Dans plusieurs villages de la commune, les producteurs signalent des fruits petits, secs ou véreux. Les premières estimations individuelles évoquent de fortes pertes, sans constituer encore un bilan régional.
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La récolte de châtaignes à Bragança commence très mal pour plusieurs agriculteurs interrogés par Lusa le 28 octobre 2026. Ils décrivent des fruits rares, petits, secs et parfois véreux, après des températures élevées et un manque d’eau. Certains envisagent des baisses de production de 40 à 70 %, mais ces prévisions restent propres à leurs exploitations.
Des pertes de 40 à 70 % envisagées dans certaines exploitations
À Salsas, Pedro Zoio décrit des arbres chargés de bogues, mais presque dépourvus de châtaignes suffisamment développées. Au moment de son témoignage, il n’avait ramassé que 30 kilos. Les bogues, ces enveloppes épineuses qui entourent les fruits, restent petites. Leur présence sur les branches ne garantit donc pas une récolte abondante.
Le producteur prévoit une baisse de 60 à 70 % et juge cette campagne encore moins bonne que celle de 2025. Pourtant, les pluies d’août et de septembre lui avaient donné de l’espoir. Il constate désormais que les rares fruits commencent seulement à tomber, sans retrouver au sol les quantités attendues.
À Vilarinho, João Condado anticipe pour sa part une diminution de production de 40 %. À Meixedo, Marcelino Rodrigues n’avait pas encore commencé le ramassage et rapportait surtout les mauvaises observations entendues autour de lui. Ces situations ne constituent donc pas trois bilans définitifs: elles décrivent différents stades d’une campagne encore en cours.
Pourquoi les pluies d’août et de septembre n’ont pas suffi à rassurer
João Condado attribue les petits calibres aux températures élevées et au manque de pluie pendant l’été. Selon lui, les châtaignes n’ont pas grossi normalement et présentent une sécheresse inhabituelle. Abel Pereira, président d’Arborea, l’association agroforestière de la Terra Fria transmontaine, explique également que la chaleur retarde la chute des bogues.
L’importance du calendrier de l’eau apparaît dans une étude publiée en 2017 dans la Revista de Ciências Agrárias. Les chercheurs soulignent la sensibilité du châtaignier pendant la floraison, la formation et le grossissement des fruits. Pour la variété Judia, dans la Terra Fria, ce grossissement s’étend généralement de mi-juillet à mi-octobre.
Ainsi, quelques épisodes pluvieux ne suffisent pas à mesurer l’eau réellement disponible pendant toute cette période sensible. Cela aide à comprendre la déception de Pedro Zoio après les pluies estivales. En revanche, ses observations ne permettent pas de chiffrer séparément les effets du manque d’eau, des températures ou des attaques sur les fruits.
Les fruits véreux ajoutent une perte de qualité à la baisse des volumes
La quantité n’est pas le seul problème. João Condado signale aussi des fruits véreux ou atteints de champignons, notamment parmi les variétés précoces. Abel Pereira estime qu’une période chaude prolongée a favorisé le « bichado », terme portugais employé pour les attaques d’insectes qui endommagent l’intérieur des châtaignes.
Dans son bulletin agricole du 29 août 2025, la station d’avertissements du Nord transmontain décrit les dégâts de Cydia splendana. Cet insecte provoque des galeries à l’intérieur du fruit, pouvant empêcher sa commercialisation. Sa présence constitue donc un problème distinct du petit calibre: une châtaigne récoltée n’est pas nécessairement une châtaigne vendable.
Cependant, aucun diagnostic communiqué dans ces témoignages n’identifie précisément les insectes ou les champignons présents dans chaque exploitation. Il serait donc prématuré d’attribuer tous les fruits troués ou altérés à une seule espèce. De même, aucun taux global d’infestation n’accompagne les estimations de baisse de production avancées par les agriculteurs.

Des prix décevants, malgré une récolte annoncée moins abondante
À ces difficultés s’ajoutent des prix jugés insuffisants. Les montants rapportés se situent principalement entre 1,20 et 1,50 euro le kilo, avec certains cas à 1,80 euro. Abel Pereira estime que, dans une bonne campagne, les châtaignes de gros calibre devraient déjà dépasser deux euros le kilo à cette période.
