Presépio
Presépio

Noël d’autrefois au Portugal

Par

Adelaide Gameiro nous raconte, à la première personne, comment était le Noël de son enfance. Une période où la vie était difficile, faite de plaisirs simples. Noël était une fête religieuse, loin des abus commerciaux d'aujourd'hui !


Noël de mon enfance au Portugal

Dans la campagne au Portugal, dans les années sombres, la vie était rude pour ne pas dire misérable et les occasions d’améliorer le quotidien n’étaient pas nombreuses. Noël faisait partie de ces quelques fêtes où chacun, selon ses moyens, essayait de célébrer la Nativité du Christ.

On était très loin des exubérantes démonstrations actuelles encouragées par la voracité sans mesure des géants de l’économie mondiale, les portugais à cette époque n’ayant même pas toujours de quoi calmer leur faim ou se protéger des hivers froids. J’ai passé les 4 premières années de ma vie dans un petit village de la campagne de la serra de Sicó avec ma maman, ma grand-mère, un cousin – de quelques années mon ainé – qui était venu nous rejoindre après le décès de sa maman en Angola, mon père ayant déjà émigré en France depuis quelques années.

Parmi les quelques brides de souvenirs qu’il me reste il y en a un qui est plus présent c’est celui de la nuit de Noel que je vais vous raconter…

Vie à la campagne

L’hiver était bien en avance en cette année de 1962, les pluies avaient cessé et les premières gelées avaient blanchi les champs et les toits des maisons. De ci de là la fumée s’échappait des larges cheminées des maisons en terre, tout était calme les animaux resteront dans leur étable aujourd’hui ils doivent se préparer à leur divine tache…

Les hommes effectuaient quelques travaux de taille des oliviers, ceux qui avaient des forêts cherchaient du bois pour se chauffer et cuisiner, certains n’en avait pas et comptait sur la clémence ou la distraction des autres pour en grapiller ou ils le pouvaient. Dans les villages il y avait presque toujours « o pinhal do povo / la forêt du peuple » qui était censé servir au plus démunis pour le bois de chauffage ou la construction. Malheureusement, les plus malins et pas forcément les plus nécessiteux, trouvaient toujours moyen de passer par là avant les autres.


Les femmes allaient couper les dernières brassées d’herbe qui poussait à foison dans les champs à cette période de l’année afin de nourrir les animaux. Elles en profitaient pour ramener quelques potirons laissées au sec et quelques branches de ruscus pour décorer la maison. Ici, point de sapin ni de lumières de Noël, on s’éclairait à la lanterne à huile ou à pétrole et les sapins étaient sacrés puisque c’était un de seuls rendements des familles. Seul le ruscus / petit houx, avec ces petites boules rouges qui poussait de partout dans les forêts apportait un petit de gaité et de fête dans ces maisons sobres et austères dont le mobilier se résumait à bien peu de choses si ce n’est à l’essentiel.

Le rôle des enfants

Les enfants étaient bien entendu mis à contribution et le faisaient de bon cœur pour une fois. Ils savaient que le repas du soir allait être un peu plus conséquent et que le lendemain ne serait pas travaillé. Mon cousin plus âgé et plus débrouillard que moi devait s’occuper de nourrir les chèvres, les cochons et l’âne en quantité suffisante pour qu’ils puissent rester calmes jusqu’au lendemain. Moi, je trainais derrière les jupes de ma maman ou de ma grand-mère quand je ne participais pas aux nombreuses bêtises imaginées par mon cousin.

Mais ce qui me plaisait le plus c’était d’aller à la chapelle ou les femmes allaient disposer la crèche dans les petites alcôves de chaque coté de la porte. Il fallait chercher de la mousse, des branchages et des pommes de pin. C’était la tache des garçons. Nous les filles, on devait aider à nettoyer la chapelle et à déballer précieusement les éléments de la crèche, qui pour moi étaient de précieux jouets devant lesquels j’étais émerveillée. Non pas que j’avais une propension précoce pour la religion, mais parce que les poupées ou autres jeux n’étaient pas destinés à des gens de notre condition.

Nous avions tous été élevés dans la tradition catholique et tous étaient de fervents pratiquants. Le respect et la crainte se mélangeaient tour à tour à l’espoir. La foi faisait le reste. Bien que je n’y comprenais pas grand-chose à cet âge là, j’avais déjà été imprégnée de ces croyances et de ces traditions.

