mariage des années 1920
mariage des années 1920

Le mariage au Portugal d’autrefois

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Dans un temps pas si lointain, lorsque l'un homme et une femme s'unissaient devant Dieu jusqu'à ce que la mort les sépare, le mariage était un rituel précis. Adelaide Gameiro nous propose de découvrir cette tradition, telle qu'on la pratiquait dans un petit village de Pombal...


Comme dans tous les pays du pourtour méditerranéen, le mariage est incontournable voir même le pilier central de la société. La religion catholique y est bien sûr encore très ancrée et toutes les traditions et coutumes qui s’y rattachent font partie intégrante de la vie au Portugal.

De nos jours les mariages sont fastueux, ou alors atypiques voir excentriques mais ce n’était pas le cas il y a 50 ans, les choses se faisaient plus simplement tout en suivant un rituel établi depuis des générations et principalement à la campagne, comme dans mon village à Pombal.

Mariage de 1919
Des mariés en 1919, à Pombal. La coutume de la mariée en blanc n’était pas encore universelle.

Le trousseau – O enxoval

Le mariage commençait à se préparer bien avant que les jeunes filles soit en âge de faire chavirer les coeurs des garçons. Toutes petites, on commençait par leur préparer le trousseau qui déterminait le statut de la jeune fille. Plus le trousseau était garni, important et de qualité, plus la jeune fille était une parfaite proie pour les mères ayant des garçons à marier.

C’est que toutes les occasions étaient bonnes pour le montrer à tout le village afin de faire connaitre ses moyens lors des fêtes de famille ou des anniversaires… Les mères ne rataient pas l’occasion de se vanter d’avoir dû acheter une énième malle pour ranger o « enxoval » de sa fille. On achetait à tours de bras suivant ses moyens financiers des serviettes de bain en coton damassé de Turquie, des draps de lin fin brodés, des couvre-lits en soie et des services à thé de porcelaine fine ramenés des colonies orientales par les frères ainés y faisant leur service militaire …

Un drap pour le trousseau.
Un drap pour le trousseau. Photo Museu On-line da Vila de Pombal

Les fiançailles – O namoro

Lorsque la jeune fille avait jeté son dévolu sur un garçon, lors de bals ou de fêtes villageoises, soit par choix personnel ou par des conseils très judicieux et pas très philanthropes des parents (cela se faisait aussi à l’époque au Portugal), commençait la période des fiançailles ou « namoro ». Cette période était très codifiée puisqu’à la campagne chez moi on commençait par se fréquenter dehors à la fenêtre sous la surveillance d’un frère ou d’une soeur plus jeune, au portail à bonne distance bien sûr, pas question de se bécoter encore…


Ceci était pour ainsi dire pour officialiser les choses.

Ensuite on pouvait passer au stade supérieur si les parents avaient donné leur bénédiction, et le « namoro » pouvait se poursuivre à la maison chez la jeune fille mais bien sûr encore et toujours sous surveillance rapprochée. Les jeunes filles devant arriver vierges et pures à leur mariage. Parfois pourtant il arrivait tout de même que malgré la garde rapprochée, le démon de minuit attaquait sournoisement les fiancés et 7 ou 8 mois après leur mariage naissait leur premier enfant prématuré bien sûr…

namoro em Pombal
Le jeune garçon doit faire la cour à son aimée, mais toujours à bonne distance…

Les fiançailles pouvaient durer quelques années, surtout quand elles commençaient à 15-16 ans. Cela donnait le temps aux parents d’économiser, car chez nous à Pombal une coutume rendait les choses un peu plus couteuses qu’ailleurs…

En effet dans mon village et quelques autres aux alentours, il est de coutume que les parents payent aussi la maison des enfants et les meubles à part égale. Sauf que de nos jours ce n’est plus possible de la même façon, les parents prenant en charge la moitie et les mariés l’autre moitié, la plupart d’entre eux travaillant, ce qui n’était pas le cas il y a 50 ans et plus ….

La noce – A boda

La maison est construite, la peinture est sèche, les meubles vont arriver d’un jour à l’autre. La vaisselle est choisie et payée par les marraines de chaque coté (services de table en 2 ou 3 exemplaires , services de verres , ustensiles et batteries de cuisine etc..). Le mariage civil a déjà eu lieu.

