Portugal: l’armée de l’air vise des C-130 contre les incendies en 2027

Portugal: l’armée de l’air vise des C-130 contre les incendies en 2027

Après une première campagne des Black Hawk, l’armée de l’air prépare l’emploi de C-130 équipés pour les feux ruraux. L’objectif reste progressif: des entraînements en 2027, avec de possibles interventions réelles.

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L’armée de l’air portugaise veut engager des C-130 contre les incendies dès 2027, grâce à deux systèmes de largage embarqués. Le ministre de la Défense, Nuno Melo, et le chef d’état-major, le général Sérgio Pereira, ont présenté cet objectif le 19 octobre 2026, à Alfragide. Cependant, le calendrier prévoit d’abord des entraînements, avec une possibilité d’intervention sur des feux réels.

2027: des entraînements avant une disponibilité complète

L’objectif annoncé pour 2027 concerne d’abord une phase d’entraînement, et non une disponibilité intégrale garantie dès le début de l’année. Le général Sérgio Pereira envisage néanmoins une intervention réelle pendant cette préparation, si les circonstances le permettent. Ainsi, l’entrée dans le dispositif pourrait accompagner progressivement la montée en compétence des équipages.

Le renfort repose sur deux équipements destinés aux C-130H Hercules, des avions militaires de transport. Il ne faut donc pas confondre cette annonce avec l’achat de deux nouveaux bombardiers d’eau spécialisés. La décision budgétaire porte sur des systèmes embarqués, leurs équipements de soutien, la formation et la préparation de leur entrée en service.

Cependant, les déclarations du 19 octobre ne fixent ni date précise de première intervention ni calendrier détaillé des essais. Elles ne précisent pas davantage les bases de rechargement ou le nombre d’équipages immédiatement disponibles. Le cap est donc établi, mais les conditions concrètes d’engagement restent encore à détailler.

Black Hawk: 56 missions et plus de 900 largages en 2026

Le bilan des Black Hawk donne une première mesure de cette nouvelle mission militaire. Au 19 octobre 2026, l’escadron 551 « Panteras » comptabilisait 56 missions, plus de 200 heures de vol et plus de 900 largages. ECO mentionne également une présence sur 32 théâtres d’opérations, c’est-à-dire des zones d’intervention.


Selon ECO, deux Black Hawk ont participé cette année au combat direct dans le dispositif national. Leurs interventions s’articulent avec l’Autorité nationale d’urgence et de protection civile, l’ANEPC. Cette coordination inscrit donc les moyens militaires dans une réponse collective, plutôt que dans une campagne distincte de celle des secours civils.

Ces appareils peuvent notamment intervenir dans des secteurs difficilement accessibles aux pompiers. Cependant, les heures de vol et les largages mesurent une activité, pas directement une surface sauvée. Le bilan présenté ne permet donc pas d’attribuer aux seuls hélicoptères une part chiffrée de la baisse des superficies brûlées.

Comment un avion de transport devient un moyen de lutte contre le feu

Les C-130 doivent recevoir le MAFFS II, un système modulaire de lutte aérienne contre les incendies. Le principe consiste à installer un équipement de largage dans un avion de transport. Ainsi, l’appareil acquiert une fonction supplémentaire sans devenir un bombardier d’eau spécialisé construit uniquement pour cette mission.

La documentation de l’armée de l’air américaine décrit une cuve embarquée et une évacuation par un conduit latéral arrière. Ce dispositif permet notamment de répandre du retardant, un produit destiné à ralentir la progression du feu. Toutefois, ces caractéristiques générales ne constituent pas encore un bilan des performances portugaises en situation réelle.

Le choix du produit distingue aussi plusieurs usages possibles. L’eau sert au combat direct, tandis qu’un largage de retardant peut contribuer à freiner l’avancée des flammes. L’armée de l’air portugaise rappelle d’ailleurs que son ancien système autorisait ces deux fonctions. Leur emploi dépendra donc de la mission et des procédures retenues.

Un investissement de 16 millions d’euros, au-delà des seuls kits

L’enveloppe annoncée atteint 16 millions d’euros hors TVA. La résolution du Conseil des ministres publiée le 11 août 2025 détaille ce plafond autorisé. Elle ne correspond donc pas seulement au prix des deux systèmes: elle finance aussi les moyens nécessaires pour préparer leur utilisation et leur entretien.

