: journées d’absence, baisse de performance, difficultés de concentration, erreurs, retards, désorganisation des équipes ou départs plus fréquents. L’Ordre des psychologues portugais estime que ces problèmes peuvent affecter jusqu’à 40,5 jours de travail par salarié et par an. Ce volume ne signifie pas nécessairement 40 jours d’arrêt maladie pour chaque travailleur: il inclut aussi les périodes où une personne reste présente au travail mais avec une capacité réduite, ce que les entreprises sous-estiment souvent car l’effet est moins visible qu’une absence.
Un montant qui place la santé mentale dans le débat économique
À l’échelle d’une entreprise, le stress au travail est souvent perçu à travers des cas individuels: un salarié en arrêt, une équipe sous tension, un conflit interne, une surcharge ponctuelle. L’estimation avancée change l’échelle du problème. Avec 13,3 milliards d’euros par an, la perte serait équivalente à un coût macroéconomique majeur pour les entreprises portugaises. La comparaison donnée par RTP est parlante: ce montant représenterait environ une fois et demie l’investissement estimé pour le nouvel aéroport de Lisbonne. La comparaison ne signifie pas que les deux dépenses sont de même nature, mais elle montre l’ordre de grandeur du phénomène. La santé psychologique au travail n’est pas seulement un sujet de ressources humaines ou de bien-être; elle pèse directement sur la capacité des entreprises à produire, à garder leurs salariés et à fonctionner sans rupture.
Pourquoi les entreprises ne peuvent pas réduire le sujet à la résistance individuelle
Le stress professionnel ne dépend pas uniquement de la fragilité ou de la capacité d’adaptation d’un salarié. Les facteurs organisationnels jouent un rôle central: charge de travail excessive, horaires imprévisibles, manque d’autonomie, objectifs contradictoires, faible soutien hiérarchique, conflits internes ou communication insuffisante. Pour les employeurs, la conséquence concrète est qu’une réponse limitée à des actions individuelles — par exemple des formations ponctuelles ou des conseils de gestion du stress — risque d’être insuffisante si l’organisation du travail reste inchangée. Les mesures les plus efficaces commencent généralement par un diagnostic des risques psychosociaux: repérer les services sous pression, analyser les absences, écouter les équipes, revoir les priorités, clarifier les responsabilités et former les managers à détecter les signaux d’alerte sans stigmatiser.
Un chiffre fort, mais encore dépendant de la méthode de calcul
Comme toute estimation économique de santé au travail, le montant de 13,3 milliards d’euros doit être lu comme un ordre de grandeur. Les résultats peuvent varier selon les hypothèses utilisées: définition du stress, prise en compte de l’absentéisme, du présentéisme, du turnover, des arrêts prolongés ou des baisses de performance. Ce point ne réduit pas l’importance du problème. Il rappelle surtout que les entreprises ont intérêt à produire leurs propres indicateurs internes: taux d’absentéisme par service, rotation des effectifs, heures supplémentaires récurrentes, enquêtes anonymes sur la charge de travail, demandes de soutien psychologique ou conflits signalés. Sans mesure régulière, le coût réel reste souvent invisible jusqu’à ce qu’il se transforme en arrêt maladie, départs ou rupture de fonctionnement.
L’estimation de l’Ordre des psychologues portugais donne une dimension chiffrée à un problème déjà visible dans de nombreuses organisations: le stress au travail n’est pas seulement une souffrance individuelle, c’est aussi une perte économique massive. Pour les entreprises portugaises, la réponse passe moins par des slogans sur le bien-être que par une prévention concrète: charge de travail réaliste, management mieux formé, détection précoce des risques et organisation du travail plus soutenable.