Le Réveillon de Noël

Le soir venu, il était temps de commencer à préparer le festin. Une vielle poule bien grasse allait passer à la casserole. Le jour de Noel on aura droit à une « canja », un bouillon de poule avec des pâtes en forme de grain riz appelé « puvide » . Ensuite, un bon riz mijoté au coin du feu avec un peu de viande, ce qui était déjà pantagruélique pour nous ! Il y aura aussi les fameuses filhós, ces beignets faits avec le potiron et frits dans l’huile avant la messe de minuit et dégustés au retour.

Filhós
Filhós

Les anciens disaient que cela portait chance de faire frire de l’huile pendant la nuit de Noël. Peut-être avait-il fallu trouver une raison spirituelle à quelque chose qui à l’époque était du domaine de l’irréel et de l’impossible. L’huile, comme touts les denrées, était chose précieuse et utilisée avec parcimonie.

Ce Noel là avait été plus riche pour nous, mon père ayant envoyé un petit colis et de l’argent. J’avais eu droit à ma première paire de chaussures vernies mais qui étaient trop grandes et mon cousin avait reçu un joli ballon que je préférais à mes chaussures d’ailleurs… Ma grand-mère avait pu acheter de la morue bien épaisse. On pourra festoyer un peu plus ce soir, et améliorer le repas. Un repas qui était composé de choux très bons et très tendres bouillis avec des pommes de terre, le tout arrosé d’huile d’olive. C’était le repas traditionnel de la veillée de Noel au Portugal et se perpétue encore de nos jours.

Lire également : Consoada et Réveillon au Portugal

La Messe de Minuit

Les hommes et les femmes ne manquaient jamais la messe de minuit appelée au Portugal « a missa do galo / la messe du coq », qui se déroulait en ville à 4 km de du village. La messe de minuit est appelée messe du coq dans beaucoup de pays latins, pour certains c’est la commémoration du chant du coq qui annonçât la reniement de St Pierre. Pour d’autres, c’est une légende qui raconte que la nuit de Noël, les coqs on chanté la naissance du Messie jusqu’à l’aube. Les moins croyants y voient juste une allusion à la naissance d’une nouvelle ère, d’un nouveau temps avec le retour de la lumière comme le coq annonce la naissance d’un nouveau jour.

Cette nuit là ma grand-mère souffrante et fatiguée ne voulu pas faire la route à pied dans le froid, j’ai donc été également privé de cette incontournable promenade nocturne pour la grande joie de ma maman aussi qui n’aurait pas à me porter tout le long. Tout le village partait ensemble dans la nuit, le long de la rivière, les hommes et les garçons devant avec quelques lanternes, l’étoile du berger étant éteinte depuis longtemps. Les femmes et les ainés derrière entonnaient chants et prières pour se donner du courage.

Les pauvres habits n’étaient guère chauds, si ce n’est que de gros châles en laine pour les femmes et des « samarras / vestes » en feutre. Ces samarras avaient un col en fourrure, typiques du Nord mais que beaucoup ne pouvaient se payer. Aux pieds, des sabots en bois pour protéger les doigts de pied des cailloux des chemins de terre, mais qui ne protégeaient pas suffisamment. Le froid passait au travers et engourdissait les pieds malgré les grosses chaussettes.

Avant de partir, il était de coutume de mettre dans la cheminée la bûche qui devait être assez grande pour bruler toute la nuit en restant entière encore le jour de Noël. Elle était gardée précieusement et remise au feu dans la cheminée quand l’orage grondait et que les prières à Sainte Barbara n’étaient plus suffisantes.

Au retour, le cœur léger et rempli d’espoir par la nouvelle de l’arrivée du sauveur censé changer le Monde, il était temps de gouter les fameux beignets, les filhós, et de prendre un bon verre d’aguardente pour réchauffer le cœur et l’esprit. Alors dans la nuit calme et sereine où chacun retient son souffle, hommes et bêtes s’endorment d’un sommeil réparateur dans l’espoir qu’un enfant nu dans la paille soit leur salut et leur apporte la paix.

Et cela fait plus de deux mille ans que nous attendons cet avènement !

Je vous souhaite à tous de trouver au fond de votre coeur de l’espoir et de la paix afin de croire au renouveau, au retour de la lumière après la nuit, à la capacité que nous avons de nous reconstruire encore et encore tel l’arbre qui année après année renait, refleurit, et donne ces fruits sans qu’il ne se pose de question ni n’attende de merci.

Joyeux Noël à tous.

Adelaide Gameiro


A lire aussi