Cette référence aux gros fruits demande toutefois une nuance: elle ne constitue pas une comparaison entre lots identiques. Le calibre désigne la taille des châtaignes, précisément l’un des défauts signalés cette année. Les montants cités ne forment donc ni un prix moyen officiel pour toute la région, ni un tarif garanti aux producteurs.
Pour une exploitation, la combinaison reste défavorable: moins de kilos à vendre et une qualité moins valorisée peuvent réduire les recettes simultanément. Mais aucune estimation complète du revenu perdu n’est encore disponible. Les prix rapportés ne permettent pas non plus de prévoir directement ceux des marchés, des commerces ou des vendeurs de châtaignes grillées.
Bragança et Vinhais pèsent lourd, mais aucun bilan régional n’est établi
L’inquiétude touche un territoire majeur de la production portugaise. La dépêche Lusa présente Bragança et Vinhais, deux communes du district de Bragança, comme les principaux producteurs du pays. Lors d’une bonne campagne, elle situe la récolte de Bragança autour de 20 000 tonnes, contre 15 000 à 20 000 tonnes pour Vinhais.
Ces volumes donnent un ordre de grandeur du poids agricole local, mais ne décrivent pas la récolte de 2026. Il ne faut donc pas leur appliquer les pertes annoncées à Salsas ou Vilarinho. Une prévision individuelle dépend de l’exploitation concernée; elle ne mesure pas automatiquement la baisse d’une commune entière.
La distinction géographique compte également. Les témoignages détaillés proviennent de villages de la commune de Bragança, et non d’un relevé exhaustif du district. Ils constituent une alerte sérieuse dans ce bassin producteur. En revanche, ils ne suffisent pas à annoncer une pénurie nationale ou à dresser un bilan chiffré pour Vinhais.
L’eau et la surveillance sanitaire, deux enjeux déjà documentés
Les travaux scientifiques locaux montrent que la question de l’eau ne date pas de cette campagne. Dans un essai réalisé en 2015 à Bragança, les arbres irrigués de variété Judia ont produit 20 % de plus que les arbres non irrigués. Publié en 2017, ce résultat concerne toutefois un verger et un protocole particuliers, pas une garantie universelle.
La prévention sanitaire représente un autre levier. Le bulletin régional de 2025 recommande notamment la surveillance par pièges adaptés et le ramassage régulier des fruits attaqués. Il explique aussi la difficulté du contrôle: l’insecte passe une grande partie de son cycle dans le fruit ou dans le sol, où il reste moins accessible.
Plus largement, le projet ClimCast, mené de 2018 à 2021 avec l’École supérieure agraire de Bragança, examinait les défis climatiques des châtaigneraies. Il associait notamment Arborea et plusieurs établissements scientifiques. Ses objectifs rappelaient que températures, précipitations, maladies et ravageurs interagissent pendant le cycle annuel, sans fournir pour autant une explication chiffrée des pertes de 2026.
Une campagne encore ouverte à l’approche de la Saint-Martin
À la fin d’octobre, la campagne conserve donc une part importante d’incertitude. Certains producteurs commencent seulement à ramasser, tandis que d’autres attendent encore la chute des fruits. Le retard décrit par Abel Pereira complique l’appréciation immédiate des volumes, mais il n’efface pas les défauts de taille et de qualité déjà observés.
Cette mauvaise entrée en récolte intervient avant le 11 novembre, date traditionnelle de la Saint-Martin. Au Portugal, le Magusto réunit familles, écoles ou associations autour des châtaignes grillées. Cette coutume donne au fruit une visibilité particulière en automne, sans que les difficultés de quelques exploitations permettent de prévoir l’approvisionnement de chaque fête.
À Bragança, l’enjeu dépasse désormais le nombre de châtaignes tombées: il concerne le volume réellement commercialisable. La poursuite du ramassage précisera les pertes, alors que les premiers témoignages associent déjà faibles quantités, qualité dégradée et prix décevants.
Sources utilisées
Sources de départ
Sources complémentaires
