Avoir le mois de mai… dans le cul

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Maio em Portugal

On connait la tradition des Maias au Portugal. Il s'agit d'accrocher à sa porte le 1er mai des genêts, parfois d'autres fleurs jaunes, afin d'attirer le bonheur et la fertilité sur sa maison. Mon père m'a raconté une version un peu moins racontable aux enfants de cette tradition ancienne.


Imaginez la campagne de la région de Leiria dans les années 1960. Les gens n’ont pas de télé, pas énormément de divertissements, et de l’énergie à revendre. Alors dès qu’une tradition ancienne permettait de s’amuser un peu, certains y allaient à fond.

Les Maias

Le 1er mai, c’est une date importante, pour les gens de la campagne. Depuis toujours, en Mai, on fête la nature, la croissance, la fertilité. Ce n’est pas pour rien que le mois de Mai porte le nom de la déesse romaine de la fertilité et du Printemps, Maia !

Pour s’en attirer les bonnes grâces, nos ancêtres les Romains accrochaient à leurs maisons des guirlandes, des bouquets de fleurs. Le 1er mai coïncidait en outre avec les Floralia, la fête des fleurs, en l’honneur de Flore, déesse des fleurs. Les Maias d’aujourd’hui sont ce qui reste de ces anciennes traditions romaines.

De nos jours, les Maias consistent avant tout à accrocher à sa porte des genêts, une fleur jaune que l’on trouve facilement au Portugal. Ça porte bonheur.

Fleurs du mois de Mai au Portugal

Il faut se lever tôt

Quand on travaille dans les champs, il faut se lever tôt. Parfois très tôt, pour profiter de la fraîcheur du matin, ce qui est plutôt malin lorsque l’on travaille toute la journée sous le soleil.

Nous le savons, les Portugais n’aiment (ou n’aimaient) pas ceux qui étaient trop différents. Il faut être humble, travailler, et faire comme les autres. On peut réussir à faire rentrer dans le moule les « originaux » de plusieurs façons, l’une d’elles étant le « qu’en dira-t-on », que j’ai abordé longuement dans mon article sur le contrôle social au Portugal.

Mais une autre façon est plus insidieuse. Les farces, liées à la moquerie. Pour obliger les gens à se lever tôt, un groupe de personnes allaient de porte à porte dans les villages pour faire des farces. Les fainéants (ou victimes selon le point de vue) étaient ainsi exposés aux yeux de tous.

Des farces bienveillantes… ou pas

La farce la plus basique, la plus gentille, c’est de simplement mettre un bouquet de fleurs, généralement des genêts, en équilibre sur la porte. La personne, en ouvrant la porte, se prend les fleurs sur la tête. C’est gentil.

La plus méchante, c’est ma mère qui me l’a racontée. Un 1er mai, ils ont retrouvé la charrue en équilibre sur le portail de la maison. Imaginez une seconde si quelqu’un s’était pris la charrue sur la tête !

Si jamais vous avez été victime d’une de ces farces, vous avez eu… « le mois de mai dans le cul ». Maio no cú en portugais, tout simplement. Vous vous êtes fait avoir.

Et vous êtes donc le paresseux du village. Pas très cool, n’est-ce pas ?

Alors mes parents me racontent qu’ils se levaient vraiment très tôt pour surveiller la maison. Et ça marchait bien, les gens qui rôdaient pour faire ce genre de farce ne s’attaquant qu’aux maisons « endormies ». Sauf que lorsqu’on dit « tôt », ce n’est pas une heure fixe, c’est juste un concept.

Et si c’est un concept, alors certains de ces rôdeurs pouvaient le faire tout simplement en pleine nuit. L’envie de faire une (mauvaise) farce est plus forte que tout.

Quand je vous disait que les gens avaient beaucoup trop d’énergie et pas assez de divertissements !


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