Une petite particularité portugaise, mais non des moindres, autorise la mariée à choisir son nom. En effet, elle n’est pas obligée de prendre le nom de son mari, et si elle le prend, il vient se placer à la suite de son nom de jeune fille. Comme disait Zezette dans le « Père Noel est une ordure » , « pour remplir les formulaires des allocations familiales c’est pas pratique ! »…

Mariés de 1920
Mariés de 1920

la robe de mariée et le costume attendent leur jour de gloire, il faut maintenant penser à la Noce qui se passait à la maison. Les basse-cours et les étables prenaient des airs d’Halloween, on commençait par tuer un boeuf, un mouton, quelques poulets et canards, les mariages ayant lieu principalement en hiver car les moyens de conservation étaient plus que rudimentaires.

Les cuisinières arrivaient le jeudi matin déjà pour commencer le festin (suivant les moyens de l’époque), les quelques meubles rudimentaires étaient sortis afin de faire de la place dans la salle à manger ou étaient placées les tables pour les repas. La fête commençait le vendredi soir par le repas des parrains et marraines qui avaient dû mettre la main au portefeuille aussi pour l’occasion, c’était une façon de les remercier spécialement.

Le lendemain samedi, avait lieu la bénédiction religieuse incontournable à la campagne, la messe de mariage étant plus importante que l’acte civil pour beaucoup à l’époque. Elle se déroulait généralement autour de midi mais on avait pris soin de se restaurer auparavant, le marié et ses invités chez lui , la mariée et ses invités chez elle. C’était un encas plus ou moins copieux que l’on mangeait debout autour d’une grande table au son de l’accordéon et de l’harmonica…

La mariée de blanc vêtue arborant un rameau de fleur d’oranger à la poitrine pour rappeler sa virginité était prête pour le grand saut dans la vie, elle sortait de sa maison accompagnée de ses marraines et de ses invités pour se rendre à l’église ou l’attendait son futur époux…

Le repas de mariage se faisait ensuite d’un coté ou de l’autre avec tous les invités qui n’étaient jamais bien plus qu’une cinquantaine (rien à voir avec les mariages d’aujourd’hui qui peuvent compter jusqu’à 200 invités). Les menus traditionnels commençaient toujours par le bouillon de poule (canja de galinha) ou le caldo verde, on continuait par l’agneau à la menthe (souvenir laissé par nos envahisseurs maures), venaient ensuite les différentes viandes rôties avec des légumes et des pommes de terre. Les desserts étaient variés, ente le riz au lait, leite crème queimado (crème brûlée), pão de ló, et sans oublier la pièce montée qui attend d’être découpée par les mariés posant tout souriants pour la postérité mains unis sur le couteau et la fourchette …

Mariage de 1931
Mariage de 1931

Les visites – As visitas

Le lendemain, les jeunes mariés recevaient les visites (as visitas) dans leur maison. C’était l’occasion pour les gens qui n’avaient pas été invités de venir leur apporter leur enveloppe (on n’offrait pas de cadeau puisque les mariés avaient déjà tout dans leur maison). C’était surtout le moment tant attendu pour les commères du village d’aller vérifier si le trousseau était à la hauteur des expectatives, si les marraines avaient eu la bourse généreuse ou non, si la chambre de la mariée était aussi belle et bien garnie que celle du marié, chacun de son coté devant acheter une chambre à coucher, et la meubler. Très souvent les parents du marié redoublaient d’efforts afin de présenter une chambre plus riche et mieux décorée que celle de la mariée…

Les mères des filles à marier venaient inspecter le trousseau afin de faire encore mieux à leur tour…

Mariage des années 1970
Mariage des années 1970, et la traditionnelle photo de famille.

Cela se passait comme cela dans les années 70. Du temps de ma maman, c’était bien diffèrent, il y avait bien une maison donnée par les parents, mais la maison était en terre et les meubles rudimentaires, le trousseau maigre réalisé et brodé par la mariée, le repas était amélioré mais pas de boeuf et rarement du mouton. Les cadeaux étaient à l’image du reste, on venait avec une poule, un coq, un petit cochon pour les plus riches, un sac de pommes de terres, des haricots secs, du mais, du sucre pour le nouveau couple …

Au début du XXe siècle, la robe de mariée était très différente à Pombal. Toute de noir vêtue, avec le chapeau traditionnel et le foulard, la mariée portait sur son dos un châle de mariage. Photo issue du Museu On-line da Vila de Pombal.
Mariage 1942
En 1942, le blanc de la mariée n’était toujours pas la norme.

Les choses ont bien changé, le mariage étant devenu un vrai business lucratif ou les fêtes sont organisées dans des « quintas » luxueuses et ou on peut manger jusqu’à 3 repas dans la même journée , tous plus gargantuesques les uns que les autres, et comme partout, la suite est souvent aussi désastreuse…

Note de José : les photos de cet article sont issues de la page Facebook Museu On-line da Vila de Pombal.


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