La répartition des 16 millions d’euros pour les C-130

PostePlafond hors TVA
Deux systèmes MAFFS II14,5 millions d’euros
Équipements de soutien700 000 euros
Formation500 000 euros
Maintenance et entrée en service300 000 euros
Montants maximaux autorisés par la résolution du 11 août 2025, hors TVA. Il s’agit d’une autorisation de dépense, et non d’un décompte final des paiements.

Cette ventilation souligne une distinction essentielle: disposer du matériel ne suffit pas à disposer immédiatement d’une capacité opérationnelle. En effet, le budget prévoit explicitement la formation et l’entrée en service. La prudence du calendrier présenté en octobre reste donc cohérente avec un programme qui dépasse la simple livraison de deux équipements.

Une capacité utilisée dès 1983, puis abandonnée

Le retour des C-130 dans cette mission rétablit une capacité ancienne, plutôt qu’il n’invente un usage inédit. Dans une clarification publiée le 15 juillet 2022, l’armée de l’air retraçait précisément son abandon. Cet historique permet notamment de distinguer la présence d’avions dans la flotte et la disponibilité d’un équipement adapté aux incendies.

Le Portugal utilisait un système MAFFS sur ses C-130H depuis 1983. Cependant, la réorganisation des moyens aériens dans les années 1990 a progressivement réduit son emploi. Selon l’armée de l’air, son utilisation est devenue nulle à partir de 1996, alors que la stratégie gouvernementale privilégiait la location de moyens aériens.

L’institution a ensuite décidé de céder ces équipements en 2009, en raison de leur vieillissement et de leur dégradation. La procédure s’est achevée en mai 2013. Ainsi, posséder encore des Hercules ne permettait pas de reprendre simplement les largages: le système nécessaire n’était plus disponible, ce qui explique le nouvel investissement.

À Ovar, des bâtiments et des personnels pour soutenir la flotte

Le programme Black Hawk compte 13 hélicoptères achetés dans le cadre du Plan de relance et de résilience, le PRR. Neuf répondent aux besoins de lutte contre les incendies ruraux, tandis que quatre visent l’appui à l’urgence médicale. Il faut donc distinguer ce total acquis du nombre engagé contre les feux en 2026.

L’investissement comprend également des infrastructures à la base aérienne numéro 8, à Ovar. Le hangar nord rénové a été inauguré en 2025, puis le bâtiment de l’escadron 551 en 2026. Parallèlement, les équipages et les équipes de maintenance ont suivi une préparation progressive pour employer les nouveaux appareils.

Cependant, la disponibilité durable dépend aussi des personnels. Le général Sérgio Pereira a insisté sur la nécessité de retenir les militaires expérimentés, dont la formation prend plusieurs années. Le renforcement annoncé concerne donc autant les compétences et l’entretien que le nombre d’aéronefs figurant dans l’inventaire de l’État.

Des Canadair attendus en 2029 et 2030, sans anticiper leur disponibilité

Après les C-130, deux bombardiers d’eau lourds Canadair doivent compléter les moyens propres de l’État. Nuno Melo a confirmé un calendrier prévoyant une livraison en 2029, puis une seconde en 2030. Selon le ministre, ces échéances dépendent de la production au Canada; elles ne constituent donc pas un renfort disponible dès l’été prochain.

En parallèle, le secrétaire d’État à la Protection civile, Rui Rocha, a présenté un bilan national provisoire favorable. Au 18 octobre 2026, il indiquait 5,4 % d’incendies supplémentaires par rapport à 2025, mais 72,4 % de superficie brûlée en moins. Ces chiffres concernent toutefois l’ensemble de la réponse nationale, pas les seuls moyens militaires.

Le bilan publié début septembre montrait déjà cette divergence entre départs de feu et superficies touchées, sur une période différente. Les nouvelles données ne permettent cependant pas d’isoler l’effet des Black Hawk. Ainsi, le prochain enjeu sera de mesurer la disponibilité réelle des renforts et leur contribution, au-delà des seules annonces d’acquisition.

L’échéance de 2027 ouvre donc une nouvelle étape, sans garantir immédiatement deux C-130 pleinement disponibles contre les feux. Après les premières missions des Black Hawk, la qualification opérationnelle des avions, la préparation des équipages et les moyens de soutien détermineront la portée concrète de ce renfort.


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